Les liens étroits entre dépression et santé intestinale

Nov 14, 2018 par

La prévalence de la dépression apparaît plus élevée chez les personnes souffrant de troubles intestinaux chroniques. Mais les données des études scientifiques sur ce sujet ne sont pas toujours cohérentes. La relation de cause à effet entre troubles dépressifs et problèmes intestinaux reste soumise à controverse. Récemment, deux nouvelles études apportent un nouvel éclairage sur ce sujet.

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Dépression et troubles intestinaux chroniques

Dépression et troubles gastro-intestinaux chroniques semblent liés, mais la nature de ces liens reste mystérieuse. Plusieurs études scientifiques ont révélé que les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn  ou la rectocolite hémorragique, avaient un risque accru de développer une dépression. Mais à l’inverse, la dépression peut-elle augmenter le risque de survenue d’une pathologie inflammatoire intestinale ?

Récemment, deux études ont été publiées sur cette thématique. La première est une méta-analyse qui a comparé les taux et la sévérité de la dépression chez les patients atteints de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) et du syndrome du côlon irritable (SII). La seconde s’est penchée sur l’impact de la dépression sur la survenue d’une MICI, et sur l’effet des antidépresseurs dans ce contexte.

Une dépression plus sévère en cas de SII

Dans la première étude, les données issues de 22 études ayant inclus 1 244 personnes atteintes de syndrome du côlon irritable (SII) et 1 048 personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ont été analysées et comparées.

Aucune différence significative n’a été mise en évidence au niveau de la prévalence de la dépression entre les différents groupes de personnes. Pourtant, les personnes atteintes de SII présentaient des formes plus sévères de dépression et des troubles anxieux plus fréquents que les personnes atteintes de MICI.

Pour expliquer les résultats, les auteurs de l’étude évoquent plusieurs hypothèses :

  • Les facteurs psychologiques jouent un rôle important dans le SII, qui est une maladie fonctionnelle ;
  • Les MICI sont des maladies organiques, qui peuvent secondairement engendrer des troubles psychologiques ;
  • Dans le SII, un dysfonctionnement de l’axe intestin – cerveau est observé et pourrait avoir des conséquences sur les troubles psychologiques.

Un risque de MICI multiplié par 2 chez les patients dépressifs

Dans la seconde étude, 403 665 patients dépressifs ont été suivis sur une période moyenne de 6,7 ans. Ces patients présentaient un risque multiplié par deux de développer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), comme une maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique, par rapport à des personnes sans troubles dépressifs. Ce risque était encore majoré chez les fumeurs, en particulier pour la maladie de Crohn, et chez les anciens fumeurs, pour la rectocolite hémorragique.

Sur le plan de l’effet des antidépresseurs, les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine et les antidépresseurs tricycliques semblaient montrer un effet protecteur contre la maladie de Crohn, avec une baisse respective du risque de 37 % et de 23 %. D’autres antidépresseurs, comme la mirtazapine, les inhibiteurs sélectifs de recapture de la noradrénaline et de la sérotonine, les inhibiteurs de recapture de la sérotonine, les modulateurs de la sérotonine et les antidépresseurs tricycliques étaient associés à une protection contre la rectocolite hémorragique, avec une diminution du risque de 34 à 59 % selon les médicaments.

La dépression apparaît associée à un doublement du risque de développer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Mais les antidépresseurs pourraient jouer un rôle important pour réduire l’inflammation et limiter le risque de développement d’une MICI.

Les résultats de ces deux études confortent l’hypothèse de liens à double sens entre dépression et pathologies intestinales chroniques. L’inflammation et l’axe intestin-cerveau seraient largement impliqués dans ces liens, qui restent à élucider précisément. La santé des intestins semble en tout cas conditionnée à l’état psychologique, et inversement !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Peste. Depression increases the risk of inflammatory bowel disease, which may be mitigated by the use of antidepressants in the treatment of depression. Frolkis, A.D. and al. 2018. Gut. doi: 10.1136/gutjnl-2018-317182.
– Peste. Comparison of comorbid depression between irritable bowel syndrome and inflammatory bowel disease: A meta-analysis of comparative studies. Geng, Q. and al. 2018. J Affect Disord. 237:37-46. doi: 10.1016/j.jad.2018.04.111.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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