Vers une meilleure prise en charge de l’AVC grâce à la progestérone ?

Jan 26, 2018 par

L’attaque cérébrale ou Accident Vasculaire Cérébral touche, chaque année, plus de 130 000 personnes en France. Dans 85% des cas, c’est l’occlusion d’une artère cérébrale qui empêche le sang de circuler normalement. Pour améliorer la prise en charge immédiate du patient victime d’un AVC, il est nécessaire de trouver de nouvelles molécules qui vont protéger, directement ou indirectement, le cerveau. Récemment, des chercheurs proposent d’utiliser la progestérone en complément des traitements existants.

Prise en charge AVC Progestérone

Des profils de progestérone différents selon le sexe

Avant de réaliser cette étude, les chercheurs avaient préalablement remarqué que :

  • Les femmes étaient protégées des AVC pendant leur période de fertilité (de la puberté à la ménopause) grâce à la progestérone présente dans leur organisme ;
  • Des expériences en laboratoire sur des tissus ou modèles animaux montrent que l’administration de progestérone joue un rôle protecteur dans les atteintes cérébrales.

À savoir ! La progestérone est une hormone stéroïdienne (les stéroides sont un groupe de lipides) secrétée par l’ovaire à certaines phases du cycle menstruel et par le placenta durant la grossesse. Chez la femme et chez l’homme, les glandes surrénales et le cerveau produisent également, en moindre quantité, de la progestérone.

Suite à ces constatations, l’équipe de chercheurs, supervisée par Rachida Guennoun et Michael Schumacher de l’unité INSERM U1195 (équipe Neuroprotection et régénération axonale) de l’université Paris-Sud et Paris-Saclay, a voulu élucider le rôle de la progestérone naturellement présente dans l’organisme lorsque survient un AVC.

Pour réaliser cette expérience, les chercheurs ont sélectionné des souris mâles et femelles. Tout d’abord, ils ont constaté que les teneurs en progestérone et en 5 alpha-dihydroprogestérone (5 alpha-DHP) sont largement plus élevées chez les mâles que chez les femelles.

Cependant, les femelles présentent davantage de 20alpha-dihydroprogestérone (20alpha-DHP), une molécule inactive pouvant se retransformer en progestérone.

À savoir ! Le 5 alpha-DHP est un métabolite de la progestérone biologiquement actif sur le cerveau.

Les bénéfices de la progestérone sur le cerveau

En provoquant un AVC par obstruction d’une artère cérébrale, les chercheurs ont constaté que, le niveau cérébral de la progestérone et de 5alpha-DHP augmentaient nettement chez les mâles mais aucunement chez les femelles.

Ensuite, en provoquant un AVC chez des souris modifiées génétiquement pour ne plus avoir de récepteur à la progestérone dans leurs cellules nerveuses, les chercheurs ont remarqué qu’elles présentaient une perte de neurones et des perturbations comportementales beaucoup plus importantes que les souris pourvues de récepteur à progestérone.

Une fois de plus, les mâles sans récepteur à la progestérone présentaient des dommages cérébraux encore plus important que leur équivalent femelle.

Conclusion : la progestérone protège le cerveau pendant un AVC grâce aux récepteurs à la progestérone présents sur les cellules cérébrales. Cependant, un mécanisme complémentaire doit exister chez les femelles et d’autres investigations sont nécessaires pour le décrypter.

La suite logique de cette découverte

Afin de mettre à profit cette découverte, les chercheurs réfléchissent à l’utilisation de la progestérone en complément de la thrombolyse et/ou de la thrombectomie dans la prise en charge des AVC.

À savoir ! La thrombolyse a pour objectif de désobstruer l’artère cérébrale touchée en administrant, par intraveineuse, une molécule capable de dissoudre le caillot sanguin. L’enjeu est d’effectuer la thrombolyse le plus rapidement possible, et notamment dans les 4H30 qui suivent le début de l’infarctus cérébral. La thrombectomie est l’équivalent chirurgical de la thrombolyse. Elle consiste à aller chercher le caillot qui bouche l’artère grâce à une sonde.

« La zone centrale de l’infarctus est irrémédiablement perdue. Elle est entourée d’une zone périphérique de cellules touchées mais non détruites : c’est celle-là qu’il faut préserver pour minimiser les conséquences de l’AVC » souligne Rachida Guennoun dans un communiqué de presse de l’INSERM.

Prochainement, l’équipe de chercheurs va poursuivre ses recherches sur le modèle murin pour  :

  • Tester l’efficacité des agonistes de la progestérone, c’est-à-dire des molécules synthétiques avec une forme proche de la progestérone et activant le récepteur de progestérone ;
  • Explorer la relation dose/réponse d’une administration intranasale de progestérone en faisant des essais dose/réponse.

« L’idée ultime, si nous en avons les moyens, est de voir ce qu’il en est chez l’homme, avec l’unité neurovasculaire de Bicêtre. D’abord mesurer l’évolution des niveaux plasmatiques de la progestérone et de ses métabolites post-AVC, puis éventuellement faire des essais cliniques d’administration de la progestérone ou de 5 alpha-DHP ou d’agonistes du récepteur PR » avance Rachida Guennoun.

Julie P. Journaliste scientifique

– Accident vasculaire cérébral : un rôle protecteur pour la progestérone endogène ? INSERM Consulté le 23 janvier 2018.
– A role of endogenous progesterone in stroke cerebroprotection revealed by the neural-specific deletion of its intracellular receptors. The Journal of Neuroscience. X. Zhu et al.
Julie P.
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