Protection solaire : les Français se protègent moins bien qu’en 2024

Par |Publié le : 16 juin 2026|Dernière mise à jour : 15 juin 2026|6 min de lecture|

Le nombre de cancers de la peau a plus que triplé en France depuis 1990. Pourtant, selon le Baromètre FEBEA/OpinionWay 2026, les comportements de protection régressent, notamment chez les jeunes. Le Pr Stéphane Dalle, professeur de dermatologie aux Hospices Civils de Lyon, dont les travaux sont soutenus par la Fondation ARC, démêle les vraies menaces des idées reçues.

protection solaire

En France, entre 141 200 et 243 500 cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année, selon Santé Publique France, et plus de 85 % d’entre eux sont liés à une exposition excessive aux UV naturels ou artificiels. Un chiffre qui devrait suffire à convaincre. Et pourtant : selon le Baromètre FEBEA/OpinionWay 2026, les Français se protègent moins bien qu’en 2024, en particulier chez les jeunes adultes. Comment expliquer ce paradoxe, alors que les risques sont mieux connus que jamais ?

Un coup de soleil, c’est une brûlure, pas une rougeur passagère

La première erreur à corriger est sémantique. « Un coup de soleil n’est pas une simple rougeur passagère : c’est une brûlure provoquée par les UV, qui traduit une atteinte des cellules cutanées », rappelle le Pr Dalle. Lorsque ces agressions se répètent, elles peuvent entraîner des mutations de l’ADN et augmenter le risque de mélanome et autres cancers de la peau.

Les coups de soleil survenus pendant l’enfance et l’adolescence sont particulièrement préoccupants : ils pèsent durablement sur le risque de cancers cutanés à l’âge adulte. La protection solaire n’est pas une question d’esthétique, c’est une question de santé qui se joue dès les premières années de vie.

Les UV ne préviennent pas

Autre piège fréquent : associer le danger du soleil à la chaleur ressentie. « Les UV sont invisibles, ne chauffent pas toujours la peau et peuvent être présents même par temps nuageux », insiste le Pr Dalle. La réverbération sur l’eau, le sable, la neige ou certaines surfaces claires peut renforcer considérablement l’exposition, parfois bien au-delà de ce qu’on imagine.

Être sous un parasol ne garantit pas une protection complète : la réverbération au sol suffit à exposer la peau à une dose significative d’UV. De même, les nuages ne bloquent pas totalement le rayonnement, un coup de soleil par temps couvert est tout à fait possible, surtout si l’indice UV est élevé.

Le bronzage « sain » n’existe pas

« Le bronzage est en réalité un mécanisme d’adaptation de la peau face aux UV : cela signifie que la peau essaie de se protéger », explique le Pr Dalle. On peut limiter les risques en évitant les coups de soleil, en s’exposant progressivement et en se protégeant correctement, mais le risque zéro n’existe pas.

Les cabines UV exposent volontairement la peau à des rayonnements cancérogènes et sont interdites aux mineurs. Leur utilisation, quelle que soit la saison, est à éviter.

Comment bien se protéger ?

Le Pr Dalle est clair sur la hiérarchie des protections : « L’ombre et la protection vestimentaire sont définitivement les meilleurs moyens de protection. Les crèmes solaires sont des alternatives imparfaites. » Il ne faut surtout pas que l’application d’une crème devienne un prétexte pour s’exposer plus longtemps, c’est précisément l’une des erreurs les plus fréquentes.

Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), le choix de l’indice de protection solaire doit tenir compte du phototype, c’est,à,dire de la sensibilité naturelle de la peau au soleil. Les peaux claires (phototypes I et II), qui brûlent facilement et bronzent peu ou pas du tout, doivent privilégier une très haute protection (SPF 50+). Pour les phototypes intermédiaires, une protection à large spectre contre les UVB et les UVA, idéalement SPF 50 en cas d’exposition importante, constitue une option particulièrement protectrice.

Parmi les erreurs les plus fréquentes dans l’application, le Pr Dalle cite : ne pas protéger les oreilles et le cou, appliquer une quantité insuffisante, et surtout, rester exposé plus longtemps sous prétexte d’avoir mis de la crème. « Il n’est pas souhaitable que l’utilisation de la crème solaire ait pour objectif principal d’augmenter le temps d’exposition », insiste,t,il. Il soulève également un angle moins connu : de nombreux composants entrant dans la fabrication des crèmes ne sont pas neutres pour l’environnement, ce qui renforce l’intérêt de privilégier ombre et vêtements couvrants en première ligne.

Ce qui inquiète vraiment les experts

Ce qui inquiète les experts, ce n’est pas une pandémie mondiale. C’est l’érosion des systèmes de santé locaux, aggravée par les coupes budgétaires internationales. « C’est seulement quand on renforce le système de santé sur place — l’accès à l’eau, aux gants, aux formations — qu’on peut détecter une épidémie de façon précoce et la limiter. Les coupes de financement américaines n’ont pas provoqué l’épidémie, mais elles ont contribué à sa propagation », pointe Isabel Amoros.

Et puis il y a l’effet collatéral souvent oublié : quand Ebola frappe, les populations évitent les centres de santé. Résultat, les autres maladies — paludisme, rougeole, choléra — tuent plus qu’en temps normal. « On va avoir plus de décès à cause des maladies non-Ebola que des décès causés par Ebola lui-même », prédit Isabel Amoros.

Pour Sylvain Baize, après toutes ces épidémies, le constat n’a pas changé : « Pour arrêter Ebola, il faut contrôler chaque patient et chaque événement de transmission. C’est les seules armes qu’on a. » Pas de vaccin pour le virus Bundibugyo, pas de traitement spécifique — juste une course contre la montre, dans des conditions souvent impossibles.

Éviter les heures à risque

Éviter les expositions entre 12h et 16h, période durant laquelle l’indice UV est au plus haut, reste l’un des réflexes les plus efficaces. Pour les sportifs, les randonneurs ou les travailleurs en extérieur, consulter l’indice UV quotidien, disponible sur la plupart des applications météo, permet d’adapter son comportement en temps réel. La Ligue contre le cancer rappelle ces gestes essentiels dans sa brochure de prévention solaire.

La Fondation ARC rappelle que la prévention reste à ce jour le levier le plus puissant contre le mélanome. Tout grain de beauté qui change de forme, de couleur ou de taille, ou qui saigne, mérite une consultation sans délai chez un dermatologue.

Sources
– Interview du Pr Stéphane Dalle, professeur de dermatologie, Hospices Civils de Lyon.. . Consulté le 15 juin 2026.
– Baromètre FEBEA/OpinionWay 2026 sur les comportements de protection solaire.. . Consulté le 15 juin 2026.
– Santé Publique France – Cancers de la peau : . www.santepubliquefrance.fr. Consulté le 15 juin 2026.
– ANSM – Recommandations sur les produits de protection solaire : . ansm.sante.fr. Consulté le 15 juin 2026.
– Ligue contre le cancer – Brochure prévention solaire : . www.ligue,cancer.net. Consulté le 15 juin 2026.
– Fondation ARC pour la recherche sur le cancer . www.fondation,arc.org. Consulté le 15 juin 2026.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.