Diphtérie

La diphtérie est une maladie infectieuse très contagieuse, provoquée par des bactéries appartenant à la classe des Corynébactéries. Les formes respiratoires et cutanées de l’infection peuvent être mortelles, lorsque les bactéries en cause produisent la toxine diphtérique. La seule protection efficace contre cette maladie est la vaccination, obligatoire pour les enfants et les professionnels de santé, avec des rappels réguliers tout au long de la vie. Le traitement de l’infection repose sur l’administration d’antitoxine et d’antibiotiques.

Bacille de Klebs-Löffler à l'origine de la diphtérie

La diphtérie, une maladie bactérienne

La diphtérie est une maladie infectieuse due à une corynébactérie du complexe diphtheriae, qui regroupe les espèces de bactéries suivantes :

  • Corynebacterium diphtheriae ;
  • Corynebacterium belfantii ;
  • Corynebacterium ulcerans ;
  • Corynebacterium pseudotuberculosis.

Certaines souches de ces bactéries responsables de la diphtérie peuvent porter un gène particulier, le gène tox. La présence de ce gène indique que la bactérie produit la toxine diphtérique, responsable des formes cliniques les plus graves de la maladie.

Epidémiologie de la diphtérie

Jusqu’aux années 1930, la diphtérie était responsable d’une mortalité élevée chez les enfants, avec plusieurs milliers de cas chaque année. La mise en place d’une vaccination systématique des jeunes enfants à partir de 1945 a permis de réduire considérablement le nombre de cas et de faire totalement disparaître l’angine diphtérique. Le dernier cas déclaré en France métropolitaine de diphtérie autochtone à Corynebacterium diphtheriae date de 1989.

Quelques cas de Corynebacterium ulcerans porteuses du gène tox sont déclarés en France chaque année, le plus souvent chez des personnes en contact avec des animaux domestiques infectés.

Quelques dizaines de cas importés des DOM-TOM sont signalés en France depuis les années 2000, généralement chez des personnes non vaccinées ou dont le schéma vaccinal n’est pas complet. A Mayotte, quelques cas de Corynebacterium diphtheriae ont été déclarés, le plus souvent des cas importés des Comores.

Par ailleurs dans le monde, la diphtérie est toujours présente dans certaines régions, notamment en ex-URSS, en Asie du Sud-Est et en Afrique, où elle représente encore un problème de santé publique.

Comment se transmet la diphtérie ?

La diphtérie à Corynebacterium diphtheriae est une maladie infectieuse très contagieuse, qui se transmet :

  • Directement d’homme à homme, par la salive, les sécrétions rhinopharyngées (toux, éternuements) ou des plaies cutanées infectées ;
  • Plus rarement indirectement, par des objets souillés par des sécrétions de patients infectés.

L’infection par Corynebacterium ulcerans se transmet de la manière suivante :

  • Par ingestion de la toxine sécrétée par des bactéries présentes dans le lait cru ;
  • Par contact avec des bovins infectés ;
  • Par contact avec des animaux domestiques infectés (chiens, chats), qui eux ne développent le plus souvent aucun symptôme.

L’infection par Corynebacterium pseudotuberculosis est très rare et est contractée le plus souvent lors de contacts avec des caprins.

Symptômes et formes cliniques de la diphtérie

La période d’incubation de la diphtérie est habituellement de 2 à 5 jours après l’exposition à la bactérie. La nature des symptômes et la gravité de l’infection dépendent :

  • De l’espèce bactérienne en cause ;
  • De la sécrétion de la toxine diphtérique (présence ou non du gène tox).

Les symptômes habituels de l’infection par Corynebacterium diphtheriae ou par Corynebacterium ulcerans apparaissent progressivement, avec un mal de gorge et une fièvre souvent modérée. Dans les formes graves, la toxine diphtérique est responsable d’une tâche épaisse, grise ou blanche, au fond de la gorge ou au niveau des amygdales, ce que les spécialistes appellent des fausses membranes.

Cette angine diphtérique peut alors provoquer les signes suivants :

  • Des maux de tête ;
  • Une toux rauque ;
  • Des difficultés à avaler ;
  • Des problèmes respiratoires ;
  • Un gonflement du cou ;
  • Une atteinte des voies respiratoires inférieures (toux, bronches) ;
  • Une asphyxie capable d’entraîner la mort.

