L’orage cytokinique remis en question dans la sévérité de la COVID-19

Oct 5, 2020 par

De nombreuses publications scientifiques ont mis en avant l’importance de l’orage cytokinique dans la sévérité de la COVID-19. Le rôle central de cet orage cytokinique pourrait être remis en question suite à une nouvelle étude publiée dans le JAMA le 3 septembre 2020.

faisceaux lumineux bleus

La place de l’orage cytokinique dans la réaction immunitaire de la COVID-19

L’orage cytokinique, ou choc cytokinique, est un phénomène observé lors d’une forte réaction immunitaire face à une infection. Notre système immunitaire, pour combattre l’infection, va induire une prolifération importante de divers globules blancs (lymphocyte T et monocytes). Ces cellules vont produire en grande quantité des substances, dites cytokines pro-inflammatoires, qui vont venir alimenter l’inflammation. Dans le cas de l’orage cytokinique, notre système immunitaire s’emballe et la production de cytokines est à la fois excessive et auto-entretenue.

L’emballement du système immunitaire, ce fameux « orage cytokinique », ne jouerait pas un rôle si important dans la sévérité des cas de COVID-19. Une étude, publiée dans le JAMA (Journal of the American Medical Association) le 3 septembre 2020, s’est intéressée aux taux de cytokines pro-inflammatoires circulantes (dans le sang) dans différentes maladies, dont la COVID-19.   Les chercheurs ont ainsi étudié le cas de 46 patients atteints de COVID-19 présentant un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA), 51 patients en choc septique avec SDRA, 15 patients en choc septique sans SDRA, 30 patients ayant fait un arrêt cardiaque en dehors de l’hôpital et 62 patients ayant subi divers traumatismes. Ils ont analysé et comparé le taux de diverses cytokines pro-inflammatoires dont le TNF, l’IL-6 et l’IL-8 chez l’ensemble de ces patients.

Des taux de cytokines plus faibles qu’attendus !

Les chercheurs ont été surpris des résultats qu’ils ont trouvés. Les patients atteints de COVID-19 avaient des taux de TNF, d’IL-6 et d’IL-8 plus bas que les patients atteints de choc septique avec SDRA. Les taux d’IL-6 et d’IL-8 étaient également plus bas chez les patients en choc septique sans SDRA ! Le taux d’IL-8 était lui aussi plus faible chez les patients atteints de COVID-19 comparé aux patients avec arrêts cardiaques. Les chercheurs ont cependant retrouvé un taux de TNF plus élevé chez les patients atteints de COVID-19 que chez ceux ayant subi un traumatisme.

De manière globale, les patients atteints de COVID-19 avaient des taux de cytokines pro-inflammatoires plus bas que les autres patients. Les résultats de cette première étude suggèrent que la COVID-19 pourrait ne pas être caractérisée par l’orage cytokinique. Le nombre de participants étant relativement faible, des études complémentaires sont nécessaires pour valider ces résultats.

Reste à savoir si les traitements anti-cytokines peuvent être bénéfiques aux patients atteints de COVID-19. Afin de pouvoir répondre à cette question, le Pr Picckers et ses collègues ayant réalisé cette étude, sont en train d’évaluer l’efficacité de différents traitements diminuant le taux de cytokines chez les patients atteints de COVID-19.

Baptiste G.

Sources

– Cytokine Levels in Critically Ill Patients With COVID-19 and Other Conditions. JAMA. Consulté le 18 septembre 2020.
– COVID-19 sévère : le rôle central de l’orage cytokinique remis en question. Medscape. Consulté le 18 septembre 2020.

Baptiste G.
Biologiste spécialisé en immunologie.
Passionné par les nouvelles technologies et les avancées scientifiques.
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