La noyade se définit comme une asphyxie causée par une inondation des voies respiratoires, en lien avec une immersion ou une submersion. Il existe deux types principaux de noyade, sèche et humide, à laquelle s’ajoute le cas particulier de l’hydrocution. Les causes des noyades peuvent être variables selon les individus et les circonstances. Ses conséquences sont le plus souvent très graves, voire mortelles.

noyade - personne se noyant

Les mécanismes de la noyade

La noyade survient lorsque l’immersion de l’organisme dans un liquide (généralement de l’eau) entraîne la suffocation ou entrave la respiration. Les spécialistes considèrent plusieurs types de noyade :

  • La noyade humide, la plus fréquemment observée, correspond à une inhalation d’une quantité importante d’eau, qui empêche la respiration et provoque un collapsus du système circulatoire.
  • La noyade sèche survient une fois que la personne est sortie de l’eau et résulte d’un spasme des cordes vocales, qui entraîne la fermeture réflexe des voies aériennes.
  • La noyade secondaire s’observe en présence d’une quantité limitée d’eau dans les poumons, mais cette eau est souillée par différents éléments (bactéries, algues, sable, produits chimiques, …) susceptibles de léser les tissus pulmonaires plusieurs heures après la sortie de l’eau.
  • L’hydrocution est une forme particulière de noyade, qui survient lorsque l’eau est froide ou après une exposition à la chaleur ou un exercice physique. Un arrêt cardiaque se produit au moment du contact avec l’eau et entraîne une perte de conscience.

Au cours de la noyade, la respiration est entravée et l’organisme est privé d’oxygène pendant une durée plus ou moins importante. Cette privation est à l’origine de lésions des organes, en particulier les poumons et le cerveau, pouvant entraîner la mort. La mort par noyade se divise en trois états successifs :

  1. La mort apparente où la victime ne respire plus et sa tension artérielle est faible. Cet état est considéré comme grave.
  2. La mort clinique, où s’observe une fibrillation et un arrêt cardiaque. Ce stade, très grave, est irréversible s’il dure plus de 3 minutes.
  3. La mort réelle, après un arrêt cardiaque de plusieurs minutes. La température centrale s’abaisse. Ce stade est irréversible.

Conséquences physiologiques et complications de la noyade

La noyade entraîne presque immédiatement des conséquences physiologiques graves :

  • Sur le plan cérébral : une perte de conscience suivie de lésions irréversibles après environ 3 minutes (parfois plus dans l’eau froide) ;
  • Sur le plan cardiaque : des troubles du rythme cardiaque, puis un arrêt cardio-respiratoire.

Une hypothermie peut également survenir, lorsque les personnes se noient dans des eaux froides.

De manière retardée, d’autres complications surviennent, notamment au niveau pulmonaire, avec la formation d’un œdème pulmonaire, consécutif à des lésions des tissus pulmonaires. De plus, les personnes noyées peuvent avoir inhalé des corps étrangers, à l’origine d’une pneumonie par aspiration ou d’un syndrome de détresse respiratoire aigüe. Ces problèmes respiratoires peuvent devenir sévères plusieurs heures après la sortie de l’eau et persister sur une longue période.

La noyade est à l’origine d’environ 140 000 décès chaque année dans le monde. En France, elle provoque en moyenne plus de 500 décès. Les hommes et les enfants sont les principales victimes.

Les causes des noyades

Les causes et les circonstances des noyades dépendent à la fois des caractéristiques des individus (âge, sexe) et des circonstances de l’accident. D’une manière générale, il est possible de lister un certain nombre de causes de noyade, parmi lesquelles :

  • Le fait de ne pas savoir nager ou de mal nager, voire de surestimer ses capacités ;
  • Une méconnaissance de l’environnement aquatique ;
  • La baignade dans des zones dangereuses (courants, vagues, …) ou interdites ;
  • Une défaillance de la surveillance des adultes dans le cas des noyades d’enfants ;
  • La consommation d’alcool ou de drogues, ou encore de certains médicaments ;
  • La non-utilisation des gilets de sauvetage ou des équipements de sécurité au cours des activités nautiques ;
  • La surpopulation de certaines zones de baignade ;
  • La pratique de l’apnée volontaire sous l’eau, notamment en cas d’hyperventilation ;
  • Un accident lors d’une plongée sous-marine ;
  • Un malaise ;
  • Une exposition excessive au soleil ;
  • Le contact avec des animaux venimeux par piqûre ou brûlure (rascasses, vives, méduses, …) ;
  • Une chute.

