Pas tous égaux devant les signaux déclenchant la faim

Jan 16, 2019 par

Certains marcheront devant une boulangerie et auront une envie incontrôlable de déguster une viennoiserie tandis que d’autres passeront leur chemin sans être perturbé. Cette différence de sensibilités aux odeurs de nourriture appétissante est contrôlée, en partie, par une hormone nommée la ghréline. Des chercheurs canadiens viennent de montrer que cette hormone nous rend plus sensibles aux odeurs de nourriture en stimulant le circuit de la récompense présent dans notre cerveau. Décryptage de ces travaux parus dans la revue Cells Reports.

Signaux déclenchant la faim - ghréline

La ghréline stimule le circuit de la récompense

Ce n’est pas la première fois que l’équipe d’Alain Dagher, de l’institut neurologique et hôpital de Montréal s’attache à décrypter les mécanismes de fonctionnement de la ghréline. Dans une étude précédente, ils ont montré que cette hormone favorise l’ingestion de nourriture en stimulant la production de dopamine, une molécule cérébrale impliquée dans le circuit de la récompense.

À savoir ! Le circuit de la récompense, présent dans le cerveau, est un système fonctionnel indispensable à la survie, car il fournit la motivation nécessaire pour réaliser des actions et avoir un comportement adapté. Il est constitué d’une composante affective (plaisir/déplaisir), motivationnelle (recevoir une récompense) et cognitive (apprentissage par conditionnements). Son dysfonctionnement serait à l’origine de troubles du comportement ou de la dépendance à des substances (psychotropes, jeux vidéos, sucres, etc.).

Dans ces nouveaux travaux, l’équipe a étudié 38 participants en bonne santé. Pour commencer ils les ont divisés en deux groupes égaux: le premier recevant par voie intraveineuse, de la ghréline, et le second, recevant un placebo (une solution salée).

Une fois le produit dans leur organisme, les chercheurs les ont exposés à différentes odeurs (alimentaires ou non alimentaires) associées à des images abstraites et neutres. Par exemple, l’image d’un arbre était associée à une odeur de brioche sortant du four.

À savoir ! La ghréline est une hormone peptidique sécrétée par les cellules endocrines de l’estomac. Elle stimule l’appétit en activant la dopamine. Une fois ce neurotransmetteur (molécule de communication entre les neurones) activé, il va nous envoyer des signaux pour que l’on mange l’aliment. Une fois l’aliment ingéré, un sentiment de récompense et de bien-être sera éprouvé. Les niveaux de ghréline augmentent avant les repas et après le jeûne, et diminuent après le repas.

Une hormone qui intensifie la sensibilité aux aliments appétissants ?

En analysant l’activité cérébrale des participants grâce à l’Imagerie par Résonnance Magnétique fonctionnelle (IRMf) à la vue de ces images et à la perception de ces odeurs, les chercheurs ont mis en évidence que :

  • Les participants ayant reçu de la ghréline avaient une activité dans les régions cérébrales impliquées dans la récompense plus intense que les autres sujets lorsqu’il regardait uniquement une image associée à une odeur alimentaire ;
  • Les participants ayant reçu de la ghréline et regardant une image associée à une odeur non alimentaire ne présentaient pas d’activation de leur système de récompense ;
  • La ghréline permet de diminuer le temps de réaction aux images associées aux odeurs d’aliments tout en augmentant leur attractivité.

Grâce à cette étude, les chercheurs ont conclu que le fait de sentir un aliment appétissant donne envie de le manger et que cette médiation se réalise par la ghréline qui stimule le circuit de la récompense.

« Cette étude décrit le mécanisme grâce auquel la ghréline rend les gens plus vulnérables aux signaux déclenchant la faim, et plus nous en saurons à ce sujet, plus il nous sera facile de mettre au point des traitements susceptibles de contrecarrer cet effet » souligne le Docteur Dagher dans un communiqué de presse.

Quelles perspectives d’applications thérapeutiques ?

Il est bien établi que certaines personnes souffrant de problèmes d’obésité peuvent détenir une réactivité anormale aux signaux alimentaires et être plus sensibles aux odeurs, aux goûts et à la vue d’un plat ou d’un aliment.

Cette hypersensibilité les soumet rapidement à une envie irrépressible de manger l’aliment qu’ils viennent de voir, de sentir ou de goûter même s’ils n’ont pas, à priori, faim.

Par ailleurs, les chercheurs ont montré que les régions du cerveau où l’activité est plus intense ont été associées à un profil génétique conférant une prédisposition à l’obésité, ce qui pourrait indiquer l’existence d’une vulnérabilité génétique aux images et aux odeurs associées aux aliments.

En donnant ainsi un éclairage sur le rôle de la ghréline dans les comportements alimentaires normaux et inadaptés, les chercheurs ouvrent une nouvelle piste de recherche pour faire reculer l’obésité.

Reste désormais à savoir comment sera-t-il possible d’utiliser ces connaissances en toute sécurité pour mettre en place de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Julie P., Journaliste scientifique

– Une hormone digestive intensifie la réaction aux stimuli alimentaires. Eurekalert. Consulté le 14 janvier 2019.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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