Dépistage des IST à domicile : le nouveau kit gratuit de l’Assurance Maladie

Par |Publié le : 14 juillet 2026|Dernière mise à jour : 6 juillet 2026|7 min de lecture|

Le dispositif Mon test IST, jusqu’ici réservé aux jeunes femmes, vient d’être étendu aux hommes de 18 à 25 ans. Gratuit, sans ordonnance, livré à domicile en 48h : ce kit d’auto-prélèvement répond à une réalité préoccupante, l’explosion des infections à chlamydia et à gonocoque chez les jeunes adultes. Le Dr Thomas Rodari, médecin infectiologue hygiéniste à l’Institut Montsouris, fait le point sur cette progression et sur les bons réflexes de dépistage.

IST

Depuis l’été 2025, les jeunes femmes de 18 à 25 ans pouvaient commander gratuitement un kit de dépistage à domicile sur mon-test-ist.ameli.fr. Cette possibilité est désormais ouverte aux hommes du même âge – ainsi qu’aux personnes transgenres, queers ou non-binaires, qui peuvent choisir le type de kit qui leur convient. Une extension qui intervient alors que les chiffres de l’infection ne cessent de grimper chez les jeunes adultes.

Une hausse de 41 % en dix ans chez les 15-24 ans

« L’augmentation de 41 % chez les 15-24 ans entre 2014 et 2023 est multifactorielle », explique le Dr Rodari. Le détail des chiffres révèle des évolutions différenciées selon le sexe et l’infection. Pour la chlamydia, le taux de positivité a particulièrement augmenté chez les femmes jeunes (214 cas pour 100 000), alors qu’il reste stable chez les hommes jeunes (154 pour 100 000). Pour le gonocoque, la tendance est à la hausse dans les deux sexes, avec des taux désormais comparables (70 pour 100 000) – alors qu’il y a quelques années, les femmes jeunes étaient davantage touchées que les hommes.

Cette hausse n’est pas forcément une mauvaise nouvelle en soi. « On peut évoquer l’augmentation constante des dépistages chez cette population jeune, ce qui mène au diagnostic d’infections asymptomatiques – car quand on cherche, on trouve », souligne le Dr Rodari. C’est d’ailleurs l’un des signes que les stratégies de santé publique fonctionnent. Mais le contexte sociétal joue aussi un rôle : selon l’étude CSF-2023 (Inserm/ANRS/Santé Publique France), le nombre de partenaires au cours de la vie a augmenté (7,9 en moyenne pour les femmes, 16,4 pour les hommes en 2023), de même que le multi-partenariat. En parallèle, l’usage du préservatif lors du premier rapport sexuel diminue, signe d’une prévention sans doute insuffisante ou mal adaptée à cette population.

Autre élément à surveiller : l’antibiorésistance, c’est-à-dire la capacité d’une bactérie à résister aux antibiotiques. « C’est une crainte pour l’instant non avérée pour le gonocoque, mais une réalité qui a conduit à changer les recommandations de traitement de première intention des chlamydias », précise le médecin, en raison d’une hausse des souches résistantes à l’azithromycine, l’antibiotique utilisé jusqu’alors.

Qui doit se faire dépister, et à quelle fréquence ?

La règle de base reste simple selon le Dr Rodari : un dépistage à chaque changement de partenaire, et avant d’envisager l’arrêt du préservatif avec un partenaire unique. « La responsabilité est partagée – le dépistage doit être réalisé par les deux partenaires ! »

Pour les personnes ayant plusieurs partenaires, un dépistage régulier est recommandé tous les trois mois, toujours associé à des mesures de protection physique (préservatifs, digue dentaire (protection utilisée lors des rapports oro-génitaux)). Des consultations en santé sexuelle permettent d’adapter ces conseils à chaque situation, et d’envisager si besoin un traitement préventif du VIH, la PrEP.

