La peste : vers un vaccin efficace ?

Mar 11, 2017 par

vaccin peste

La peste est une maladie que l’on associe facilement aux épidémies évoquées dans nos manuels scolaires d’histoire. Et pourtant, elle reste bien d’actualité aujourd’hui et progresse même en Afrique, en Asie et en Amérique. De récents travaux permettent d’envisager la conception d’un vaccin dans un avenir proche.

Qu’est-ce que la peste ?

La peste est une maladie due à l’infection par une bactérie, Yersinia pestis, qui infecte habituellement les petits animaux et les puces qui les parasitent. Extrêmement virulente, cette bactérie entraîne une maladie très grave chez l’Homme, avec 30 à 60 % de mortalité en l’absence de traitement. Très contagieuse, la peste a provoqué par le passé des épidémies dévastatrices, en particulier la peste noire au XIVème siècle, qui aurait engendré selon les estimations 50 millions de morts, soit près d’un tiers de la population européenne de l’époque.

Après une phase d’incubation de quelques jours, la peste se manifeste principalement sous deux formes chez l’Homme :

  • La peste bubonique, suite à la piqûre de puce ;
  • La peste pulmonaire, transmise par voie aérienne entre les sujets atteints.

La peste bubonique est la forme la plus fréquente et se caractérise par une tuméfaction (gonflement) douloureuse des ganglions lymphatiques (les bubons), associée à un syndrome infectieux très sévère (forte fièvre, troubles digestifs et altération importante de l’état général). Dans 20 à 40 % des cas, le malade guérit après une longue période de convalescence. Dans les autres cas, la peste évolue vers une infection généralisée de l’organisme (septicémie), rapidement mortelle.

La peste pulmonaire est systématiquement mortelle en 3 jours, sans traitement précoce et approprié.

Le traitement de la peste nécessite la prescription rapide de certains antibiotiques efficaces contre la bactérie responsable (streptomycine, chloramphénicol, tétracyclines, fluoroquinolones). L’entourage des personnes atteintes peut également être traité en prévention.

De nombreuses personnes des pays développés pensent aujourd’hui que la peste appartient au passé. Malheureusement, cette maladie infectieuse sévit toujours dans certains pays, en particulier en Afrique.

La peste : une maladie encore présente

Si la peste a totalement disparu en Europe (les derniers cas français ont été enregistrés en 1945 en Corse), elle a provoqué au cours du XXème siècle des épidémies en Afrique, en Asie et en Amérique. Les trois principaux pays d’endémie sont Madagascar, la République Démocratique du Congo et le Pérou. Au cours des quinze dernières années, près de 40 000 cas ont été recensés dans 24 pays, avec une augmentation depuis les années 1990. En 2013, 783 cas humains ont été enregistrés dans le monde, dont 126 décès.

Actuellement, la peste est considérée comme une maladie ré-émergente dans le monde. Elle a ainsi refait son apparition en Algérie en 2003 puis 2008. De nouveaux foyers épidémiques ont également été décrits en Russie ou aux USA dans les parcs nationaux de l’Ouest du pays. Pour suivre son évolution et adopter les mesures nécessaires, tous les cas de peste doivent être signalés à l’Organisation Mondiale de la Santé.

Depuis très longtemps, des essais de vaccins ont été réalisés, mais sans grande réussite. Plusieurs équipes de recherche dans le monde travaillent à l’élaboration d’un vaccin efficace, qui pourrait permettre d’éradiquer définitivement cette maladie.

Bientôt un vaccin ?

Plusieurs vaccins contre la peste ont déjà été mis au point au cours des années, mais ils présentent des effets secondaires graves, voire mortels. De plus, ils n’ont aucune efficacité sur la peste pulmonaire, la forme la plus grave de la maladie. Ils ne sont donc pas approuvés par les autorités de santé internationales.

Très récemment, une équipe américaine a publié une étude très prometteuse pour la conception d’un vaccin contre la peste. Les chercheurs ont travaillé sur plusieurs souches (variétés) de Yersinia pestis génétiquement modifiées (mutations de certains gènes, suppression de gènes de virulence). Ils ont ensuite vacciné des souris et des rats avec ces différentes souches.

Les résultats ont mis en évidence que les rongeurs produisent, 35 à 56 jours après la vaccination, des anticorps spécifiquement dirigés contre la bactérie responsable de la peste. Après 120 jours, les rongeurs ont été exposés à une souche sauvage de Yersinia pestis par voie nasale (mode de transmission de la peste pulmonaire). Les animaux vaccinés par certaines souches ont alors montré une immunité totale contre la peste pulmonaire.

Ces résultats sont très encourageants pour le développement d’un vaccin contre la peste, même si des études complémentaires sont évidemment nécessaires chez l’Homme. L’existence d’un vaccin dans les années futures pourrait enfin permettre d’envisager l’éradication mondiale ce fléau.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources :
Institut Pasteur. Fiche maladie. La Peste. Février 2007.
Butler, T. et al. Plague gives surprises in the first decade of the 21st century in the United States and worldwide. 2013. Am J Trop Med Hyg. 89: 788-93. doi: 10.4269/ajtmh.13-0191.
Organisation Mondiale de la Santé. Centre des médias. Peste. Aide-mémoire n°267. Septembre 2016.
Tiner, B.L. et al. Immunisation of two rodent species with new live-attenuated mutants of Yersinia pestis CO92 induces protective long-term humoral-and cell-mediated immunity against pneumonic plague. 2016. Npj Vaccines. Publication en ligne le 13 octobre. doi:10.1038/npjvaccines.2016.20.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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