Covid-19 : quels impacts sur la santé mentale des personnes atteintes de troubles mentaux graves ?

Actualités Coronavirus (COVID-19)

Rédigé par Deborah L. et publié le 17 mars 2022

La pandémie de Covid-19 a entraîné dans son sillage une détérioration massive de la santé mentale et une explosion des cas de troubles anxieux et dépressifs. Mais qu’en est-il de la santé mentale des personnes souffrant déjà de troubles mentaux graves ? A l’occasion de la journée mondiale de la schizophrénie ayant lieu ce samedi 19 mars, Santé sur le Net partage les découvertes d’une étude à ce sujet.

personne assise avec la tête entre ses mains

Covid-19 : santé mentale, anxiété et dépression

Depuis deux ans, les actualités anxiogènes liées à la pandémie de Covid-19 mettent notre moral à rude épreuve. C’est donc en toute logique que l’on assiste à une explosion mondiale des cas de troubles anxieux et dépressifs dans la population générale.

À savoir ! Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, en 2020, les cas de troubles dépressifs et anxieux ont augmenté respectivement de 27,6 % et 25,6 %.

Cependant, peu de données relatives à la population souffrant de troubles mentaux graves sont aujourd’hui disponibles. Il se peut pourtant que la pandémie ait eu des conséquences encore plus néfastes sur les personnes souffrant d’un trouble psychiatrique préexistant, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Si certaines études ont d’ores et déjà démontré que les personnes ayant des troubles mentaux risquent davantage de développer une forme grave de la Covid-19 ou d’en mourir, l’impact de cette pandémie sur la santé mentale de ces patients reste encore largement méconnu. Un stress accru, des interactions sociales réduites et une prise en charge perturbée seraient à l’origine d’une exacerbation des symptômes voire une aggravation de l’évolution de leur maladie.

Dans ce contexte, des scientifiques ont analysé l’impact à long terme de la pandémie de Covid-19 sur la santé mentale des personnes ayant des antécédents de troubles mentaux.

Etude de l’impact de la Covid-19 chez les patients souffrant de troubles mentaux

L’objectif principal ? Analyser l’impact de la pandémie de Covid-19 sur la santé mentale des personnes avec et sans antécédents de troubles mentaux. Pour mener à bien cette étude, les scientifiques ont évalué la détresse psychologique de deux populations. Les participants résidaient dans deux régions frontalières : le Tyrol (en Autriche) et le Tyrol du Sud (en Italie). Ce choix géographique n’est pas anodin. Si la population de ces deux régions présente des caractéristiques similaires (contexte socio-économique, système de santé), les mesures de politique de santé publique ont été nettement plus strictes en Italie qu’en Autriche. Les mesures des chercheurs ont été faites aux premiers stades de la pandémie et poursuivies pendant 5 mois.

Trois groupes de volontaires ont participé à un sondage en ligne :

  • Personnes souffrant de troubles mentaux sévères (trouble du spectre de la schizophrénie, trouble bipolaire, trouble dépressif majeur avec caractéristiques psychotiques).
  • Personnes souffrant de troubles dépressifs majeurs sans caractéristiques psychotiques.
  • Témoins ne souffrant pas de troubles de la santé mentale.

Les scientifiques ont évalué les niveaux de détresse psychologique, de résilience, de soutien social perçu et de solitude au moyen de différentes échelles de mesure.

Des solutions de prise en charge ciblée nécessaires

A partir des données récoltées, les scientifiques ont pu faire les observations suivantes :

  • Les participants italiens étaient plus sujets à l’anxiété que les participants autrichiens. Cela peut refléter la plus grande sévérité des mesures sanitaires italiennes ;
  • Les symptômes psychologiques et la prévalence de la détresse psychologique étaient majorés chez les personnes souffrant de troubles dépressifs majeurs sans caractéristiques psychotiques ;
  • Le niveau de soutien social perçu était significativement plus faible dans les deux groupes de patients ;
  • La prévalence des symptômes psychologiques cliniquement pertinents est restée inchangée dans chaque groupe au cours du temps.

Cette étude comporte néanmoins plusieurs limites. En effet, elle repose sur une enquête volontaire en ligne. Les données auto-déclarées et un taux de réponse plutôt faible ont pu biaiser les résultats. Aucune évaluation standardisée de la psychopathologie n’a par ailleurs été réalisée auprès des participants. De même, les données n’ont pas été comparées à des mesures effectuées avant la pandémie. Enfin, il a fallu composer avec des différences démographiques importantes entre les patients souffrant de troubles mentaux et les témoins.

De plus amples recherches sur le sujet s’avèrent nécessaires, mais les auteurs de l’étude concluent sur un impact négatif durable de la pandémie sur la santé mentale des populations avec et sans troubles mentaux. Ils exhortent ainsi les gouvernements afin de mettre en place des solutions d’urgence. Des interventions de prévention ciblées pour répondre aux besoins spécifiques de chaque groupe sont également nécessaires. D’ici là, ils prévoient de poursuivre le suivi auprès des mêmes participants pendant toute la durée de la pandémie.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources
– Mental health in individuals with severe mental disorders during the covid-19 pandemic: a longitudinal investigation. nature.com. Consulté le 16 mars 2022.

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