Un outil fiable, particulièrement utile pour les publics les plus exposés

Le Dr Rodari voit dans l’extension du dispositif un vrai progrès en matière d’inclusion. « Faciliter l’accès aux tests de dépistage, en laboratoire ou à domicile, permet de toucher plus largement ces populations. » L’auto-prélèvement à domicile présente un avantage particulier pour les personnes transgenres, queers ou non-binaires, souvent confrontées à l’incompréhension – voire à la violence – d’un personnel de santé encore insuffisamment formé à ces questions. « Cela évite de s’exposer à des questions et permet de réaliser son auto-prélèvement en confiance. »

Sur la fiabilité du test, le médecin est catégorique : « L’outil est tout à fait fiable et correspond à ce qui est déjà utilisé dans le cadre du dépistage classique de ces pathologies. » Plus les infections asymptomatiques sont dépistées et traitées tôt, plus la chaîne de transmission est interrompue.

Mode d’emploi : comment utiliser le kit à domicile ?

• Le kit contient un tube de prélèvement, un sachet de protection et une enveloppe pré-affranchée prête à l’envoi.

• Le prélèvement est urinaire pour les hommes, vaginal pour les femmes. Les personnes transgenres, queers ou non-binaires peuvent choisir leur type de kit au moment de la commande.

• Les sites anatomiques testés : urogénital principalement (urines ou prélèvement vaginal). Pour un dépistage plus complet incluant le pharynx ou le rectum, il faudra se rendre en laboratoire ou en CeGIDD.

• Une fois le prélèvement réalisé, il doit être posté dans les 24 heures, à température ambiante (pas au réfrigérateur), et éviter les envois la veille d’un week-end ou d’un jour férié.

• Les résultats sont disponibles en 5 jours ouvrés sur le portail mesanalyses.fr. Un SMS vous prévient dès leur mise en ligne.

• En cas de fortes chaleurs (plus de 33°C), il est recommandé d’attendre un épisode plus frais ou de se rendre directement en laboratoire.

Des complications sérieuses en l’absence de traitement

La chlamydiose est le plus souvent asymptomatique – ce qui, en l’absence de dépistage, laisse l’infection évoluer silencieusement. Elle peut toucher la sphère urogénitale et anale, mais aussi le pharynx et la conjonctive de l’œil. « Non traitée, elle peut être à l’origine de complications sévères, particulièrement chez la femme, avec un risque d’infertilité, de grossesses extra-utérines et de douleurs pelviennes chroniques », alerte le Dr Rodari.

Ces infections augmentent aussi le risque de transmission du VIH – un lien que beaucoup ignorent. Ces infections bactériennes augmentent le risque de transmission du VIH. « Les lésions induites par les IST bactériennes créent des “brèches” dans la muqueuse génitale et favorisent la transmission du VIH », explique le médecin.

Dépisté positif : quelles suites ?

En cas de résultat positif, la marche à suivre est claire : prendre rendez-vous avec son médecin traitant, un autre médecin généraliste, une sage-femme ou un gynécologue. « Le traitement est simple, et il faut prévenir ses partenaires dans la mesure du possible, pour leur permettre de se faire dépister – ils peuvent être également infectés ! »

Au-delà du dépistage : éducation, accès aux soins, prévention

Pour le Dr Rodari, le dépistage seul ne suffit pas à inverser la tendance. « Il n’y a pas de recette magique, mais nous ne pouvons pas nous permettre de mollir sur les moyens ! » Il insiste d’abord sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, dont l’application réelle reste un enjeu. Le maintien d’un tissu associatif actif dans la prévention est également crucial, à l’heure où certains plannings familiaux sont menacés par des coupes de subventions municipales.

Enfin, l’accès aux moyens de prévention doit rester une priorité : préservatifs, PrEP, et consultations en santé sexuelle dans les Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). Pour rappel, depuis janvier 2023, les préservatifs sont gratuits en pharmacie pour les moins de 26 ans, sans ordonnance ni avance de frais.

Sources
– Étude CSF-2023 (Inserm/ANRS/Santé Publique France) – Contexte des sexualités en France . . Consulté le .
– Ameli.fr – L’antibiorésistance . . Consulté le .
Sources

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.