Enjeu de santé publique : l’AVC féminin est injustement considéré

Sep 16, 2017 par

Même si l’Accident Vasculaire Cérébral représente la première cause de mortalité chez la femme au niveau mondial, son intégration dans la recherche et sa prise en charge médicale restent inégales vis-à-vis de la population masculine. Une équipe du CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Lille a coordonné une revue de publications internationales sur le sujet pour dresser un bilan de cet enjeu de santé publique.

Inégalité des femmes sur la prise en en charge des AVC

Femme et AVC : une spécificité dans les facteurs de risque

L’étude, réalisée par Charlotte Cordonnier du Département de Neurologie du CHU de Lille et son équipe entièrement composée de chercheuses européennes, intègrent également un groupe de travail étudiant le sujet de l’AVC en Europe : ESO (European Stroke Organisation).

En passant en revue méthodiquement plus de 130 publications scientifiques ayant pour thème principal l’AVC, les chercheuses sont venues à la conclusion que les facteurs de risque vasculaire diffèrent chez la femme et chez l’homme. Les facteurs communs sont l’hypertension artérielle, le diabète et l’hypercholestérolémie.

Mais, les facteurs de risques majorés chez la femme sont :

  1. Le diabète de type 1 ou diabète insulinodépendant ;
  2. La fibrillation auriculaire (risque multiplié par 2 par rapport à l’homme) ;
  3. L’hypertension artérielle au cours la grossesse et des années après celle-ci.

A savoir ! La fibrillation auriculaire (ou fibrillation atriale) est la plus fréquente des troubles cardiaques et concerne 750 000 Français. C’est une arythmie cardiaque dans laquelle le cœur se contracte de manière à la fois anarchique, rapide et irrégulière.

L’AVC féminin : moins étudié, moins bien pris en charge

Selon l’étude, les femmes sont sous-représentées dans les études thérapeutiques : l’AVC touche davantage les femmes à partir de 80 ans mais les études cliniques intègrent en grande majorité des hommes de 60 ans.

Ainsi, pour améliorer les connaissances générales sur l’accident vasculaire cérébral féminin, et notamment son traitement, il est conseillé de réaliser davantage d’essais cliniques intégrant des femmes. Une nécessité que le Parlement Européen avait d’ailleurs mentionné dès 2016.

Autre point important souligné grâce à cette synthèse de publications internationales : les difficultés de prise en charge de l’AVC chez la femme. Ainsi, les scientifiques montrent que le délai entre la survenue de l’AVC et l’arrivée aux urgences est plus long lorsque la victime est une femme. Les causes expliquant ce constat ne sont pas très explicites dans l’étude et il semblerait que les femmes restent hésitantes avant d’appeler les premiers secours quand il s’agit de leur propre santé.

A savoir ! L’AVC est une urgence diagnostique et thérapeutique. La prise en charge des AVC est une course contre la montre et une minute de perdue fait perdre 2 millions de neurones au patient. Le terme “VITE” est d’ailleurs un moyen mnémotechnique pour identifier un AVC et réagir : V comme visage paralysé, I comme Impossible de bouger un membre, T comme trouble de la parole et E comme éviter le pire en composant le 15 (Samu) ou 112 (numéro d’urgence européen).

Au contraire, elles ne feraient preuve d’aucun doute pour appeler les secouristes quand il s’agit d’un tiers.

Ensuite, Charlotte Cordonnier souligne, contre toutes attentes, que ce ne sont pas des facteurs médicaux qui expliquent que des patientes atteintes d’un AVC se trouvent confrontées à une qualité de prise en charge non égale à celle de l’homme mais plutôt des facteurs sociaux : trop de médecins encore ne pensent pas immédiatement à l’AVC mais à un trouble psychiatrique.

Lire aussiAVC : comment réagir ?

Et demain ?

Si la tendance à la hausse des cas d’AVC dans le monde se poursuit comme entre 1990 et 2010 (+26%), on peut s’attendre à ce que 7,8 millions de personnes décèdent suite à un AVC en 2035 contre 6,2 millions en 2015.

Pour lutter contre l’incidence de l’AVC féminin, les auteures estiment qu’il est crucial de mieux contrôler ses facteurs de risque spécifiques et d’émettre des recommandations internationales autant auprès du public pour la prévention qu’auprès des acteurs de la recherche médicale et pharmaceutique pour prioriser l’inclusion des femmes dans les études cliniques.

Julie P., Journaliste scientifique

– Stroke in women — from evidence to inequalities. Nature Reviews Neurology. C. Cordonnier et al. Le 21 juillet 2017.
– L’accident vasculaire cérébral, une (autre) inégalité homme-femme ? Site de l’INSERM-Salle de Presse. Le 06 septembre 2017.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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