Produit de lissage capillaire et risque d’insuffisance rénale aiguë

Par |Publié le : 16 avril 2026|Dernière mise à jour : 15 avril 2026|4 min de lecture|

Et s’il existait un lien entre l’acide glyoxylique de certains produits de lissage capillaire et le risque d’insuffisance rénale aiguë ? C’est ce que suggère l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui recommande aux consommateurs de pas utiliser ces produits en attendant que les risques fassent l’objet d’une évaluation scientifique à l’échelle européenne.

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Produits de lissage capillaire et alertes de cosmétovigilance

Suite à l’interdiction en 2019 de l’utilisation de formaldéhyde dans les produits cosmétiques en lien avec son caractère cancérogène, les industriels ont développé des substances de remplacement parmi lesquelles l’acide glyoxylique qui entre dans la composition des produits de lissage capillaire. Or, il faut savoir qu’à l’heure actuelle, cette substance ne fait l’objet d’aucune disposition spécifique dans le cadre du règlement cosmétique. Ainsi, son utilisation n’est ni encadrée ni limitée.

En parallèle, depuis janvier 2024, le dispositif de cosmétovigilance français a enregistré plusieurs alertes supposées en lien avec l’utilisation de produits de lissage capillaire. Il s’agit de cas d’insuffisance rénale aiguë déclarés systématiquement quelques heures après la réalisation d’un lissage capillaire.

À savoir !Le dispositif de cosmétovigilance assure une surveillance et identifie de potentiels effets indésirables chez l’être humain liés à l’utilisation de produits cosmétique (produits d’hygiène ou de beauté).

Après des recherches approfondies, des néphrologues ont pu établir un lien de causalité entre l’insuffisance rénale aiguë observée et l’acide glyoxylique contenu dans l’un des produits de lissage capillaire utilisés.

Dans ce contexte, l’Anses a souhaité dresser un état des lieux des connaissances scientifiques sur la toxicité rénale de l’acide glyoxylique présent dans les produits lissants afin de déterminer si un encadrement des conditions d’utilisation de cette substance est nécessaire.

Un lien fortement probable entre acide glyoxylique et insuffisance rénale aiguë 

Après analyse de la littérature scientifique, il en ressort des données cliniques et expérimentales établissant un lien entre l’utilisation de produits lissants pouvant contenir de l’acide glyoxylique et la survenue d’une insuffisance rénale aiguë dans les heures suivant le soin.

S’agissant des données cliniques, entre 2019 et 2022, ce sont en effet 26 cas similaires qui ont été recensés en Israël avec pour certains, la présence révélée par biopsie rénale de dépôts de cristaux d’oxalate de calcium. Sur ces 26 cas, 11 patientes avaient été exposées à des produits de lissage à base de kératine et contenant des « dérivés de l’acide glycolique ». Par la suite, la Suisse a également enregistré un cas d’insuffisance rénale aiguë avec dépôts de cristaux d’oxalate de calcium après un lissage des cheveux.

À savoir !Les cristaux d’oxalate de calcium peuvent former des calculs rénaux qui altèrent le fonctionnement des reins de façon parfois sévère.

Quant aux données expérimentales, des tests menés sur des rongeurs ont confirmé que l’acide glyoxylique pouvait avoir un effet néphrotoxique à l’occasion d’une exposition par voie cutanée. Il a aussi été démontré que des cristaux d’oxalate pouvaient se former dans l’organisme à partir de l’acide glyoxylique. Ces données laissent penser aux scientifiques que l’acide glyoxylique appliqué sur le cuir chevelu pourrait pénétrer dans l’organisme et se transformer en oxalate de calcium.

Sur la base de ces données, l’Anses a publié en janvier 2025 un avis concluant au rôle fortement probable de l’acide glyoxylique dans la survenue d’insuffisances rénales aiguës après l’application de produits de lissage pour cheveux.

Des mesures de prudence nécessaires

L’Agence préconise ainsi une évaluation des risques de l’acide glyoxylique au niveau européen. L’objectif est double : statuer sur la sécurité d’utilisation de cette substance dans les produits de soins capillaires ainsi que sur la nécessité de mesures réglementaires.

À savoir !L’Anses préconise également une vigilance particulière vis-à-vis des substances retrouvées dans les produits cosmétiques et pouvant se métaboliser en acide glyoxylique.

En attendant, l’Anses émet les recommandations suivantes dans un souci de protection de la santé des consommateurs :

  • Ne pas utiliser de produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique.
  • Faire preuve de vigilance quant aux produits de lissage capillaire à appliquer soi-même et disponibles dans le commerce parfois sous les dénominations de « lissages brésiliens » ou de « lissages indiens ». Ils peuvent en effet contenir de l’acide glyoxylique même s’il n’est pas mentionné sur l’étiquette du produit.
  • Consulter un médecin ou contacter un centre antipoison en cas de symptômes inhabituels pendant l’application ou dans les heures suivant la réalisation d’un soin de lissage capillaire contenant ou non de l’acide glyoxylique. Il peut s’agir de douleurs lombaires, de fatigue, de nausées etc…

Signaler tout effet indésirable lié à ces produits sur le portail de signalement des évènements sanitaires indésirables du Ministère de la santé : https://signalement.social-sante.gouv.fr/

À savoir !Pour contacter un centre antipoison, il suffit de se rendre sur le site internet https://centres-antipoison.net/ ou d’appeler le (33)1 45 42 59 59.
Sources
– Lissages capillaires : attention au risque d’insuffisance rénale aiguë. www.anses.fr. Consulté le 9 mars 2026.
– Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à l’état des connaissances sur la toxicité rénale de l’acide glyoxylique présent dans les produits lissants. Anses. www.anses.fr. Consulté le 9 mars 2026.

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Deborah L.
Pharmacienne. Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie. Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.