Syndrome de l’intestin irritable, régime FODMAP et flore intestinale

Jun 19, 2017 par

Le syndrome de l’intestin irritable touche environ 5 % des Français, avec des conséquences parfois importantes sur la qualité de vie. Différents programmes diététiques peuvent être proposés aux patients avec des résultats très variables. L’efficacité du régime FODMAP, basé sur la diminution des apports en glucides simples, pourrait dépendre de la flore intestinale, selon une récente étude.

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Qu’est-ce que le régime FODMAP ?

Que signifie le sigle FODMAP ? Les FODMAP (Fermentable by colonic bacteria Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols, soit les oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles par les bactéries coliques) regroupent les glucides simples et les alcools (polyols) associés.

A savoir !  Les glucides sont des composés formés à partir de sucres. En fonction du nombre d’unités de sucres (également appelés saccharides), on distingue les :

  • Les glucides simples constitués d’une à quelques unités de sucre. Par exemple, le glucose est un monosaccharide d’une seule unité de sucre, le saccharose (sucre de table) est un disaccharide formé d’un glucose associé à un fructose, ou encore le lactose est un disaccharide constitué d’un glucose associé à un galactose.
  • Les glucides complexes formés de plusieurs dizaines à plusieurs milliers d’unités de sucre. Par exemple, la cellulose ou l’amidon sont des polymères de glucose.

Les FODMAP ne sont très peu ou pas absorbés au niveau de l’intestin grêle et transitent donc jusqu’au côlon, où ils entraînent deux phénomènes fréquemment retrouvés dans le syndrome de l’intestin irritable :

  • une distension du gros intestin, à l’origine de douleurs abdominales et de troubles du transit ;
  • une production de gaz, suite à la fermentation des sucres par les bactéries de la flore intestinale.

Des études suggèrent que de nombreux troubles intestinaux inexpliqués pourraient être soulagés par le suivi d’un régime FODMAP, c’est-à-dire un régime dans lequel on réduit les apports alimentaires en FODMAP.

Syndrome de l’intestin irritable et alimentation

Le syndrome de l’intestin irritable, également appelé colopathie fonctionnelle ou côlon spasmodique, est un trouble intestinal fréquent, qui affecte le côlon (ou gros intestin). Ce syndrome se manifeste par des symptômes qui s’inscrivent dans la durée (au moins un jour par semaine dans les trois derniers mois) :

  • des douleurs abdominales ;
  • des ballonnements ;
  • des troubles du transit (diarrhée ou constipation ou alternance des deux).

La prise en charge repose sur des médicaments pour soulager les symptômes et sur différentes modifications de l’alimentation, dont l’efficacité varie considérablement selon les patients. Parmi ces adaptations alimentaires, le régime FODMAP est parfois préconisé. Il consiste à réduire sans supprimer les quantités de FODMAP ingérées quotidiennement pendant quelques semaines. Si ce régime s’avère efficace, les différents FODMAP peuvent être réintroduits progressivement et successivement pour déterminer lequel ou lesquels sont responsables des symptômes du syndrome de l’intestin irritable.

Dans quels aliments retrouve-t-on des FODMAP ? Ils sont en présents en quantités notables dans les aliments suivants :

  • les oligosaccharides (fructo-oligosaccharides et galacto-oligosaccharides) dans le blé, l’orge, le seigle, les oignons, les poireaux, l’ail, l’échalote, l’artichaut, la betterave, le fenouil, les petits-pois, la chicorée, la pistache, la noix de cajou ou les légumineuses ;
  • les disaccharides (lactose) dans le lait et les fromages frais non affinés ;
  • les monosaccharides (fructose) dans les pommes, les poires, les mangues, les cerises, la pastèque, l’asperge, le sucre, les haricots mange-tout, le miel ou le sirop de glucose-fructose ;
  • les polyols (sorbitol, mannitol, maltitol, xylitol) dans les pommes, les poires, les abricots, les cerises, les nectarines, les pêches, les prunes, la pastèque, les champignons, le chou-fleur, les chewing-gums et les sucreries (édulcorants).

Sur quels types de patients atteints du syndrome de l’intestin irritable le régime FODMAP s’avère-t-il efficace ?

Le régime FODMAP : pour quels patients ?

Une récente étude suédoise s’est penchée sur l’efficacité du régime FODMAP sur des patients atteints d’un syndrome de l’intestin irritable modéré à sévère. Deux groupes de patients ont été constitués de manière aléatoire :

  • 30 patients ont suivi un programme diététique traditionnel, basé sur les recommandations suivantes : 3 repas par jour et 3 collations pris régulièrement dans la journée, prise de repas de manière détendue en mâchant bien, réduction des aliments gras et épicés, de l’alcool, du café, des boissons gazeuses, des édulcorants (à base de polyols), des oignons, des choux et des haricots.
  • 31 patients ont suivi un programme diététique pauvre en FODMAP.

Après quatre semaines, les résultats de l’étude ont montré que 53 % des patients étaient répondeurs au régime traditionnel et 61 % répondeurs au régime pauvre en FODMAP. Les patients répondeurs (c’est-à-dire ayant montré une réduction de 50 % ou plus de leurs symptômes) du groupe régime pauvre en FODMAP présentent une flore intestinale différente des patients non répondeurs, avec une abondance bactérienne supérieure. Le régime FODMAP est ainsi corrélé avec une diminution des Bifidobactéries et des Actinobactéries. Dans le cas du régime traditionnel, aucune différence notable de flore intestinale n’a pu être observée entre les patients répondeurs et non-répondeurs.

D’après ces résultats, il serait ainsi possible de prédire si un patient sera répondeur au régime FODMAP, grâce à l’analyse de sa flore intestinale. Un résultat qui reste à confirmer par des études complémentaires, mais qui permettrait de mieux cibler les patients auxquels un régime FODMAP efficace pourrait être proposé.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Un régime pauvre en FODMAPs pour réduire les troubles fonctionnels intestinaux. CERIN. 2016.
– Multivariate modelling of faecal bacterial profiles of patients with IBS predicts responsiveness to a diet low in FODMAPs. Bennet Sean M.P. and al. 2017. Gut 0:1–10. Doi:10.1136/gutjnl-2016-313128.
Estelle B.

Pharmacienne

Spécialiste de l’information médicale et de l’éducation thérapeutique du patient.

Passionnée par les domaines de la santé et de l’environnement marin.

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