La toxine diphtérique peut aussi atteindre la circulation sanguine et entraîner des complications sévères :

  • Une atteinte du muscle cardiaque perturbant le rythme cardiaque ;
  • Une inflammation des nerfs (névrite) pouvant aller jusqu’à une paralysie ;
  • Des troubles rénaux ;
  • Des saignements.

Par ailleurs, il existe des formes cutanées de diphtérie, parfois tout aussi graves que l’angine diphtérique. Elles se caractérisent par des fausses membranes, qui se développent au niveau d’une plaie ou d’une ulcération cutanée. Si la toxine atteint la circulation sanguine, les mêmes complications cardiaques et neurologiques sont possibles.

L’infection très rare à Corynebacterium pseudotuberculosis provoque une adénite nécrosante, c’est-à-dire une inflammation destructrice des ganglions lymphatiques.

Diagnostic et prise en charge de la diphtérie

Le diagnostic de la diphtérie repose sur l’auscultation clinique, qui révèle la présence des fausses membranes au niveau de la gorge et des amygdales. Des prélèvements de sécrétions pharyngées et de sang peuvent permettre de confirmer le diagnostic, en révélant la présence de la bactérie responsable.

Le traitement de la diphtérie repose sur deux aspects complémentaires et essentiels :

  • L’administration d’une antitoxine diphtérique, par une injection intraveineuse ou intramusculaire ;
  • L’administration d’antibiotiques efficaces contre la bactérie responsable de l’infection.

Parallèlement, en raison de la forte contagiosité de l’infection, un isolement du patient est nécessaire. L’entourage proche doit vérifier son statut vaccinal et, si besoin, se faire vacciner au plus vite.

La diphtérie est une maladie à déclaration obligatoire en France, ce qui permet la surveillance des cas et la détection des animaux infectés, potentiellement vecteurs de la bactérie. Tout nouveau cas doit être immédiatement signalé à l’Agence Régionale de Santé de la zone géographique concernée, qui met en place les mesures nécessaires pour limiter le risque de transmission à l’entourage du patient.

La vaccination contre la diphtérie

Le seul moyen pour se protéger efficacement contre la diphtérie est la vaccination, disponible en France depuis 1945. Le vaccin trivalent disponible, le vaccin appelé DTP pour Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite, contient la toxine diphtérique purifiée et inactivée et est associé aux vaccins contre la poliomyélite et le tétanos.

La vaccination contre la diphtérie est obligatoire chez tous les nourrissons, selon le schéma vaccinal suivant :

  • Une injection à l’âge de 2 mois ;
  • Une injection à l’âge de 4 mois ;
  • Une injection à l’âge de 11 mois.

Des rappels réguliers sont ensuite recommandés, car ils sont nécessaires pour assurer la pérennité de la protection contre la maladie :

  • Un rappel à 6 ans ;
  • Un rappel entre 11 et 13 ans ;
  • Un rappel à 25 ans ;
  • Un rappel à 45 ans ;
  • Un rappel tous les 10 ans à partir de l’âge de 65 ans.

La vaccination contre la diphtérie, ainsi que les rappels, sont obligatoires pour les professions suivantes :

  • Les militaires ;
  • Les personnels des services de secours et d’incendie ;
  • Les personnels d’établissements pénitentiaires ;
  • Les personnels de services médico-sociaux prenant en charge des enfants ou des personnes âgées ;
  • Les personnels d’entreprises funéraires ;
  • Les professionnels d’établissements de soins ou de prévention, qui peuvent être exposés à un risque de contamination.

Les personnes qui partent séjourner plus ou moins longtemps dans des pays où sévit encore la diphtérie doivent vérifier avant de partir leur statut vaccinal. Si besoin, ils doivent compléter leur schéma de vaccination.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Diphtérie, informations et traitements. Institut Pasteur. Janvier 2019.
– Diphtérie. Santé Publique France. Mis à jour le 26 février 2015.
– Diphtérie. Vaccination Info Service. 1er mars 2017.
– Diphtérie. OMS. Novembre 2017.