Qu’est ce que la « médecine fast-food » ?

Par |Publié le : 13 mars 2026|Dernière mise à jour : 9 mars 2026|5 min de lecture|

« Soigner vite » pourrait être le slogan de la médecine dite « médecine fast food. » Fondé sur la rapidité et la standardisation, cet exercice de la médecine d’un tout nouveau genre vient répondre à un contexte sanitaire en tension et des patients parfois de plus en plus impatients… Faisons le point sur les promesses, et les dérives potentielles et avérées de cette pratique médicale.

Medecine-Fast-Food

Caractéristiques de la médecine fast-food

Ces vingt dernières années, les systèmes de santé se sont transformés profondément. La hausse de la demande de soins, liés notamment au vieillissement de la population (soins passant de 4,6 % du PIB en 1970 à 9,1 % en 2020) et à l’émergence de nombreuses maladies chroniques, a accru la pression sur les professionnels de santé.

À savoir !En 2022, un rapport du Sénat indiquait que 30 % de la population française vit dans un désert médical et 1,6 million de Français renoncent chaque année à des soins médicaux. La diminution du nombre de médecins généralistes est  de 11 % entre 2010 et 2022. En 2022, ils sont 84 113 médecins généralistes, soit 1,25 médecin généraliste pour 1 000 habitants

En parallèle, les pressions économiques sur les structures de santé privées ou publiques obligent les soignants à réduire leurs coûts et optimiser leur temps. Résultats ? Des consultations limitées à quelques minutes avec la mise en place de soins standardisés. Cette organisation, comparable à celle de la restauration rapide, privilégie efficacité, rapidité et reproductibilité des soins.

La quantité au détriment de la qualité

De nombreuses limites sont à déplorer dans cette dérive de la médecine qui consiste notamment à renoncer à chercher les facteurs étiologiques (ndlr : l’étiologie est l’étude des causes des maladies) et à proposer des traitements symptomatiques faciles à déployer. En mettant de côté les dimensions approche globale, durée, continuité et personnalisation des soins, le médecin généraliste ou « médecin de famille » ne joue plus véritablement son rôle.

L’alliance thérapeutique médecin-patient est affaibli, voire interrompue. Or, de nombreuses pathologies, notamment chroniques et psychiques, nécessitent une compréhension globale du patient. Quel est son contexte de vie et son environnement social ? Quel est son état psychologique ?

Autre dérive de cette approche : la surmédicalisation dont la surmédication. Prescrire un médicament est souvent plus rapide que proposer une prise en charge globale incluant prévention et éducation thérapeutique.

À savoir !Les Français sont toujours en tête du championnat européen de la consommation de médicaments. Avec 41 boîtes en moyenne par Français, pour un coût total de 25,5 milliards d’euros en 2023 pour la Sécurité sociale.

De son côté, le médecin peut aussi s’interroger sur ces conditions d’exercice de la médecine et ressentir psychologiquement une perte de sens de sa profession. Soulignons d’ailleurs que le burn-out des soignants (deux à trois fois plus fréquent chez les médecins que dans les autres professions) comporte trois dimensions : l’épuisement émotionnel, la déshumanisation de la relation à l’’autre, la perte de sens de l’accomplissement de soi au travail.

Même si la médecine fast-food, associée aux consultations rapides et à la télémédecine, peut améliorer l’accès aux soins dans les zones sous médicalisées et répondre à des situations d’urgence, elle doit se déployer avec discernement. 

L’enjeu est primordial : préserver la qualité de la prise en charge médicale. Une qualité indispensable quand on sait que l’alliance thérapeutique, autrement dit la relation de collaboration entre le patient et le thérapeute, est l’un des principaux déterminants du succès thérapeutique.

Les centres de soins non programmés : vers plus d’encadrement ?

Face à l’essor des centres de soins non programmés depuis cinq ans, des services hybrides entre le cabinet médical et le service d’urgence, les professionnels de santé comme les autorités réclament un cadre clair pour stopper certaines dérives.

Selon un rapport de la Cour des comptes, ces structures libérales sont passées de moins d’une vingtaine d’établissements en 2018 à plus d’une centaine en 2023.

Toutes ces structures revendiquent la prise en charge « rapide », « directe » et « sans rendez-vous », voire « non-stop », de patients pour des consultations imprévues ou des urgences légères.

Certains médecins libéraux et tutelles sanitaires voient d’un mauvais œil ces centres de soins non programmés : aucune concertation avec l’offre existante, désorganisation du parcours de soins, concurrence déloyale, augmentation des prises en charge aux urgences, et aspiration de jeunes praticiens qui se seraient destinés à la médecine générale libérale.

Pour éviter l’implantation désordonnée de ces centres de soins non programmés, MG France a réclamé très tôt leur encadrement strict. Pour la présidente du premier syndicat de généralistes, Dr Agnès Giannotti, ces structures en réseaux, rattachés majoritairement à des groupes privés, illustre la financiarisation des soins primaires.

De son côté, l’Assurance-maladie alerte sur les dérives d’une offre non régulée, y compris sur le plan tarifaire. En examinant les honoraires des centres de soins non programmés, l’Assurance-maladie a constaté un bond des actes non régulés majorés. Pour les contrôler davantage, un cahier des charges national est jugé nécessaire par l’Assurance-maladie.

Dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, et déterminé par arrêté, ce cahier des charges devra aborder les principes d’organisation de la structure, les caractéristiques de son exercice, l’accessibilité de ses locaux et de ses services, les délais de prise en charge, l’orientation des patients dans le parcours de soins et les prestations minimales attendues.

Sources
– Est-ce l'avènement d'une médecine « fast-food » ?. www.lequotidiendumedecin.fr. Consulté le 21 janvier 2025.
– Syndrome de la médecine fast-food. RevMed.ch. Rémy Martin-Du-Pan. www.revmed.ch. Consulté le 21 janvier 2025.
– Centres de soins non programmés : après l’ébullition, l’encadrement ? Le quotidien du médecin. www.lequotidiendumedecin.fr. Consulté le 21 janvier 2025.

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Julie P.
Journaliste scientifique
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