A ces causes accidentelles de baignade, viennent également s’ajouter les noyades volontaires, liées à des conduites suicidaires.

Tous les lieux de baignade sont concernés par le risque de noyade.

À savoir ! La noyade en eau douce est trois fois plus mortelle que la noyade en eau de mer. Dans le cas de l’eau de mer, se produisent un œdème pulmonaire et une chute de la tension artérielle, mais jamais de fibrillation. En revanche, l’eau douce entraîne très rapidement une fibrillation cardiaque.

Attitude à adopter en cas de noyade

Une personne en train de se noyer est généralement incapable d’appeler à l’aide, car elle concentre toute son énergie à lutter pour respirer. Les personnes sauvées de la noyade peuvent présenter différents symptômes, selon les conditions de l’accident :

  • Un état de vigilance variable : de la conscience jusqu’au coma ;
  • Une respiration encore présente ou absente ;
  • Une détresse respiratoire ;
  • Des vomissements ;
  • Une toux ou des sifflements respiratoires ;
  • Une cyanose (peau de couleur bleue, en particulier au niveau du visage et des extrémités) ;
  • Des convulsions.

Dans tous les cas de figures, il est crucial de secourir la personne le plus rapidement possible. Le risque de mortalité lié à la noyade augmente de minute en minute pour atteindre plus de 95 % en moins de 10 minutes. En revanche, il est capital de ne pas se mettre en danger soi-même pour secourir une personne en train de se noyer. Il est conseillé autant que possible de s’aider d’un engin flottant pour porter secours à une personne en train de se noyer.

Les gestes de premiers secours à pratiquer sont les suivants :

  • Aider le noyé à sortir de l’eau ;
  • Enlever ses vêtements mouillés, allonger le noyé et le couvrir pour éviter l’hypothermie ;
  • Faire un premier bilan des fonctions vitales (conscience, respiration, circulation) ;
  • Appeler les services de secours :
    • Les maîtres-nageurs sauveteurs dans les zones de baignade surveillée ;
    • Le SAMU (15) ;
    • Les pompiers (18) ;
    • Le 112 (numéro unique d’urgence) ;
  • Si le noyé est inconscient mais respire, le placer en position latérale de sécurité et le surveiller en attendant l’arrivée des secours ;
  • Si le noyé ne respire plus, effectuer une réanimation cardio-pulmonaire (pour les personnes formées aux gestes de premiers secours) jusqu’à la reprise de la respiration spontanée ou jusqu’à l’arrivée des secours. Il est également possible d’utiliser un défibrillateur, si cet appareil se trouve à proximité du lieu de la noyade (défibrillateurs présents dans de nombreux lieux publics).

La prise en charge médicale de la noyade

A leur arrivée, les secours prennent en charge le noyé et effectue différents soins de première intention, à savoir :

  • Le contrôle des fonctions vitales et les premiers gestes de réanimation ;
  • La pose d’une voie veineuse (perfusion) ;
  • Une oxygénothérapie (administration d’oxygène au masque) ;
  • Une immobilisation du rachis cervical ;
  • La lutte contre l’hypothermie.

Le noyé est ensuite transporté dès que possible dans un service d’urgences. La surveillance en milieu hospitalier est indispensable, même si le noyé semble avoir totalement récupéré.

