BPCO chez la femme : un constat accablant

Dec 8, 2017 par

La bronchopneumopathie chronique obstructive ou BPCO représente un véritable enjeu de santé publique, et ce, particulièrement chez les femmes. La féminisation de cette maladie pointe l’inégalité persistante des sexes en matière de prévention et de prise en charge. De plus, il s’avère que les symptômes sont plus graves chez les patientes : à tabagisme égal, les femmes ont tendance à développer précocement une forme plus sévère de la pathologie. Santé sur le Net fait le point sur cette disparité alarmante…

BPCO chez la femme

Mieux comprendre la BPCO

La BPCO est une maladie inflammatoire chronique affectant les bronches et devenant invalidante. Elle se caractérise par une obstruction lente et progressive de l’appareil respiratoire, avec diminution des débits expiratoires. En France, la BPCO touche 3,5 millions de patients dont 100 000 sont atteints de formes sévères nécessitant une oxygénothérapie à domicile. La principale cause de cette pathologie est le tabac. Les autres principaux facteurs de risque sont :

  • le tabagisme passif
  • la pollution de l’air
  • la consommation de cannabis
  • les antécédents d’infections pulmonaires pendant l’enfance
  • la déficience en alpha 1-antitrypsine (protéine qui protège les poumons contre l’agression de certaines enzymes appelées protéases).A savoir ! En France, la BPCO touche 7,5 % de la population adulte et sa mortalité est actuellement estimée à 16 000 personnes par an. Selon les projections de l’OMS, elle devrait être la troisième cause de mortalité dans le monde d’ici 2030.

La BPCO, une maladie de plus en plus féminine

En 2017, 40 % des patients atteints de BPCO sont des femmes alors qu’elles ne représentaient que 20 % il y a vingt ans.  La BPCO est même devenue une maladie à prédominance féminine en Australie ou aux Etats-Unis, ce qui laisse suggérer que la France connaîtra probablement la même évolution d’ici quelques années. L’augmentation du tabagisme chez les femmes pourrait expliquer cette évolution. En effet, entre 1974 et 2012, la proportion de femmes parmi les fumeurs est passée de 33 % à 46 %. Néanmoins, la plupart des patientes souffrant de BPCO ignorent qu’elles sont atteintes de cette pathologie. Cela peut s’expliquer par le fait que le grand public a une représentation faussée de la BPCO car elle est généralement associée à l’image d’un fumeur d’âge mûr, de sexe masculin, toussant, crachant et souvent dépendant de sa bouteille d’oxygène. Cette vision négative de la maladie a pour inconvénient de retarder le diagnostic et ne fait qu’aggraver le pronostic.

Par conséquent, il est nécessaire que le médecin généraliste soit à l’écoute des patientes qui se plaignent de dyspnée ou même de fatigue, car une femme de 40 ans, même si sa consommation quotidienne de tabac semble faible, peut développer une BPCO. Le Pr Bruno Housset, chef de service de pneumologie au Centre hospitalier intercommunal de Créteil et président de la Fondation du souffle confirme que “la BPCO peut être observée avec une consommation inférieure à 20 paquets années”.

À savoir !  Le paquet-année est une unité de mesure évaluant la consommation active de tabac. Il permet notamment d’apprécier le risque de survenue d’un cancer du poumon chez un patient. Pour le calculer, il suffit de multiplier le nombre de paquets consommés quotidiennement par le nombre d’années pendant lequel l’individu a consommé cette même quantité.

Une symptomatologie plus grave chez les femmes

A facteur de risque égal, la BPCO se manifeste plus fréquemment chez les femmes, et lorsqu’elle apparaît, les patientes présentent davantage d’exacerbations et sont plus souvent hospitalisées que les patients masculins.

Une étude descriptive, réalisée en France de Novembre 2009 à Novembre 2010, a examiné les symptômes de la BPCO chez les femmes en les comparant à ceux des hommes. Les résultats sont sans appel. A tabagisme égal, les symptômes étaient plus graves chez les patientes féminines : la toux, la dyspnée ainsi que les expectorations étaient plus importantes. Cela signifie que leur qualité de vie est davantage altérée. De plus, l’étude signale clairement que les femmes souffrant d’une BPCO sont plus jeunes que les hommes.

Mais comment expliquer cette différence ? Plusieurs facteurs pourraient en être à l’origine :

  • une hyperréactivité bronchique plus importante
  • une sensibilité majorée à l’inflammation systémique
  • des bronches de plus petit calibre
  • une disparition de l’effet protecteur des œstrogènes après la ménopause.

Les femmes sont par ailleurs plus sensibles aux effets délétères du tabagisme. En effet, le risque d’obstruction bronchique est plus important chez elles, y compris après l’arrêt du tabac. De plus, le volume expiratoire maximal par seconde (VEMS) diminue plus rapidement chez les fumeuses que chez les fumeurs, même en cas de consommations inférieures à 15 cigarettes par jour.

À savoir ! Le VEMS correspond au volume d’air expiré durant la première seconde d’une expiration forcée, suite à une inspiration profonde. Il est mesuré dans le cadre d’un examen respiratoire dénommé spirométrie, et permet de dépister diverses pathologies pulmonaires ou bronchiques.

Il s’avère donc primordial d’améliorer le diagnostic précoce de la BPCO chez la femme. La prévention (arrêt du tabac et activité physique régulière) ainsi que la meilleure prise en charge de la maladie permettront de diminuer le nombre d’hospitalisations et de réduire la mortalité.

Caroline G. / Docteur en neurosciences

– La BPCO, souvent négligée chez la femme. Egora.fr
– Raherison C, Tillié-leblond I, Prudhomme A, Taillé C, Biron E, Nocent-Ejnaini C, Mathieu B and Ostinelli J (2014) Clinical characteristics and quality of life in women with COPD: an observational study. BMC Women’s health. 14(1):31. doi: 10.1186/1472-6874-14-31
Caroline G.
Docteur en neurosciences
Spécialiste dans les domaines du vieillissement et des maladies neurodégénératives.
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