La « gueule de bois » favorise-t-elle l’alcoolisme ?

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Rédigé par Estelle B. et publié le 8 janvier 2023

Avoir la « gueule de bois » peut-il constituer une étape vers l’alcoolisme ? Les scientifiques s’interrogent toujours sur la contribution possible de cette « gueule de bois » dans le développement de l’addiction à l’alcool. Pour y voir plus clair, des chercheurs se sont intéressés à une population qui ne ressent pas les effets de l’alcool comme les autres, la population d’origine asiatique. Explications.

gueule de bois après trop d'alcool : alcoolisme

Qu’est-ce que la « gueule de bois » ?

La « gueule de bois » regroupe un ensemble de symptômes faisant suite à une consommation plus ou moins importante d’alcool : faiblesse, vertiges, soif, maux de tête, douleurs musculaires, nausée, douleurs gastriques, … Mais nous ne sommes pas tous égaux face à ce phénomène. Certains n’en ressentant même pas les effets pour des doses élevées d’alcool. Parallèlement, les personnes d’origine asiatique peuvent être victimes du syndrome du rougissement asiatique ou « asian flush ». Il s’agit d’une réaction spécifiquement liée à l’alcool.

Ce syndrome provient d’une mutation génétique qui peut toucher jusqu’à un tiers de certaines populations d’origine asiatique. Cette mutation est à l’origine d’une déficience en une enzyme capable de dégrader l’un des sous-produits de l’alcool, l’aldéhyde déshydrogénase. Dans l’organisme, l’alcool (éthanol) est transformé par une enzyme en aldéhyde (éthanal). Cet aldéhyde, toxique, est ensuite converti par l’aldéhyde déshydrogénase pour détoxifier l’organisme. Lorsque cette enzyme est déficiente, l’aldéhyde s’accumule et provoque le syndrome du rougissement asiatique.

Une « gueule de bois » plus sévère en cas de mutation génétique ?

Compte-tenu des symptômes du syndrome du rougissement asiatique, les sujets d’origine asiatique concernés ont tendance à boire peu ou pas d’alcool. Les données épidémiologiques révèlent qu’ils sont moins sujets à l’alcoolisme que les sujets d’origine asiatique sans la mutation responsable de la déficience en aldéhyde déshydrogénase. Dans cette étude, des chercheurs ont interrogé 140 hommes et femmes américains, d’origine chinoise, japonaise ou coréenne sur leur consommation d’alcool.

Ils ont ensuite effectué des prélèvements sanguins pour rechercher la mutation sur le gène de l’aldéhyde déshydrogénase. Les participants ont évalué la gravité de la « gueule de bois » sur une échelle de 13 éléments au cours des six derniers mois. Sur les 140 participants, 17 étaient totalement abstinents au niveau de la consommation d’alcool. L’analyse des données a révélé que le génotype de l’aldéhyde déshydrogénase constituait un paramètre important, mais non significatif, dans l’évaluation de la « gueule de bois ».

Le poids de la génétique dans la dépendance à l’alcool

Les chercheurs concluent que le ressenti plus sévère de la « gueule de bois » chez les sujets d’origine asiatique porteurs de la mutation génétique sur l’aldéhyde déshydrogénase pourrait modifier leur consommation d’alcool et ainsi les protéger contre une consommation excessive ou l’alcoolisme. La génétique pourrait ainsi influencer notre rapport à l’alcool et donc conditionner le risque de dépendance à l’alcool.

En dehors de la population d’origine asiatique, tout le monde n’est pas égal face aux effets de l’alcool. Cette variabilité d’effets pourrait impliquer non seulement des enzymes, mais aussi des hormones ou des neurotransmetteurs, et donc de la génétique. Les dernières données indiquent que près de la moitié du risque de troubles liés à l’usage de l’alcool (ou alcoolisme) serait expliqué par la génétique, l’autre moitié étant lié au comportement et à l’environnement social et familial. Certaines personnes, en lien avec leur patrimoine génétique, seraient ainsi plus sujettes à développer un problème de dépendance à l’alcool, et ce à un âge plus précoce. Une attention toute particulière devrait ainsi être portée à ces personnes pour limiter dès que possible leur consommation d’alcool.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– Quelle part a la génétique dans la façon dont notre corps gère l’alcool et ses effets ? educalcool.qc.ca. Consulté le 28 décembre 2022.

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