Épidémie d’influenza aviaire : quels moyens de surveillance et de protection ?

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Rédigé par Deborah L. et publié le 27 mars 2022

Depuis cet été, de nombreux foyers du virus influenza aviaire hautement pathogène émergent en Europe. Aujourd’hui, on dénombre 34 pays touchés par l’épizootie sur l’ensemble du continent européen. Récemment touchée par une flambée des contaminations, la France ne fait pas exception. A l’heure où près de 10 millions de volailles ont déjà été abattues sur notre territoire, Santé sur le Net fait le point sur cette maladie animale. Potentiellement transmissible à l’Homme, elle fait l’objet de moyens de surveillance et de protection.

influenza aviaire

Zoom sur l’influenza aviaire

L’influenza aviaire désigne une maladie animale très contagieuse pouvant toucher de très nombreuses espèces d’oiseaux sauvages et d’élevage. Les virus Influenza de type A, classés selon les caractéristiques de leur structure externe, en sont responsables. Il en existe 16 sous-types numérotés de H1 à H16 et 9 sous-types numérotés de N1 à N9. Deux catégories de virus sont à distinguer selon leur niveau de virulence. Il y a les virus faiblement pathogènes (IAFP) et les virus hautement pathogènes (IAHP), ces derniers appartenant aux sous-types H5 ou H7.

La transmission entre oiseaux peut se faire directement par contacts rapprochés (sécrétions respiratoires, matières fécales). L’exposition à des matières contaminées, comme la nourriture ou l’eau induit une contamination indirecte. Le virus pénètre ainsi dans l’organisme des volailles par voie digestive ou respiratoire. S’agissant des symptômes chez les oiseaux, ils peuvent être variés : troubles nerveux, respiratoires, digestifs, œdème de la tête voire baisse du nombre d’œufs pondus. Parfois, la maladie peut rester inapparente ou se manifester sous des formes modérées. Seules des analyses en laboratoire permettront alors de la détecter.

En cas de virus hautement pathogène, la propagation de la maladie s’opère très rapidement chez les oiseaux. Elle provoque alors une mortalité très élevée au sein des élevages et de la faune sauvage. Par ailleurs, les virus influenza A font preuve d’une grande évolutivité. En effet, ils ne cessent de subir des mutations. Ces mutations leur permettent d’infecter de nouvelles espèces, d’esquiver les défenses immunitaires de l’hôte ou d’accroître leur virulence… Enfin, certaines souches du virus peuvent infecter des mammifères (porc, félidés, furet) voire l’Homme. On dit alors qu’elles possèdent un potentiel zoonotique.

À savoir ! On parle d’influenza aviaire lorsque la maladie touche les oiseaux et de grippe aviaire lorsqu’elle affecte l’Homme. L’infection humaine peut avoir lieu en cas d’exposition directe ou indirecte à des volailles infectées, qu’elles soient vivantes ou mortes. La contamination se fait principalement par voie respiratoire. Elle passe par le biais de fines poussières contaminées par les sécrétions des oiseaux ou leurs déjections.

Une flambée inédite des contaminations en France

Présente dans le monde entier, l’influenza aviaire sévit dans les élevages de volailles depuis les années 1950. Mais, c’est surtout entre 1997 et 2010 que cette maladie a été fortement médiatisée en raison du potentiel zoonotique de la souche hautement pathogène A (H5N1). A ce jour, ce sont des virus de types H5N6, H5N5 ou H5N8 qui demeurent très répandus. Ils sont préoccupants du fait de leur degré de virulence et de leur large distribution.

Depuis cet été, de nombreux foyers d’IAHP ont émergé en Europe. Ils sont apparus au sein d’élevages mais également dans la faune sauvage. Aujourd’hui, on dénombre 34 pays touchés par l’épizootie sur l’ensemble du continent européen. Touchée depuis fin février par une flambée inédite des contaminations dans la région des Pays de la Loire, la France ne fait pas exception. A l’heure actuelle, la France compte 983 foyers d’IAHP en élevage, 39 cas en faune sauvage et 19 cas en basse-cours. Près de 10 millions de volailles ont déjà été abattues sur notre territoire.

Dans ce contexte de diffusion rapide du virus d’IAHP, la vigilance est de mise et de nouvelles mesures de contrôle doivent être déployées pour en ralentir la propagation.

Des mesures de surveillance et de prévention indispensables

Il n’existe à ce jour aucun traitement spécifique de l’influenza aviaire. Ainsi, la lutte contre cette maladie repose essentiellement sur des mesures de surveillance et de protection à travers :

  • Le renforcement de la biosécurité dans les périodes à risque. Cela évite la contamination à partir d’oiseaux sauvages ou la transmission entre élevages.
  • La détection précoce et l’abattage des volailles infectées ou sensibles dans les élevages.

À savoir ! La vaccination des animaux reste difficile à mettre en œuvre car elle suppose que le vaccin soit bien adapté aux virus présents dans la zone considérée.

Classée en danger sanitaire de catégorie 1, l’influenza aviaire fait partie des maladies à prophylaxie et déclaration obligatoires sous le contrôle de l’État. Ainsi, elle implique un réseau permanent de surveillance et de diagnostic faisant intervenir différents acteurs y compris l’Anses.

Il faut dire que l’Anses joue un rôle essentiel dans la lutte contre la propagation de l’influenza aviaire grâce à son laboratoire national de référence influenza aviaire. Basé sur le site de Ploufragan, il encadre un réseau de laboratoires vétérinaires et remplit avant tout une mission diagnostique :

  • Effectuer rapidement toutes les analyses nécessaires au diagnostic de confirmation en cas de résultat positif obtenu lors des tests RT-PCR de criblage en laboratoires vétérinaires agréés.
  • Développer de nouvelles méthodes d’analyse.
  • Contribuer à la mise en commun au niveau international des données concernant la circulation des souches de virus de l’influenza aviaire.

L’Anses remplit enfin un rôle de sentinelle à travers l’évaluation des risques d’introduction et de diffusion de l’Influenza aviaire hautement pathogène. Régulièrement saisie par le ministère en charge de l’agriculture, l’agence fournit des appuis scientifiques et techniques pour soutenir les autorités dans la maîtrise de la maladie et les stratégies possibles d’adaptation des méthodes de productions au risque influenza lié à la faune sauvage.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources
– L’influenza aviaire en 6 questions. anses.fr. Consulté le 24 mars 2022.
– Influenza aviaire : la situation en France. Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. agriculture.gouv.fr. Consulté le 24 mars 2022.

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