L’anosmie : Adieu aux odeurs et au goût

Apr 5, 2017 par

La cécité ou la surdité sont des handicaps connus du grand public. Mais qui sait ce qu’est l’ anosmie ? Cette perte totale de l’odorat frappe pourtant environ 5 % de la population. Aux causes multiples, l’ anosmie impacte fortement la qualité de vie des patients et constitue un facteur d’isolement social important.

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Anosmie et troubles de l’odorat

Les troubles de l’odorat sont beaucoup moins connus que les autres troubles sensoriels. Et pourtant, ils sont loin d’être exceptionnels et anodins. Deux grandes catégories de troubles sont définies :

  • L’anosmie correspond à une perte sévère à totale de l’odorat, qu’elle soit temporaire ou définitive ;
  • Les dysosmies regroupent toutes les perturbations de l’odorat.

Parmi les dysosmies, plusieurs cas de figure sont décrits en fonction de la nature et de l’importance des troubles olfactifs :

  • Une hyposmie est une difficulté à sentir les odeurs, et à l’inverse, l’hyperosmie est une augmentation de la sensibilité aux odeurs, un phénomène bien connu des femmes enceintes ;
  • La presbyosmie est la diminution physiologique progressive des fonctions olfactives au cours du vieillissement ;
  • La cacosmie est la perception constante d’une mauvaise odeur, qui existe réellement ;
  • La parosmie est une déformation de la perception d’une odeur qui devient désagréable alors qu’elle ne l’était pas auparavant ;
  • La phantosmie est une hallucination olfactive, marquée par la perception d’une mauvaise odeur inexistante dans la réalité.

Mais comment surviennent ces troubles de l’odorat ?

D’où vient l’anosmie ?

L’anosmie peut résulter de plusieurs phénomènes et ainsi avoir différentes causes. D’une part, le trouble peut provenir d’un défaut de transmission, les molécules odorantes ne peuvent pas atteindre les cellules sensorielles en raison d’un obstacle. Les causes sont alors diverses :

  • Des anomalies anatomiques de la fente olfactive ;
  • Les rhinites et sinusites aigües, entraînant une anosmie transitoire ;
  • Les rhinites chroniques, allergiques ou non allergiques, plus souvent à l’origine d’une dysosmie ;
  • La polypose naso-sinusienne (présence de polypes dans le nez et les sinus) ;
  • L’hypertrophie (développement anormal) des végétations adénoïdiennes, suite à la répétition d’otites moyennes aigües ou d’une otite séromuqueuse, en particulier chez l’enfant ;
  • La présence d’un corps étranger chez l’enfant.

D’autre part, le trouble peut résulter d’une atteinte de la perception nerveuse même des odeurs, dont l’origine peut être :

  • Physiologique, sous l’effet de facteurs hormonaux, par exemple au cours du cycle menstruel ou lors d’un traitement contraceptif oral ;
  • Consécutive à la prise de médicaments (cas très rare) ;
  • Après une radiothérapie au niveau de la région cervicale ;
  • Suite à une infection ORL virale avec une altération des membranes olfactives;
  • Traumatique, en particulier les traumatismes crâniens ;
  • Toxique après l’exposition à différentes substances chimiques en milieu professionnel ;
  • Neurologique dans le cas de maladies neurodégénératives chroniques, comme la sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, etc. ;
  • Tumorale lors d’un cancer au niveau de la tête ou du cou.

Cependant, dans 15 à 20 % des cas, aucune cause n’est retrouvée pour expliquer l’anosmie.

Un trouble lourd de conséquences au quotidien

Pour les personnes qui souffrent de dysosmies, et surtout d’anosmie, il s’agit d’un véritable handicap au quotidien, très souvent négligé par l’entourage et le corps médical. Le patient anosmique perd en effet toute notion des odeurs, même les plus familières.

Par ailleurs, la perte de l’odorat s’accompagne inévitablement d’une perte du goût, une expérience que chacun a vécue ponctuellement lors d’un rhume. Le plaisir de manger disparaît donc avec les odeurs, ce qui nuit profondément à la qualité de vie et entraîne des risques de troubles de l’alimentation (perte de l’appétit, dénutrition). La pratique de certaines professions devient presque impossible, en particulier pour les cuisiniers ou les parfumeurs.

Une autre conséquence est la perte d’un des systèmes d’alerte de l’organisme. Les odeurs peuvent nous avertir d’un danger imminent, par les fumées, les produits chimiques ou encore la nourriture avariée. Les personnes anosmiques sont ainsi plus exposées aux risques d’accidents domestiques.

Perdre à la fois la notion d’odeur et de goût est très difficile à vivre au quotidien et mène de nombreux patients vers la dépression et l’isolement. Ainsi, les spécialistes estiment qu’environ 25 à 30 % des patients présentent des symptômes dépressifs. Des scènes courantes de la vie quotidienne peuvent devenir très complexes pour une personne anosmique : Quel parfum s’acheter ? Est-ce que je sens mauvais ? Quelle odeur a mon bébé, est-il temps de le changer ? etc.

Actuellement, outre la prise en charge de la cause de l’anosmie, le traitement repose sur la stimulation de l’odorat par un protocole d’entraînement aux odeurs, avec des résultats très variables selon les patients.

L’anosmie est un handicap largement méconnu de la population et qui suscite peu d’intérêt de la communauté scientifique. Et pourtant, n’est-il pas difficile d’imaginer notre vie sans aucune odeur ?

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

Connaître les différentes causes d’une anosmie. Collège ORL de France. Consulté le 23 mars 2017.
Anosmie. Rubrique Olfaction. CNRS. Consulté le 23 mars 2017.
Dysosmie. Rubrique Olfaction. CNRS. Consulté le 23 mars 2017.
Anosmie un handicap sensoriel invisible et méconnu. Témoignage de Bernard PERROUD, SOS Anosmie. 3ème Congrès Olfaction et Perspectives. 15 mars 2017.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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