Les cellules souches : attention aux dérives…

Aug 5, 2017 par

Pour de nombreuses maladies actuellement incurables, l’essor de la thérapie cellulaire et génique représente un formidable espoir. Les cellules souches et leurs potentialités sont au cœur de la thérapie cellulaire et suscitent un vif intérêt. Mais cette voie de recherche peut-elle mener à des dérives, voire à un véritable commerce ? Santé Sur le Net a enquêté sur cette question éthique d’actualité.

business-cellules-souches

Cellules souches : l’exploitation d’un espoir

Les cellules souches pluripotentes sont des cellules aux potentialités extraordinaires, car elles possèdent la capacité de se transformer en n’importe quelle cellule du corps humain. Principal outil de la thérapie cellulaire, elles constituent un espoir thérapeutique immense pour de nombreuses maladies pour lesquelles il n’existe actuellement aucun traitement.

Certaines cellules souches sont d’ores et déjà utilisées en thérapeutique, essentiellement lors des greffes de moelle osseuse, qui consistent à transfuser au patient des cellules souches hématopoïétiques, précurseurs de l’ensemble des cellules sanguines. D’autres applications thérapeutiques pourraient voir le jour dans les années et décennies à venir et font l’objet de nombreuses études scientifiques et cliniques. Mais le vif intérêt suscité par ces cellules peut-il générer des dérives ?

En France, leur utilisation pour la recherche ou en thérapie est étroitement réglementée pour préserver les principes de l’éthique et limiter tout risque de dérive. Mais qu’en est-il dans d’autres pays ? Dans un certain nombre de pays, des cliniques privées se sont spécialisées dans l’administration non contrôlée de différents types de cellules souches (issues du bulbe olfactif, du sang de cordon, d’embryons ou encore de fœtus) par différentes voies (transplantation neurochirurgicale, injection intraveineuse, injection intrathécale, …).

Un tourisme des cellules souches !

Ce commerce né autour de ces cellules génère dans le monde un véritable tourisme des cellules souches, réservé à des patients fortunés. Cependant, ces utilisations sont réalisées sans aucune évaluation scientifique sur l’efficacité et la sécurité des protocoles thérapeutiques employés.

À titre d’exemple, le cas d’un patient, âgé de 66 ans, a été publié l’an dernier dans une revue scientifique et médicale. Souffrant de séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC), il s’était rendu dans des cliniques situées en Chine, en Argentine et au Mexique et avait reçu des injections de cellules souches dans le liquide céphalorachidien (liquide dans lequel baignent le cerveau et les méninges). Suite à ces injections, le patient a développé des douleurs lombaires, une paraplégie et une incontinence urinaire. Une masse de nature inconnue s’était développée au niveau de sa moelle épinière et a nécessité une radiothérapie, sans qu’il soit possible de déterminer le pronostic du patient.

Même les pays où il existe une réglementation peuvent être concernés par ce problème. Aux USA, deux chercheurs ont recensé plus de 300 firmes américaines proposant des thérapies à base de cellules souches à 570 cliniques. Malgré l’absence d’autorisations par l’administration américaine, ces traitements sont proposés pour diverses indications thérapeutiques, parmi lesquelles :

  • L’orthopédie, la plus fréquente ;
  • La prise en charge de la douleur ;
  • La neurologie (sclérose en plaques, maladie de Parkinson) ;
  • L’esthétique ;
  • La maladie d’Alzheimer.

Les cellules souches utilisées proviennent de multiples origines (du tissu graisseux, de la moelle osseuse, du liquide amniotique, du sang, du placenta ou encore du cordon ombilical). Cependant, il ne s’agit que très rarement de cellules souches pluripotentes (cellules capables de se transformer en différents types cellulaires).

Ces pratiques, potentiellement dangereuses pour les patients qui y ont recours, pourraient également jeter le discrédit sur l’une des avancées thérapeutiques les plus prometteuses des années à venir.

De la nécessité d’une réglementation internationale …

Comment enrayer de telles dérives ? Les spécialistes en bioéthique et les chercheurs sont formels : une réglementation internationale est impérative.

En juillet 2017, un groupe international d’experts a demandé la mise en place de réglementations nationales et internationales plus strictes pour mettre un terme à ces pratiques commerciales sur des traitements non approuvés.

Une action concertée à l’échelle mondiale est nécessaire pour réglementer la publicité réalisée autour de ces thérapeutiques. Les experts appellent ainsi l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à guider cette démarche pour une utilisation clinique responsable des cellules souches, à la manière de ce qui existe déjà pour les médicaments et les dispositifs médicaux.

Une démarche indispensable pour limiter les risques pour les patients tentés par ces publicités, mais aussi pour préserver les réelles potentialités thérapeutiques des cellules souches, qui pourraient émerger dans un avenir proche.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Responsibilities of Health Care Professionals in Counseling and Educating Patients With Incurable Neurological Diseases Regarding “Stem Cell Tourism”: Caveat Emptor. Bowman M and al. 2015. JAMA Neurol 72:1342-5.
– Glioproliferative lesion of the spinal cord as a complication of “stem-cell tourism”. Berkowitz A.L. and al. 2016. N Engl J Med. DOI:10.1056/NEJMc1600188.
– Selling Stem Cells in the USA: Assessing the Direct-to-Consumer Industry. Turner, Leigh and al. 2016. doi:10.1016/j.stem.2016.06.007.
– Marketing of unproven stem cell–based interventions: A call to action. Sipp D. and al. 2017. Sci Transl Med 9(397). DOI: 10.1126/scitranslmed.aag042.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée.