Le requin à l’attaque de la maladie de Parkinson

Feb 4, 2017 par

Molécule requin Parkinson

Innovation Environ 8 000 nouveaux cas de la maladie de Parkinson sont diagnostiqués chaque année en France et près de 120 000 personnes âgées vivent avec cette maladie. De nombreuses recherches sont menées pour mieux comprendre son origine et améliorer les traitements. Une substance extraite du requin pourrait jouer un rôle important dans la prise en charge de cette maladie.

La maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson est la seconde maladie neurodégénérative après la maladie d’Alzheimer. Elle se caractérise par la destruction spécifique des neurones à dopamine (neurotransmetteur) de la substance noire cérébrale. Ces neurones sont détruits suite à la formation d’amas (ou agrégats) anormaux et toxiques d’une protéine, l’alpha-synucléine.

L’origine exacte de la maladie demeure incertaine, mais l’âge constitue le principal facteur de risque (rarissime avant 45 ans). Des facteurs génétiques (prédisposition familiale) et environnementaux (exposition aux pesticides, entre autres) seraient liés au développement de la maladie.

Maladie chronique, elle débute insidieusement et évolue lentement (cinq stades d’évolution sont considérés en fonction de la sévérité des symptômes). Les principaux symptômes moteurs peuvent se manifester plusieurs années après le début de la maladie :

  • L’akinésie (lenteur et difficulté de coordination des mouvements) ;
  • L’hypertonie (rigidité excessive des muscles) ;
  • Les tremblements au repos.

D’autres symptômes non-moteurs touchent certains patients : troubles du sommeil, perte d’odorat, troubles de la connaissance, troubles de l’équilibre, constipation, dépression…

Les traitements actuels visent à soulager les symptômes moteurs de la maladie, mais ne permettent, ni d’enrayer sa progression, ni de contrôler les manifestations non-motrices. La prise en charge repose sur plusieurs médicaments (destiné à augmenter la quantité de dopamine dans le cerveau) et sur des traitements complémentaires :

  • La kinésithérapie pour préserver la marche et l’équilibre ;
  • L’orthophonie pour éviter les troubles de la déglutition et les problèmes d’écriture ;
  • La stimulation cérébrale profonde (envoi d’impulsions électriques dans le cerveau) dans les stades avancés pour stimuler les neurones.

La maladie de Parkinson fait l’objet de nombreuses recherches dans le monde sur plusieurs aspects :

  • Mieux dépister les personnes atteintes pour les traiter avant l’apparition des symptômes ;
  • Comprendre l’origine et les mécanismes de la maladie ;
  • Développer des traitements efficaces sur les symptômes non-moteurs ;
  • Améliorer les traitements actuels pour stopper la progression de la maladie.

Parmi ces recherches, une équipe internationale s’est récemment intéressée aux potentialités d’une substance extraite du requin, la squalamine.

Le requin contre la maladie de Parkinson

Les requins sont des espèces marines très anciennes (plus de 450 millions d’années), qui montrent une grande résistance aux infections, malgré un système immunitaire relativement primitif. Les chercheurs s’intéressent ainsi de près aux facteurs protecteurs chez les requins. La squalamine a été découverte en 1993 et est extraite d’un petit requin commun (Squalus acanthias). Produite dans le foie du requin, elle est sécrétée dans son intestin et s’est révélée être un puissant agent anti-infectieux.

Depuis, cette substance a pu être synthétisée en laboratoire et fait l’objet de plusieurs essais cliniques sur son pouvoir anti-infectieux, mais aussi sur son intérêt dans le traitement de certains cancers et de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

Dans cette étude, la squalamine a été testée pour son effet sur les amas d’alpha-synucléine, qui sont directement responsables de la dégénérescence des neurones dans la maladie de Parkinson.

La squalamine empêche la formation des amas d’alpha-synucléine (toxiques pour les neurones), en bloquant l’adhésion de cette protéine sur les membranes des neurones.

Ces résultats ont été obtenus sur deux modèles :

  • Un modèle cellulaire (cellules de neuroblastome humain) ;
  • Un modèle animal (un ver Caenorhabditis elegans qui surexprime l’alpha-synucléine).

Chez le ver, le nombre d’agrégats est considérablement réduit et aucune paralysie musculaire ne survient.

Un essai clinique à grande échelle est prévu en 2017 aux USA, pour tester l’effet de la squalamine par voie orale sur les symptômes gastro-intestinaux des patients atteints de la maladie de Parkinson. En effet, certains spécialistes de la maladie suggèrent qu’elle aurait une origine digestive, avant de se propager dans le cerveau. De potentiels autres effets bénéfiques seront également recherchés.

Cette molécule mise en évidence chez le requin pourrait à l’avenir améliorer les traitements de la maladie de Parkinson, mais aussi d’autres maladies neurodégénératives liées à des agrégations d’alpha-synucléine. Aucun risque de décimer la population de requins pour soigner des malades n’est à craindre, puisque désormais la squalamine est produite en laboratoire !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie


Sources :

INSERM. Dossiers d’information. Maladie de Parkinson. Février 2015.

Pernia, M. et al. A natural product inhibits the initiation of α-synuclein aggregation and suppresses its toxicity. 2017. Proceedings of the National Academy of Sciences.  doi/10.1073/pnas.1610586114.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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