Air pollué = risque de rhinite sévère augmenté ?

Feb 28, 2020 par

Premier sujet de préoccupation environnementale des Français, la pollution atmosphérique n’est pas sans conséquence sur la santé. Et si la pollution de l’air pouvait accroître le risque de sévérité de la rhinite ? C’est ce que suggèrent les travaux de deux équipes de chercheurs de l’Inserm.

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La rhinite, une maladie pas si bénigne

La rhinite désigne une maladie qui se manifeste par des éternuements à répétition, le nez bouché ou le nez qui coule, des démangeaisons, des larmoiements et une irritation des yeux, indépendamment d’un rhume. La maladie peut être d’origine allergique (par exemple le pollen pour la rhinite saisonnière ou rhume des foins) et/ou associée à l’asthme, mais elle peut aussi être indépendante des deux.

À savoir ! Les symptômes de la rhinite sont dus à une sensibilisation anormale et à une réaction excessive du système immunitaire de l’individu envers un allergène, substance étrangère à son organisme. Selon les individus, l’allergène pourra être du pollen, des moisissures, des poils d’animaux etc… Au contact avec les yeux ou les voies respiratoires de la personne allergique, le système immunitaire provoquera une réaction inflammatoire qui libérera de l’histamine provoquant ainsi la dilatation des vaisseaux sanguins et l’augmentation des sécrétions.

Si elle est souvent considérée comme bénigne, la rhinite peut cependant affecter de façon importante le sommeil, l’humeur ou la qualité de vie du patient et réduire ses performances professionnelles (ou scolaires s’il s’agit d’un enfant). On estime qu’entre 20 et 50% des individus sont sujets à la rhinite en fonction des pays étudiés.

Dans ce contexte, deux équipes de chercheurs de l’Inserm (Villejuif et Rennes) ont souhaité étudier l’impact à long terme de la pollution atmosphérique sur la sévérité de cette maladie.

Impact de la pollution de l’air sur la sévérité de la rhinite

Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques se sont  appuyés sur les données de deux cohortes européennes destinées à l’étude des maladies respiratoires :

  • L’Etude épidémiologique des facteurs Génétiques et Environnementaux de l’Asthme (EGEA) : une cohorte française comprenant des sujets asthmatiques, leur famille et des témoins de la population générale.
  • L’European Community Respiratory Health Survey (ECRHS) : une cohorte européenne composée de jeunes adultes issus de la population générale de 28 pays différents.

Ces recherches ont ainsi inclus 1 408 adultes âgés de 52 ans en moyenne, vivant dans 17 villes européennes, et ayant déclaré avoir présenté une rhinite au cours des douze derniers mois (entre 2011 et 2013). Chaque volontaire devait noter la sévérité de sa rhinite à l’aide d’un score compris entre 0 à 12 selon l’intensité de la gêne pour réaliser ses activités  quotidiennes : peu sévère (0-2), légèrement sévère (3-4), modérément sévère (5-6) et très sévère à partir de 7.  En moyenne, le score de sévérité observé était de 4.

Les scientifiques ont également pris en compte les niveaux de pollution des lieux d’habitation des participants. Ces niveaux de pollution ont pu être estimés grâce au projet ESCAPE (European Study of Cohorts for Air Pollution Effects) qui a permis de modéliser certains paramètres dans plusieurs villes européennes :

  • Taux d’azote (NO2)
  • Taux de particules fines de diamètre inférieur à 10 µm et inférieur à 2,5 µm (PM10 et PM2,5)
  • Densité et importance de la circulation automobile

Vers une meilleure connaissance de l’impact de la pollution sur la sévérité de la rhinite

Après analyse statistique de ces différentes données, les scientifiques concluent à association significative entre la pollution atmosphérique à long-terme et la sévérité de la rhinite. Cette association dépend de la nature des polluants considérés ou du type de rhinite :

  • Plus la concentration en particules fines PM10 et PM2,5 augmente, plus la sévérité de la rhinite augmente.
  • Association significative entre concentration de NO2 et sévérité de la rhinite, les individus les plus exposés à cette pollution ayant en moyenne une rhinite plus sévère.
  • Associations plus fortes chez les personnes présentant une rhinite non allergique et non asthmatiques.

Les scientifiques insistent sur le fait que ces conclusions doivent être interprétées avec précaution. En effet, plusieurs points restent à éclaircir. Les scientifiques n’ont pu trouver aucune association entre trafic automobile et sévérité de la rhinite alors même que les véhicules à moteur sont fortement émetteurs de particules fines ! Par ailleurs, ils rappellent que les différents types de rhinites présentent des mécanismes physiopathologiques différents, ce qui expliquerait la divergence des résultats en fonction de la présence d’asthme ou de sensibilité allergique : « Les effets de la pollution sur la santé respiratoire pourraient interférer avec un type de rhinite et pas un autre », explique une chercheuse de l’Inserm de Rennes.

L’impact de la pollution de l’air sur la santé respiratoire n’a donc pas encore livré tous ses secrets !

Déborah L., Docteur en Pharmacie

– Pollution atmosphérique et rhinite ne font pas bon ménage. INSERM. Consulté le 10 février 2020.
– Dossier « Pollution de l’air ». GOUVERNEMENT. Consulté le 13 février 2020.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
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