Quoi de neuf contre les douleurs de l’endométriose ?

Aug 2, 2017 par

Figurant parmi les troubles gynécologiques les plus fréquents (5 % à 10 % des femmes en âge de procréer en sont atteintes), l’endométriose est une maladie handicapante qui ne fait l’objet d’aucun traitement définitif, jusqu’à ce jour. Une étude américaine menée sur une nouvelle molécule d’intérêt, Elagolix, révèle des résultats encourageants quant à l’amélioration de la qualité de vie des patientes au quotidien…

Douleurs abdominales de l'endométriose

L’endométriose et sa prise en charge

L’endométriose, qu’est-ce que c’est ?

L’endométriose désigne un trouble gynécologique qui affecte le tissu de revêtement intérieur de l’utérus, appelé « endomètre ».

En l’absence de fécondation, une partie de ce tissu, qui est en renouvellement constant, est évacuée de façon naturelle avec les règles en fin de chaque cycle menstruel.

Dans le cas de l’endométriose, du tissu endométrial se forme de façon anormale en dehors de l’utérus et peut ainsi se localiser sur les ovaires, les trompes de Fallope, voire sur les organes voisins tels que la vessie, l’intestin ou les reins.

Comme ce tissu endométrial réagit aux fluctuations hormonales du cycle menstruel, il saigne chaque mois après s’être formé. Mais vu que ce tissu pathologique n’est pas localisé au niveau de la muqueuse utérine, les saignements ne peuvent pas être évacués vers l’extérieur du corps, ce qui entraîne :

  1. L’irritation des organes voisins et du péritoine (la membrane qui renferme les organes de l’abdomen) ;
  2. La formation de kystes plus ou moins gros ;
  3. La formation de tissu cicatriciel et d’adhérences reliant les organes entre eux et provoquant des douleurs.

L’endométriose est une maladie qui dépend des hormones œstrogènes. Elle touche donc les femmes en âge de procréer. Elle est d’ailleurs habituellement décelée chez les femmes de 25  à 40 ans, se plaignant de douleurs anormalement intenses au niveau du bas-ventre ou de problèmes de fertilité.

Parfois, l’endométriose est silencieuse. Elle est sans douleurs et ne provoque pas de troubles de la fertilité. Elle peut donc être alors décelée de façon totalement inopinée, à l’occasion d’une intervention par la laparoscopie dans l’abdomen par exemple.

A savoir ! La laparoscopie ou cœlioscopie, est un examen qui permet d’observer l’intérieur de l’abdomen ainsi que les ovaires, trompes et utérus. Elle est toujours réalisée par une équipe chirurgicale.

A noter !  L’endométriose peut également toucher les femmes ménopausées, sous traitement hormonal de substitution.

Quelle prise en charge ?

Il n’existe à ce jour aucun traitement définitif de l’endométriose. Tour d’horizon des traitements existants :

Vu que l’endométriose est une maladie dépendant de l’action des hormones œstrogènes, les traitements hormonaux, même s’ils ne traitent pas la cause de la maladie, peuvent aider à soulager la douleur pour améliorer la qualité de vie des patientes. Ils agissent en bloquant la production d’hormones oestrogènes et en réduisant les saignements. Ces traitements dits anti-gonadotropes peuvent avoir un effet contraceptif (pilule contraceptive) ou non (analogues de la gonadoréline).

A savoir ! La gonadoréline, également appelée GnRH ou hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires est une hormone peptidique qui contrôle chez la femme le développement du follicule ovarien, de l’ovulation et du corps jaune. Sa concentration est à son maximum juste avant l’ovulation et nulle pendant la grossesse.

Les interventions chirurgicales restent parfois nécessaires dans le cas où les douleurs sont réfractaires aux traitements médicamenteux ou bien en présence d’endométriomes. Mais difficiles à mettre en œuvre, elles ne sont pas sans risques.

A savoir ! L’endométriome ou « kyste ovarien endométriosique », encore appelé « kyste d’endométriose » est une lésion de nature kystique contenant un liquide épais de couleur brune. Il se développe en général au niveau des ovaires.

