Vodka + Redbull = cocaïne ?

Dec 7, 2016 par

vodka et redbull

La France est désormais le cinquième pays le plus consommateur de RedBull. Les jeunes en consomment dès 14 ans et ont tendance à l’associer à l’alcool. Quels sont les effets de ce cocktail sur le cerveau des adolescents ? Pourraient-ils s’apparenter à ceux de la cocaïne ? Une récente étude nous répond.

Alcool et boissons énergisantes

Les boissons énergisantes sont de plus en plus consommées en France, en particulier par les adolescents, qui les associent volontiers à l’alcool. Or, les boissons énergisantes renferment environ 10 fois plus de caféine que les sodas au cola, et également de grandes quantités de saccharose (sucre). Les effets sur la santé de ces boissons restent encore largement méconnus. En revanche, les études scientifiques ont montré que la caféine et le saccharose stimulent des voies cérébrales (dont le circuit de la récompense) impliquées dans les addictions.

À savoir ! Qu’est-ce que le circuit de la récompense ? Le circuit de la récompense est une voie de signalisation cérébrale, basée sur un neurotransmetteur, la dopamine. Lorsqu’une substance active le circuit de la récompense, la dopamine est sécrétée et provoque des sensations de plaisir, qui incitent à consommer à nouveau la substance en quantités de plus en plus importantes. Le circuit de la récompense est ainsi impliqué dans l’ensemble des addictions (alcool, tabac, drogues, etc.).

Le cerveau humain est en constante évolution de la naissance jusqu’à l’âge adulte. Il n’a donc pas atteint sa maturité à l’adolescence, où il reste particulièrement sensible. Comment de fortes doses de caféine et de saccharose peuvent-elles agir sur le cerveau des adolescents ? L’association avec l’alcool modifie-t-elle les effets des boissons énergisantes ? Une récente étude montre que la consommation de boissons énergisantes pourrait avoir des effets à court et long termes sur le cerveau, en particulier sur le comportement vis-à-vis des drogues.

Des effets comparables à ceux de la cocaïne

Pour analyser l’effet des boissons énergisantes et de l’alcool sur les adolescents, il est éthiquement impossible de réaliser une telle étude chez des adolescents. Les chercheurs ont donc exposé de jeunes souris aux boissons énergisantes et à l’alcool. En effet, les voies cérébrales mises en jeu lors d’une exposition aux drogues sont similaires chez l’homme et chez la souris.

Les résultats de l’étude mettent en évidence que le cocktail boissons énergisantes / alcool produirait sur le cerveau des adolescents des effets similaires à ceux de la cocaïne. Ces effets sont observés uniquement lors de l’association des deux boissons. Prises séparément, elles ne produisent pas ces effets.

Après des expositions répétées au cocktail, les souris deviennent plus actives et une protéine cérébrale spécifique augmente. Cette protéine révèle habituellement les abus chroniques de drogues telles que la cocaïne ou la morphine. Les adolescents friands de ce cocktail pourraient à l’âge adulte développer un comportement altéré vis-à-vis des drogues.

Un risque de dépendance à l’âge adulte

Les jeunes souris exposées à l’association boissons énergisantes / alcool montrent à l’âge adulte un comportement particulier vis-à-vis de la cocaïne. Moins sensibles à la cocaïne, elles auraient besoin de quantités supérieures de drogue pour obtenir les mêmes effets que chez des souris non exposées. Les chercheurs imputent cet effet à une modification du circuit de la récompense. En effet, ils obtiennent les mêmes résultats avec une autre molécule qui stimule ce circuit, la saccharine (édulcorant de synthèse).

Ainsi, le cerveau des adolescents ayant consommé des boissons énergisantes et de l’alcool se développerait à l’âge adulte avec un circuit de la récompense altéré. Ces jeunes adultes pourraient plus facilement abuser des substances activatrices du circuit de la récompense, car ils ressentiraient des effets amoindris. Parmi ces substances, figurent évidemment les drogues.

Les auteurs de l’étude mettent ainsi en garde les adolescents contre la consommation de ces boissons énergisantes, surtout lorsqu’elles s’associent à l’alcool (quel que soit le type d’alcool). Ils recommandent de retarder l’âge de la première consommation, de limiter les quantités consommées et de ne pas les combiner à l’alcool. De quoi reconsidérer les cocktails à base de Redbull …

Estelle B., Docteur en Pharmacie


Sources :
– Robins, M.T. et al. Adolescent intake of caffeinated energy drinks does not affect adult alcohol consumption in C57BL/6 and BALB/c mice. 2016. Alcohol 54 : 1-9.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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