Cancer du sein : Un point sur les décès liés au docétaxel

Apr 11, 2017 par

Parmi les traitements du cancer du sein, le docétaxel occupait jusqu’à récemment une place de choix. Mais la survenue d’une cinquantaine de décès en 20 ans a jeté le doute sur ce médicament. Plusieurs études françaises et européennes doivent permettre de mieux cerner son rapport bénéfice risque et ainsi décider de son avenir thérapeutique.

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Docétaxel et chimiothérapie

Le docétaxel est un médicament de chimiothérapie indiqué dans le traitement de plusieurs cancers (cancer du sein, de la prostate, du poumon, de l’estomac et des voies aérodigestives supérieures). Dans certains contextes, il est même le seul traitement disponible et validé à ce jour.

Sa principale utilisation reste le cancer du sein à différents stades d’évolution, en association avec d’autres thérapies anti-cancéreuses (doxorubicine et cyclophosphamide). Il est particulièrement utile pour prévenir les risques de rechute. Dans certaines situations, il peut être remplacé par un autre médicament, le paclitaxel.

Depuis sa mise sur le marché en 1996, il a permis de traiter des centaines de milliers de patients et de réduire la mortalité du cancer du sein, qui tue près de 12 000 personnes chaque année en France.

Comme de nombreux médicaments anti-cancéreux, le docétaxel présente des effets indésirables connus et parfois graves, notamment :

  • Une atteinte des cellules sanguines, avec une diminution de certains globules blancs (neutropénie) ;
  • Des entérocolites (inflammations d’origine infectieuse de la muqueuse de l’intestin grêle ou du côlon) ;
  • Des chocs septiques (infections généralisées de l’organisme).

Récemment, ce médicament a fait l’objet d’une alerte auprès des autorités de santé, en raison de la survenue de plusieurs décès liés à son utilisation.

48 décès de 1996 à aujourd’hui

En août 2016, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) a été alertée par la survenue de 6 cas d’entérocolites, dont 5 mortels chez des patientes, âgées de 46 à 73 ans, atteintes d’un cancer du sein et traitées par docétaxel. La qualité des lots de médicaments concernés a immédiatement été contrôlée et aucune anomalie n’a été détectée. L’ANSM a alors lancé une enquête nationale de pharmacovigilance (suivi des effets indésirables médicamenteux) en septembre 2016.

Le 28 mars 2017, les résultats de cette enquête, basés sur le recensement des effets indésirables graves entre 1996 et février 2017, ont été présentés lors du comité technique de pharmacovigilance. Les cas d’entérocolite ou de choc septique demeurent rares, quelle que soit l’indication thérapeutique du docétaxel, avec 187 cas répertoriés, dont 48 mortels. Ces effets indésirables surviennent principalement dans les deux semaines suivant l’administration du médicament. Les décès restent donc exceptionnels, avec une fréquence de l’ordre de 1 pour 10 000 patients traités.

Parallèlement, d’autres investigations ont été réalisées, en particulier une évaluation conduite par l’Agence Européenne du Médicament (EMA). Les déclarations d’effets indésirables entre janvier 2015 et janvier 2017 ont été analysées à l’échelle européenne et ne montrent pas d’augmentation de la fréquence de survenue des entérocolites liées au docétaxel sur cette période. Des analyses complémentaires sont en cours et seront présentées dans le courant du mois de mai.

L’avenir du docétaxel en suspens

A l’issue de ces enquêtes, l’alerte sur ce médicament est maintenue et des analyses complémentaires sont nécessaires, en particulier :

  • Un élargissement de l’enquête à tous les effets indésirables du docétaxel ;
  • L’inclusion des spécialités à base de paclitaxel, alternative du docétaxel.

Ces différentes enquêtes portent à la fois sur le princeps et sur les génériques du docétaxel. Pour l’instant, aucune différence n’a été observée entre les différentes spécialités commercialisées du médicament.

Dans l’attente des résultats de l’ensemble des enquêtes, les autorités de santé recommandent d’éviter l’utilisation du docétaxel dans les cancers du sein localisés et opérables. Il reste néanmoins indiqué dans toutes les situations où il n’existe pas d’alternative, mais avec un certain nombre de précautions supplémentaires :

  • Une surveillance étroite, systématique et précoce des patients traités par docétaxel ;
  • La prescription systématique de facteurs de croissance hématopoïétiques (médicaments qui stimulent la production des cellules sanguines et donc des globules blancs).

Une nouvelle rencontre avec les professionnels impliqués dans la prise en charge des cancers est d’ores et déjà programmée fin avril pour prendre les mesures nécessaires vis-à-vis du docétaxel. Santé Sur le Net ne manquera pas de vous tenir informés de la suite de ce dossier…

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

Survenue de décès chez des femmes traitées par docétaxel dans le cadre du traitement du cancer du sein. Point d’information de l’ANSM. Le 15 février 2017.
Docétaxel : point d’étape sur les investigations en cours. Communiqué de l’ANSM. Le 27 mars 2017.
Docétaxel : information suite au Comité technique de pharmacovigilance (CTPV) du 28 mars 2017. Communiqué de l’ANSM. Le 29 mars 2017.
Dossier sur les médicaments génériques. ANSM. Consulté le 4 avril 2017.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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