Etat de conscience minimal : mieux diagnostiquer le syndrome d’enfermement

Sep 15, 2017 par

Comment évaluer l’état de conscience d’un patient ? Une étude clinique de l’ICM (Institut du Cerveau et de la Moelle épinière) à Paris, encadrée par Lionel Naccache, vient de mettre en évidence l’utilité de l’électroencéphalographie (associée à un algorithme) pour diagnostiquer le syndrome d’enfermement.

Etat de conscience altéré

Les différents niveaux de conscience

Suite à un Accident Vasculaire Cérébral (AVC), un accident traumatique ou un arrêt cardiaque, des individus se retrouvent dans un état de conscience altéré. Pour évaluer leurs niveaux de conscience, les médecins utilisent des échelles théoriques couplant un examen clinique et des observations cérébrales à l’aide de techniques d’imagerie fonctionnelle cérébrale.

A savoir ! Les techniques d’imagerie fonctionnelle cérébrale (IFC) étudient in vivo le fonctionnement du cerveau humain dans des conditions physiologiques ou pathologiques.

On distingue 4 états de conscience altérée :

  1. Le coma : le sujet n’est ni éveillé ni conscient ;
  2. L’état d’éveil non répondant (ou état végétatif) : le sujet est éveillé, mais non conscient ;
  3. L’état de conscience minimale: le sujet est éveillé et partiellement conscient ;
  4. Le syndrome d’enfermement ou syndrome locked-in : le sujet est éveillé et totalement conscient.

Le syndrome d’enfermement se caractérise par une tétraplégie, c’est-à-dire une paralysie des 4 membres et une impossibilité à articuler les sons car le tronc cérébral est lésé.

A savoir ! Le tronc cérébral, composé de 3 parties, appartient au système nerveux central. Il est situé dans la fosse crânienne postérieure et devant le cervelet. En continu avec la moelle épinière et relié au cerveau, il est responsable de la régulation de la respiration, du rythme cardiaque et du contrôle de la douleur. C’est aussi un centre de passage des voies motrices et sensitives.

Pour les patients atteints de ce syndrome, le seul moyen de communiquer est d’utiliser le clignement des yeux. C’est d’ailleurs grâce à ce mode de communication que le  journaliste Jean-Dominique Bauby, touché par ce syndrome en 1995, écrit son récit intitulé ” Le Scaphandre et le Papillon “.

Une étude prometteuse pour améliorer le diagnostic

Malgré l’apport de la neuro-imagerie, il reste encore difficile dans certaines situations d’évaluer au mieux l’état de conscience d’un patient et la mise au point de diagnostics toujours plus précis reste d’actualité.

Récemment par exemple, l’équipe du Coma Science Group de l’université de Liège, a montré qu’il est préférable de demander aux patients de suivre du regard un miroir dans lequel il se voit lui-même que de suivre du regard un objet quelconque. Sans oublier que d’autres facteurs compliquent le diagnostic comme la sédation du patient (provoquée par son traitement médicamenteux), la présence d’infections et autres complications médicales.

Récemment, l’équipe du PICNIC Lab (Evaluation physiologique chez les sujets sains et atteints de troubles cognitifs) de l’ICM de Paris a rapporté, dans la revue Brain Injury, une étude de cas sur un patient ayant été victime d’un AVC au niveau de son tronc cérébral. Cependant, il ne communiquait pas avec ses yeux.

Mais, quel était son niveau de conscience ?

Pour l’évaluer, les médecins et chercheurs ont associé des enregistrements d’électroencéphalographie avec un algorithme calculant différents paramètres liés à l’état de conscience. Un algorithme qui a d’ailleurs été mis au point par la même équipe dès 2014. Les résultats obtenus indiquaient que le patient était conscient, c’est-à-dire dans un état de syndrome d’enfermement.

A savoir ! L’EEG ou électroencéphalographie est un examen qui permet l’enregistrement de l’activité électrique du cerveau. Des électrodes sont placées sur le cuir chevelu et reliées à un moniteur ou une imprimante.

Une semaine plus tard, le personnel soignant a pu observer que le patient faisait preuve de comportements moteurs volontaires et qu’il répondait aux questions posées grâce à des clignements avec ses yeux.

Finalement, cette étude vient mettre en avant l’utilité des enregistrements électriques du cerveau en complément de la prise en charge classique du patient.

Lire aussiAVC : comment réagir ?

Julie P., Journaliste scientifique

– Probing Consciousness in a Sensory-Disconnected Paralyzed Patient. Brain Injury. B. Rohaut et al. Le 28 juin 2017.
– Evaluer la conscience dans le syndrome d’enfermement. Site internet ICM. Mis en ligne le 21 juillet 2017.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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