Protection face au cancer colorectal : découverte des bénéfices d’une dizaine de minutes de sport
Est-ce qu’un effort physique de courte durée peut-il influencer la biologie du cancer ? En se penchant sur cette question, des chercheurs de l’université de Newcastle ont obtenu des résultats surprenants. Un exercice intense de dix minutes libère dans la circulation sanguine des molécules bioactives capables de ralentir directement la croissance des cellules cancéreuses du côlon. Tour d’horizon de cette étude.

Le cancer colorectal en France
En France, le cancer colorectal touche chaque année plus de 47 500 personnes et cause près de 17 000 décès. Dans plus de 80% des cas, il provient d’une tumeur bénigne qui évolue lentement et finit par devenir cancéreuse.
Malgré les progrès des traitements, la prévention reste un levier essentiel face à cette pathologie qui est liée en partie aux modes de vie.
Aussi, depuis l’introduction des nouveaux tests dits immunologiques en 2015, le dépistage est aussi devenu très efficace pour la détection des lésions précancéreuses, des adénomes ou des polypes, dont l’ablation au cours d’une coloscopie (endoscopie digestive par voie basse) permet d’éviter la survenue du cancer.
Et si 10 minutes de sport pouvaient tout changer ?
L’activité physique régulière est reconnue pour ses effets protecteurs contre la progression du cancer du côlon, mais les mécanismes biologiques sous-jacents restent encore mal compris
L’étude menée par Sam Orange et son équipe à l’université de Newcastle montre qu’un exercice intense, même très bref, modifie la composition moléculaire sanguine en quelques minutes.
Pour réaliser cette étude, les scientifiques ont regroupé trente volontaires, âgés de 50 à 78 ans, tous en surpoids, mais en bonne santé. Après un échauffement, ils ont effectué environ 10 minutes de vélo à un rythme intensif. Après cette séance, des prélèvements sanguins ont été réalisés.
Mais, que révèlent les analyses ? Contre toutes attentes, les chercheurs ont observé l’augmentation de 13 protéines impliquées dans des fonctions clés comme la réduction de l’inflammation, l’amélioration de la fonction des vaisseaux sanguins et la régulation du métabolisme.
Parmi ces protéines, on observe la présence accrue d’interleukine-6 (IL-6), une molécule connue pour ses propriétés sur le système immunitaire et son impact sur la réparation de l’ADN.
Pour aller plus loin, les échantillons de sang prélevés avant et après l’exercice ont été mis en contact avec des cultures de cellules cancéreuses du côlon, cultivées en laboratoire.
Les analyses moléculaires ont permis d’observer :
- Des modifications de l’expression de plus de 1300 gènes impliqués notamment dans la prolifération tumorale et la stabilité de l’ADN ;
- L’activation de gènes liés à la réparation de l’ADN, dont le PNKP ;
- L’inhibition ou la désactivation de gènes favorisant la croissance tumorale.
Cette expérience démontre que les modifications sanguines après l’exercice physique ont un impact biologique direct sur des cellules cancéreuses.
L’exercice physique, une thérapie comme une autre
Pour les scientifiques, cette expérience doit encourager à utiliser les effets moléculaires de l’exercice pour développer des traitements complémentaires.
Selon Sam Orange, « cela pourrait permettre de créer des thérapies qui imitent les effets de l’activité physique sur le cancer ».
Même si l’étude est basée essentiellement sur des observations de cellules cancéreuses in vitro, elle apporte une preuve de concept robuste mettant en évidence que l’exercice physique est un outil thérapeutique complémentaire.
Dès à présent, les chercheurs projettent de réaliser des essais cliniques sur des durées plus longues pour évaluer si des séances de sport répétées peuvent entraîner des effets cumulatifs durables. Notamment chez les patients en traitement par chimiothérapie ou radiothérapie. L’objectif ? Identifier la séance de sport la plus efficace, et notamment quel type de sport est à pratiquer, pendant combien de temps et avec quelle intensité. Des résultats qui seront aussi mis en perspective avec les profils métaboliques et génétiques de chaque patient.
Toutes ces données issues de ces futures études feront probablement naitre une nouvelle spécialité médicale, entre oncologie et physiologie, et centrée sur l’exercice physique personnalisé.
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