Sclérose en plaques : comment limiter l’apparition d’une nouvelle crise
Fatigue, troubles de la vision, engourdissements… Les poussées de la sclérose en plaques (SEP) peuvent surgir de manière imprévisible et fragiliser durablement la qualité de vie. Mais les connaissances ont considérablement progressé : aujourd’hui, maîtriser la maladie est possible. Le Dr Chloé Prunis, neurologue, fait le point sur les signes à surveiller, les bons réflexes au quotidien et les avancées thérapeutiques récentes.

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune qui s’attaque au système nerveux central. Le système immunitaire, au lieu de protéger l’organisme, s’en prend à la myéline — la gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses —, perturbant la transmission des messages entre le cerveau et le reste du corps. Cette maladie évolue souvent par épisodes : les fameuses « poussées ».
« Une poussée, c’est une définition bien précise : c’est l’apparition de nouveaux symptômes, ou l’aggravation de symptômes existants chez un patient dont la maladie est déjà connue », explique le Dr Chloé Prunis, neurologue au CHRU de Nancy – Hôpital Central. Pour parler de vraie poussée, ces symptômes doivent durer plus de 24 heures et s’installer progressivement en quelques heures à quelques jours. En pratique, un épisode peut se prolonger sur plusieurs semaines.
Quels sont les signes qui doivent alerter ?
Les symptômes d’une poussée varient d’une personne à l’autre, mais quelques signaux reviennent fréquemment.
Le plus courant est l’atteinte de la vision : un flou visuel qui s’installe progressivement sur un œil, souvent accompagné de douleurs lors des mouvements oculaires. Il peut aussi s’agir de fourmillements, de sensations de brûlure ou d’engourdissements dans un ou plusieurs membres, d’une faiblesse musculaire ou encore de troubles de l’équilibre et de la coordination.
« Les grands symptômes qui doivent faire penser à une poussée, c’est un flou visuel sur un œil avec des douleurs, des décharges électriques ou des pertes de sensibilité dans les membres, une sensation de lourdeur ou de faiblesse, des troubles de l’équilibre », résume la neurologue.
Ces signes avant-coureurs, qui peuvent faire aussi écho à un AVC, méritent d’être connus de l’entourage du patient, pour réagir très rapidement dès leur apparition.
Y a-t-il des facteurs déclenchants ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’existe pas, à ce jour, de facteur déclenchant formellement identifié. Le stress ou la fatigue sont souvent évoqués par les patients, mais leur rôle causal n’a pas été démontré scientifiquement.
En revanche, une infection — notamment urinaire —un épisode de fièvre, ou tout ce qui fait augmenter la température corporelle (effort intense, bain chaud, température de l’air élevée) peut faire réapparaître temporairement d’anciens symptômes. « Si un patient a eu des troubles de la vision il y a deux ans et qu’il contracte une infection, ces symptômes peuvent revenir le temps de l’épisode infectieux. Mais c’est transitoire : tout rentre dans l’ordre avec la guérison de l’infection et la baisse de la fièvre », rassure le Dr Prunis.
Ce phénomène — appelé Pseudo poussée ou phénomène d’Uhthoff — ne signifie pas que la maladie s’aggrave. C’est pourquoi les patients atteints de SEP sont invités à traiter rapidement leurs infections, en particulier urinaires.
Hygiène de vie : ce qui change vraiment les choses
Si l’hygiène de vie ne modifie pas directement l’évolution de la maladie — c’est avant tout le traitement médical qui joue ce rôle —, elle améliore significativement le quotidien des patients.
L’activité physique régulière est en tête de liste. Marche, yoga, pilate, natation… peu importe, l’essentiel est de bouger régulièrement, en adaptant l’effort à ses capacités. « On sait que ça améliore la fatigue, qui est un symptôme très présent dans la SEP, mais aussi la force musculaire, l’équilibre et la marche. Les patients sont aussi moins sujets à l’anxiété et à la dépression », souligne le Dr Prunis.
Arrêter de fumer est essentiel. Le tabac est reconnu comme un facteur pouvant aggraver le handicap au fil du temps.
Bien s’hydrater. Les patients atteints de SEP sont plus susceptibles aux infections urinaires et à la constipation. Boire suffisamment au quotidien contribue à les prévenir.
Soigner son sommeil. La fatigue est déjà l’un des symptômes les plus invalidants de la SEP. Un mauvais sommeil l’aggrave, ce qui impacte aussi la concentration et l’humeur — un cercle vicieux à éviter.
Côté alimentation, une alimentation variée et équilibrée est recommandée, sans qu’aucun régime spécifique n’ait prouvé d’effet sur l’évolution de la maladie.
Le traitement de fond : indispensable pour prévenir les crises
Au-delà des habitudes de vie, c’est le traitement de fond qui constitue le pilier central de la prise en charge. Son objectif est clair : empêcher l’apparition de nouvelles poussées et limiter les séquelles à long terme.
« Le traitement de fond ne peut pas effacer ce qui s’est déjà passé, mais le but, c’est qu’il ne se passe rien de nouveau : plus de poussées, plus de nouvelles lésions à l’imagerie, et une réduction du risque de handicap à long terme. On ne sait pas guérir la SEP, mais en 2026, on sait très bien la contrôler », affirme le Dr Prunis.
Si une poussée survient malgré le traitement, cela signifie que celui-ci n’est pas assez efficace et doit être renforcé. D’où l’importance de ne pas l’interrompre et d’en parler à son médecin à la moindre poussée.
Des progrès majeurs pour un diagnostic et un traitement plus précoces
En vingt ans, les avancées ont été considérables. Les critères permettant de poser le diagnostic ont été régulièrement mis à jour — les derniers datent de 2024 — et permettent de détecter la maladie de plus en plus tôt, parfois même avant l’apparition du moindre signe clinique.
« Un patient qui n’a pas encore eu de symptômes, mais qui présente des lésions typiques à l’imagerie cérébrale, peut désormais recevoir un diagnostic et débuter un traitement immédiatement. Une des grandes nouveautés de 2024 », indique la neurologue.
Les médicaments disponibles sont également de plus en plus nombreux et efficaces. Les études les plus récentes montrent qu’une prise en charge précoce peut considérablement réduire le risque de handicap à long terme, permettant aux patients de mener une vie normale, ou presque. Des chercheurs s’intéressent également à de nouvelles pistes, notamment pour anticiper les poussées grâce à des marqueurs biologiques.
Que faire en cas de poussée ?
Une poussée n’impose pas d’aller aux urgences, mais elle nécessite de contacter rapidement son neurologue. Le traitement habituel repose sur des perfusions ou des comprimés de cortisone pendant 3 à 5 jours, qui permettent de récupérer plus vite.
« Que l’on traite ou non avec la cortisone, la récupération finale sera la même. Mais si la gêne est importante, le traitement permet d’aller mieux plus vite. C’est donc une décision qui dépend de l’impact sur le quotidien du patient », précise le Dr Prunis.
Dans tous les cas, pas question de s’automédiquer : c’est le neurologue qui évalue la situation et valide la prise en charge. Et si des poussées se répètent malgré le traitement, une adaptation du traitement doit être envisagée sans attendre.
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