Un nouveau traitement

Il aura fallu attendre 25 ans depuis l’utilisation des agonistes de la GnRH, pour découvrir les pistes d’un nouveau traitement de l’endométriose. La molécule d’intérêt porte le nom d’Elagolix. Etudiée par des scientifiques de la Faculté de Yale avec le soutien des laboratoires Abbvie, elle a fait l’objet d’une présentation au World Congress on Endometriosis à Vancouver et d’une publication encourageante dans le « New England Journal of Medicine ».

Ce médicament administrable par voie orale est un antagoniste sélectif de la GnRH et ses effets sont très proches des traitements hormonaux actuels. Il s’est révélé efficace à 6 mois de traitement sur les dysménorrhées et les douleurs pelviennes non menstruelles associées à l’endométriose.

A savoir ! On entend par « antagoniste sélectif de la GnRH », une molécule qui vise à bloquer la sécrétion des hormones hypophysaires synthétisées par la GnRH, par opposition à une molécule agoniste qui stimule la sécrétion de ces hormones.

De part sa demi-vie courte, l’Elagolix permet en effet le blocage partiel de l’action de la GnRH, une réversibilité rapide et des effets secondaires limités.

A savoir !
– La demi-vie d’un médicament désigne le temps au bout duquel la quantité de la substance administrée se retrouve diminuée de moitié par les processus d’élimination (métabolisme et excrétion).
– La réversibilité est un concept essentiel en physique-chimie. On parle généralement de processus réversible lorsqu’il peut se produire dans deux sens opposés.

Des résultats cliniques encourageants

De 2012 à 2015, 2 essais cliniques ont été menés sur des sites basés aux Etats-Unis et dans le monde entier. Les patientes étaient âgées de 18 à 49 ans et présentaient toutes une endométriose associée à des douleurs modérées à sévères.

2 groupes de patientes ont été formés :

  1. Le groupe « Dose faible » : avec une dose d’Elagolix à 150 mg/jour.
  2. Le groupe « Dose forte » : avec une dose d’Elagolix à 200 mg 2 fois/jour.

Ces deux groupes ont été comparés à 2 groupes placebo.  À 3 mois, la différence entre les groupes traités et les groupes placebo était significative, aussi bien pour la dysménorrhée que pour les douleurs pelviennes non menstruelles associées à l’endométriose :

  1. 43 à 46% des femmes traitées par faible dose d’Elagolix et 72 à 76% des femmes traitées par fortes doses d’Elagolix ont constaté une amélioration des dysménorrhées par rapport aux groupes placebo où seulement 20 à 23% des patientes ont constaté une amélioration.
  2. S’agissant des douleurs pelviennes, 50% des femmes traitées par faible dose d’Elagolix et jusqu’à 58% des femmes traitées par fortes doses d’Elagolix ont constaté une amélioration contre 36% dans les groupes placebo

A savoir ! Un placebo est une préparation d’apparence identique à un médicament, mais qui ne contient aucune substance pharmacologiquement active. Le placebo est utilisé dans les essais cliniques pour permettre la comparaison entre patients traités par un médicament soumis à l’essai et patients qui reçoivent le placebo.

Par ailleurs, la perception de la douleur et la prise d’antalgiques étaient moindres chez les patientes traitées par Elagolix.

L’Elagolix s’est donc révélé efficace dans le traitement de l’endométriose en améliorant la qualité de vie des patientes atteintes de ce trouble gynécologique.

Néanmoins, ce nouveau traitement ne permet pas de s’affranchir des effets secondaires anti-oestrogéniques comparables à ceux des traitements hormonaux actuels, même s’ils sont moins marqués. Un suivi à long terme sera donc nécessaire pour préciser la balance bénéfices/risques de cette nouvelle molécule d’intérêt.

A savoir ! La balance bénéfice/risque d’un médicament désigne la relation entre les avantages et les inconvénients de l’administration de ce médicament. L’évaluation de ce rapport est réalisée sur un échantillon représentatif de la population cible du traitement dans la cadre d’un essai clinique impliquant une approche statistique. Le bénéfice est évalué en termes d’efficacité selon des critères cliniques et non cliniques. Quant aux risques encourus par le patient, ils sont évalués en termes de probabilité de survenue d’effets indésirables en prenant en compte leur degré de gravité.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

– Endométriose : l’arsenal thérapeutique s’élargit. JIM. Le 26 Juin 2017.
– L’endométriose…c’est quoi ? EndoFrance. – Consulté le 10 Juillet 2017.
Deborah L.

Pharmacienne.

Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.

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