Cystite : quels traitements pour contrer la résistance aux antibiotiques ?

Nov 2, 2018 par

Envies fréquentes d’uriner, brûlures, douleurs pelviennes…Une femme sur deux souffrira d’une cystite au moins une fois dans sa vie. Pour soigner cette infection bactérienne de la vessie et lutter contre la résistance aux antibiotiques, des médecins encouragent la prescription d’antibiotiques datant des années 1950. Récemment, une équipe de chercheurs suisses a mené une étude clinique pour réévaluer leur efficacité. Retour sur les résultats très surprenants de cette étude.

antibiotiques

Préserver l’efficacité des nouveaux antibiotiques

Depuis 2011, les professionnels de santé sont encouragés à utiliser d’anciennes molécules d’antibiotiques pour lutter contre les infections bactériennes bégnines comme la cystite .

En effet, l’utilisation massive et abusive des antibiotiques a accéléré l’apparition de l’antibiorésistance. Deux facteurs viennent expliquer cette résistance : l’élimination massive des bactéries ou micro-organismes non résistants au profit des souches naturelles résistantes et l’acquisition naturelle par les bactéries de stratégies biochimiques leur permettant de résister aux molécules antibiotiques.

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), l’impossibilité de traiter certaines infections entraîne dans l’Union européenne, chaque année, 25 000 décès.

Ainsi, depuis quelques années, l’une des stratégies pour combattre cette résistance est de prescrire d’anciens traitements antibiotiques dans des cas d’infections bactériennes légères pour préserver les nouveaux antibiotiques du phénomène de résistance et les utiliser exclusivement contre des infections bactériennes plus graves.

” Aujourd’hui, nous estimons que jusqu’à 20% de la population bactérienne est résistante à la ciprofloxacine, un antibiotique à large spectre très efficace. Il est donc capital de réserver l’usage de cette molécule aux cas graves ! ” souligne Angela Huttner, chercheuse à la Faculté de médecine de l’UNIGE et chef de clinique au Service des maladies infectieuses des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG).

Cependant, lors de leur mise sur le marché il y a plus de 60 ans, ces molécules n’ont pas été évaluées au même titre que celles mises sur le marché actuellement.

Des médecins de l’Université de Genève (UNIGE) et des HUG ont analysé deux molécules utilisées fréquemment contre les infections urinaires simples.

Réévaluer les anciens antibiotiques luttant contre la cystite

Lorsqu’une cystite est diagnostiquée, les médecins peuvent prescrire un médicament à base de nitrofurantoïne, datant de 1953, ou à base de fosfomycine datant de 1971.

Dans 75 % des cas, c’est la fosfomycine qui est utilisée en dose unique.

Le but de ces prescriptions est de préserver l’efficacité de l’antibiotique plus récent, nommé ciprofloxacine, en limitant l’émergence de bactéries résistantes à son égard.

À savoir ! La ciprofloxacine est un antibiotique appartenant à la famille des fluoroquinolones ou quinolone de deuxième génération. Elle agit en tuant les bactéries responsables des infections comme la pneumonie, l’otite ou la maladie du charbon. Elle est active uniquement sur certaines souches spécifiques de bactéries.

“Il faut absolument préserver l’efficacité de la ciprofloxacine en ne l’utilisant que lors de graves infections. Sans cela, nous serons bientôt démunis face à certaines infections” explique Stephan Harbarth, professeur associé au Service de contrôle et de prévention de l’infection des HUG, dans un communiqué de presse de l’UNIGE.

Dans cette étude clinique, les chercheurs ont réuni 513 femmes âgées de 18 à 101 ans vivant en Pologne, Israël ou Suisse et souffrant d’une cystite. De manière aléatoire, elles ont été traitées par fosfomycine ou  nitrofurantoïne.

Privilégier le traitement à base de nitrofurantoïne

En comparant les analyses bactériennes réalisées avant la prise de l’antibiotique puis à 14 et 28 jours après le traitement, les chercheurs ont observé que :

  • 70% de femmes ont répondu positivement à la prise de nitrofurantoïne avec une élimination totale des bactéries pour 74 % d’entre elles ;
  • 58 % de femmes ont répondu positivement à la prise de fosfomycine avec une élimination totale des bactéries pour 63 % d’entre elles.

” Sachant que sans prendre d’antibiotique, une femme a déjà environ 33% de chance de guérir d’une cystite, ce résultat démontre le peu d’effet de la fosfomycine, traitement pourtant le plus prescrit par le milieu médical “ constate Angela Huttner.

Ici, les chercheurs ont mis en évidence que le taux de réussite de la nitrofurantoïne est comparable à celui des antibiotiques à base de ciprofloxacine.

En montrant ainsi que la molécule la plus prescrite aujourd’hui n’atteint pas les résultats attendus, les chercheurs de l’UNIGE soulignent qu’il est important de mesurer l’efficacité des anciens antibiotiques à la lumière des normes actuelles.

Prochainement, les chercheurs vont étudier dans quelles infections bénignes, et de quelle manière, la fosfomycine peut être prescrite.

Julie P., journaliste scientifique

– On traite les cystites comme dans les années 50. Tribune de Genève. S. Davaris. Consulté le 30 octobre 2018.
– La cystite traitée comme dans les années 50. Université de Genève.Consulté le 30 octobre 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
Spécialiste de l'information médicale.
Passionnée par l'actualité scientifique et les nouvelles technologies.
Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée.