Sclérose en plaques : Le virus Epstein-Barr serait à l’origine de la maladie

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Rédigé par Alexia F. et publié le 20 janvier 2022

Des chercheurs ont percé le mystère autour des causes de la sclérose en plaques. En effet, dans une étude publiée dans Science, une équipe américaine montre que le risque de contracter une sclérose en plaques est 32 fois plus grand après avoir été infecté par le virus Epstein-Barr. Santé sur le Net vous explique cette découverte.

virus Epstein-Barr

La sclérose en plaques, une maladie auto-immune sans traitement

Près de 2,8 millions de personnes sont touchées par la sclérose en plaques (SEP) dans le monde. En France, 110 000 personnes sont concernées par cette maladie auto-immune qui affecte le système nerveux central. Plus précisément, les cellules de l’immunité se détournent de leur rôle initial et provoquent des lésions dispersées dans le système nerveux central donnant lieu à une inflammation, une détérioration de la myéline qui entoure les prolongements nerveux et leur dégénérescence.

Les causes de la maladie sont encore inconnues et aucun traitement ne permet à l’heure actuelle de guérir définitivement la SEP. C’est pourquoi de nombreuses recherches sont en cours.

Un lien de causalité entre le virus Epstein-Barr et la sclérose en plaques

Une étude publiée dans Science par des chercheurs américains il y a quelques jours met en évidence un lien de causalité entre le virus Epstein-Barr (EBV) et l’apparition de la SEP. En effet, depuis plusieurs années, des recherches ont montré l’existence d’un lien entre l’EBV et la SEP mais la nature de ce lien était jusqu’alors inconnue. L’EBV est un herpes virus responsable de la mononucléose et d’une infection latente tout au long de la vie de son hôte. Il s’agit d’un virus extrêmement fréquent puisqu’il est estimé que 95% des adultes y ont été exposés. Cela a rendu la compréhension de sa relation avec la SEP très difficile. D’autant plus que les symptômes de la SEP se déclencheraient 10 ans après une infection à l’EBV.

Ainsi, il fallait étudier une cohorte incluant de très nombreux individus et réaliser une étude sur plusieurs années, aussi appelée étude longitudinale. C’est ce qu’ont fait les chercheurs : ils ont suivi plus de 10 millions de jeunes soldats américains durant leur carrière. Des analyses sanguines biannuelles ont permis de détecter la survenue d’une infection à l’EBV. Les chercheurs ont également mesuré les taux sanguins de neurofilaments à chaînes légères qui sont le signe d’une dégénérescence nerveuse et un marqueur de la SEP. Sur l’ensemble de la cohorte, 955 jeunes adultes ont développé une SEP.

Le résultat est sans appel. Les analyses des travaux montrent que le risque d’être atteint par une SEP est 32 fois plus grand après une infection à l’EBV en comparaison avec des infections à d’autres virus de la même famille. De plus, les résultats démontrent que le taux de neurofilaments à chaînes légères augmente après une infection à l’EBV exclusivement.

De nouvelles pistes thérapeutiques contre la sclérose en plaques

Comment expliquer le délai de 10 ans entre l’infection à l’EBV et le diagnostic de la SEP ? Les auteurs de l’étude proposent deux hypothèses. D’une part, la SEP est très difficilement détectable dans ses premières manifestations ce qui explique en partie un délai de diagnostic long. D’autre part, l’évolution de la relation entre l’EBV et le système immunitaire de son hôte est progressive et se fait au cours de stimulations répétées lorsque l’EBV est réactivé. Ainsi, les dysfonctionnements du système immunitaire deviendraient impactants au fur et à mesure.

Améliorer la compréhension des causes d’une maladie permet d’ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques. La mise en évidence d’un lien de causalité entre une infection à l’EBV et la survenue de la SEP permet d’envisage l’EBV comme cible en vue d’un traitement préventif voire curatif. Il existe actuellement des traitements contre l’EBV. Cependant, étant donné que de nombreux adultes sont porteurs sains de ce virus, il est impossible de les traiter. Dans ce cas, la solution la plus adaptée est celle du développement d’un vaccin contre l’EBV. L’entreprise Moderna a annoncé en ce début d’année qu’elle a lancé des essais cliniques pour un vaccin anti-EBV.

Alexia F., Docteure en Neurosciences

Sources
– Longitudinal analysis reveals high prevalence of Epstein-Barr virus associated with multiple sclerosis. science.org. Consulté le 19 janvier 2021.
– Epstein-Barr virus may be leading cause of multiple sclerosis. sciencedaily.com. Consulté le 19 janvier 2021.

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