Prendre de la mélatonine pour mieux dormir : bonne ou mauvaise idée ?
Plus d’un Français sur trois déclare souffrir de troubles du sommeil. Face à des nuits hachées et des réveils difficiles, la tentation est grande de se tourner vers une solution rapide pour mieux dormir. Les compléments à base de mélatonine ont justement tout pour séduire : disponibles sans ordonnance, présentés comme naturels, et promettant un endormissement plus facile. Mais la mélatonine aide-t-elle vraiment à mieux dormir ? Est-elle sans risque pour tout le monde ? Voici ce qu’il faut savoir.

Comment la mélatonine agit-elle sur le sommeil ?
La mélatonine est une hormone produite naturellement par le cerveau, via une petite glande appelée glande pinéale. Elle est fabriquée chaque soir, dès que la lumière baisse, pour signaler à l’organisme qu’il est temps de se préparer à dormir. Elle atteint son pic aux alentours de 2 h à 4 h du matin, puis diminue progressivement pour permettre le réveil.
La mélatonine ne provoque pas directement le sommeil, mais elle règle l’horloge interne du corps. C’est ce que l’on appelle le rythme circadien, donnant l’alternance naturelle entre veille et sommeil sur une journée de 24 heures. Ce mécanisme peut être perturbé par de nombreux facteurs du quotidien, dont l’exposition à une lumière. En France, la mélatonine existe sous deux formes. En dessous de 2 mg par jour, elle est vendue sans ordonnance comme complément alimentaire. À partir de 2 mg, elle devient un médicament sur ordonnance, dont l’autorisation est limitée au traitement de l’insomnie chez les adultes de plus de 55 ans.
38 % des Français déclarent souffrir d’au moins un trouble du sommeil.
En semaine, les Français dorment en moyenne 6 h 50, soit 14 minutes de moins qu’en 2025.
Les troubles du sommeil touchent plus particulièrement les personnes atteintes de maladies chroniques (74 % des patients ayant une affection dermatologique, 64 % de ceux présentant des troubles psychiques et 59 % des patients diabétiques).
Les compléments à base de mélatonine sont-ils vraiment efficaces pour mieux dormir ?
Les troubles du sommeil sont multiples : difficultés à s’endormir, réveils nocturnes répétés, insomnie chronique, sommeil non réparateur… Leurs causes sont tout aussi variées, et le traitement dépend directement de l’origine du problème.
Les lus fréquentes sont :
- Le stress et l’anxiété, responsables de plus de la moitié des insomnies ;
- Les troubles de l’humeur, notamment la dépression, qui augmente le risque par deux ;
- Les maladies chroniques, qui concernent 55 % des personnes souffrant de troubles du sommeil ;
- Les apnées du sommeil, qui fragmentent les nuits en provoquant des micro-réveils répétés ;
- L’environnement de sommeil, entre bruit, lumière excessive et température inadaptée de la chambre ;
- Le décalage du rythme biologique, lié au travail de nuit, aux horaires décalés ou jetlag.
C’est uniquement sur ce dernier point que la mélatonine a démontré une efficacité. La Société française de recherche et de médecine du sommeil (SFRMS) la recommande comme traitement lorsque l’horloge interne est désynchronisée. Dans ces cas précis, elle peut aider à recaler le rythme veille-sommeil.
En revanche, pour toutes les autres causes d’insomnie, son efficacité reste modeste. Son effet est insuffisant pour résoudre une insomnie installée liée au stress, à une maladie ou à un trouble de l’humeur.
Tout le monde peut-il prendre de la mélatonine sans risque ?
Si les effets de la mélatonine sur le sommeil sont connus du plus grand nombre, ses autres propriétés sont le plus souvent ignorées.
Elle intervient dans différentes fonctions de l’organisme :
- Modulation de l’humeur ;
- Régulation du système immunitaire ;
- Contrôle de la température corporelle ;
- Motricité intestinale ;
- Vasodilatation et vasoconstriction des vaisseaux sanguins ;
- Activité pro-inflammatoire.
Ces effets physiologiques peuvent, dans certaines conditions, ou lors d’interaction avec d’autres substances, conduire à l’apparition d’effets indésirables.
L’ANSES déconseille ainsi fortement la consommation de compléments alimentaires à base de mélatonine sans avis médical aux :
- Femmes enceintes ou allaitantes ;
- Enfants et les adolescents ;
- Personnes souffrant de maladies inflammatoires ou auto-immunes ;
- Personnes épileptiques ou asthmatiques ;
- Personnes présentant des troubles de l’humeur, du comportement ou de la personnalité ;
- Personnes sous traitement médicamenteux, en raison de risques d’interactions, notamment avec certains anticoagulants ou antihypertenseurs.
La consommation de mélatonine est également déconseillée avant toute activité nécessitant une vigilance soutenue, comme conduire un véhicule.
L’ANSES recommande de limiter la prise de mélatonine à un usage ponctuel, de privilégier les formulations simples sans association à d’autres ingrédients, et de consulter un professionnel de santé en cas de doute.
La mélatonine peut être efficace dans des situations bien précises, mais elle n’est pas la solution universelle contre les troubles du sommeil. Avant d’y recourir, il vaut mieux s’interroger sur les causes réelles de ses mauvaises nuits. Dans bien des cas, des mesures simples d’hygiène de sommeil font déjà une vraie différence : horaires réguliers de coucher et de lever, exposition à la lumière naturelle le matin, chambre fraîche et obscure, écrans éteints le soir. En cas de difficultés persistantes, consulter un professionnel de santé reste le meilleur réflexe.
– ANSES, Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine. www.anses.fr. Consulté le 10 mars 2026 .
– Médecine du Sommeil, La mélatonine et son usage dans les troubles circadiens du rythme veille-sommeil : recommandations de la SFRMS. www.sciencedirect.com. Consulté le 10 mars 2026 .
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