Une fois aux urgences, la prise en charge médicale est adaptée en fonction de la durée de privation d’oxygène et des problèmes éventuellement associés à la noyade (lésions consécutives à une chute, cause du malaise, …). La mesure du taux d’oxygène dans le sang et une radiographie du thorax sont immédiatement réalisées pour évaluer l’importance de l’atteinte pulmonaire. Des examens complémentaires peuvent être nécessaires selon les cas (scanners, électrocardiogramme, …). Les traitements administrés peuvent notamment comprendre :

  • Un apport en oxygène ;
  • Des médicaments bronchodilatateurs pour faciliter la respiration ;
  • Des antibiotiques en cas de risque d’infection ;
  • Un réchauffement en cas d’hypothermie.

Plusieurs facteurs peuvent augmenter les chances de survie d’un noyé sans lésions cérébrales et pulmonaires irréversibles, à savoir :

  • Une immersion très brève ;
  • Une eau froide ;
  • Un âge jeune (les enfants présentent des chances de survie supérieures à celles des adultes en cas d’immersion prolongée) ;
  • La rapidité de la réanimation (facteur le plus important).

La prévention des noyades

Différentes mesures de prévention peuvent être prises pour limiter le risque de noyade, en fonction de l’âge des personnes et du contexte de la baignade. Pour toute personne et quelles que soient les circonstances, il est crucial d’apprendre à nager.

Pour limiter le risque de noyade des enfants, différentes mesures spécifiques sont nécessaires :

  • Surveiller activement et constamment les enfants lorsqu’ils sont en présence d’eau, y compris dans le bain ou une pataugeoire ;
  • Equiper les enfants de brassards adaptés à leur âge et à leur poids ;
  • Prendre garde aux risques liés aux jouets gonflables, susceptibles de s’éloigner de la côte sous l’action du vent et/ou des courants.

Chez les adultes, d’autres mesures sont importantes :

  • Ne pas surestimer ses capacités ;
  • Ne pas nager seul ;
  • Privilégier les zones de baignade surveillée et respecter la signalisation et les consignes de sécurité de ces zones de baignade ;
  • S’informer des conditions météorologiques et des conditions de baignade ;
  • Ne pas nager dans les lieux où la baignade est interdite ;
  • Respecter les règles de sécurité lors de la pratique d’activités nautiques (plaisance, nautisme, plongée) ;
  • S’équiper de gilets de sauvetage respectant la réglementation, pour la pratique des loisirs nautiques ;
  • Utiliser un matériel adapté et en bon état de fonctionnement pour toutes les activités nautiques ;
  • Ne pas consommer d’alcool, de drogues ou de médicaments, avant et pendant la baignade ;
  • Se former aux gestes de premiers secours ;
  • Vérifier la profondeur de l’eau avant d’y plonger ;
  • Ne pas se baigner si l’eau est froide, en cas de mauvaise forme ou après un repas copieux ;
  • Limiter l’exposition au soleil et entrer dans l’eau progressivement ;
  • Sortir immédiatement de l’eau en cas de sensation de froid ou de malaise ;
  • Pour la pratique des activités nautiques, consulter préalablement un médecin pour vérifier vos capacités et une éventuelle contre-indication médicale à ces pratiques.

Depuis janvier 2004, toutes les piscines privées situées en plein air, enterrées ou semi-enterrées, doivent être équipées d’un dispositif de protection normalisé ou réglementé rentrant dans l’une des quatre catégories suivantes :

  • Une barrière ;
  • Une couverture ;
  • Un abri de piscine ;
  • Une alarme de détection d’immersion.

Les dispositifs de protection physiques sont à privilégier aux alarmes. Pour les piscines hors sol, il faut impérativement retirer l’échelle d’accès après chaque baignade. Dans tous les cas, ces dispositifs ne dispensent pas de la nécessité d’une surveillance active et systématique de la baignade.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Noyade : Le site de référence sur les noyades. www.noyades.com. Consulté le 30 avril 2018.
– Maladies liées à l’eau. OMS. Consulté le 30 avril 2018.
– Noyade. Manuel MSD. Consulté le 30 avril 2018.