Dangers de l’utilisation abusive d’ibuprofène chez l’homme

Jan 19, 2018 par

Faire du sport est capital pour rester en forme mais pas sous n’importe quelles conditions. Pour récupérer plus rapidement ou limiter les douleurs musculaires et articulaires liées à la pratique d’exercices physiques intenses, certains sportifs ont tendance à consommer, à haute dose, des anti-inflammatoires. Récemment, une équipe de chercheurs franco-danoise a montré que la prise importante d’ibuprofène sur le long terme entraîne chez les jeunes sportifs un déséquilibre hormonal. Focus sur l’étude publiée dans la revue PNAS.

Ibuprofène et testostérone

L’ibuprofène dérégule la production de testostérone

Pour mener à bien leur essai clinique, les chercheurs coordonnés par Bernard Jégou, chercheur à l’INSERM et directeur de recherche à l’Ecole des Hautes études de santé publique (EHESP) de Rennes, ont réparti 31 sportifs volontaires, âgés de 18 à 35 ans, en deux groupes. L’un a pris une forte dose d’ibuprofène pendant six semaines (1200 mg par jour) tandis que l’autre groupe, a reçu un placebo.

À savoir ! L’ibuprofène est un Anti-Inflammatoire Non Stéroïdien (AINS). Il possède des propriétés antalgique (contre la douleur), antipyrétique (contre la fièvre), anti-inflammatoire et inhibe temporairement la coagulation sanguine.

Dans ce cas de figure d’étude, nommé « essai clinique randomisé en double aveugle », les volontaires comme les chercheurs ignoraient si le produit ingéré était le placebo ou l’anti-inflammatoire.

Au bout de 15 jours, les chercheurs ont constaté chez les sportifs ayant pris l’ibuprofène, une augmentation de 23% de leur hormone lutéinisante, une hormone sécrétée par le cerveau (plus précisément, l’hypophyse) et responsable de la stimulation de la production de testostérone.

À savoir ! La testostérone est une hormone sécrétée chez l’homme, mais aussi chez la femme en moindre quantité. Elle est sécrétée, en majorité, par les testicules et, en minorité, par les glandes surrénales. La testostérone est responsable de la formation des spermatozoïdes et du développement musculaire à la puberté. On lui attribue aussi un rôle dans la production de cellules sanguines et dans la protection contre l’ostéoporose.

Malgré un taux d’hormone lutéinisante très important, les sportifs n’ont pas vu leur taux de testostérone augmenter, mais au contraire, rester stable et normal.

Pour les chercheurs, ces observations sont le signe d’un hypogonadisme compensé c’est-à-dire que les testicules ont des difficultés à produire de la testostérone et doivent être stimulées en permanence par l’hormone lutéinisante pour maintenir un taux de testostérone stable.

À savoir ! L’hypogonadisme compensé est un dysfonctionnement de la sécrétion de testostérone compensé par la suractivité d’hormone stimulant la production de testostérone. Ce dysfonctionnement atteint préférentiellement les hommes âgés et les fumeurs.

Cet hypogonadisme compensé peut évoluer vers un hypogonadisme primaire caractérisé par une baisse de la testostérone, une perte de libido, une réduction de la masse et force musculaire et une fatigue.

Pour affiner leurs résultats, les chercheurs ont testé les effets de l’ibuprofène sur des tissus testiculaires humains en culture.

Leurs observations ?

L’ibuprofène inhibe, avec une relation dose-effet, la production d’hormones testiculaires, dont la testostérone, dans les cellules de Leydig, les cellules productrices de cette hormone.

« Il existe des sous-populations d’hommes qui prennent de façon continue de l’ibuprofène, notamment des hommes ne souffrant d’aucune maladie chronique comme des athlètes de haut niveau. Si cet état d’hypogonadisme compensé s’installe, le risque pour eux est d’accroître les risques déjà liés à ce médicament, mais aussi d’altérer leur condition physique (muscles et os), d’hypothéquer leur santé reproductive et même psychologique »  précisent Bernard Jégou et Christèle Desdoits-Lethimonier,  auteurs de l’étude, dans un communiqué de presse de l’INSERM.

De nouvelles interrogations sur les risques de l’ibuprofène

Suite à cette étude, de nouvelles questions sont soulevées par les chercheurs. Ils se demandent notamment :

  • Quelles sont les répercussions d’une prise prolongée et à forte dose d’ibuprofène sur le fonctionnement des organes reproducteurs et sur la fertilité?
  • Dans quelles mesures ces conséquences sont réversibles ?
  • La prise d’autres AINS, tels que l’aspirine ou le diclofénac, entraine-t-elle aussi des désordres hormonaux ?
  • Retrouve-t-on ces symptômes chez les patients prenant des AINS quotidiennement pour soulager leurs rhumatismes ?

Un rappel du bon usage de l’ibuprofène

Suite à la parution de cette étude, l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) souligne qu’à ce stade de l’étude « les bénéfices de l’ibuprofène sont bien plus importants que les risques pour les malades qui ont besoin de ce médicament au quotidien ».

En précisant également qu’une analyse est en cours, au niveau européen, pour évaluer la nécessité d’études complémentaires pour mesurer les effets de l’ibuprofène.

– Ibuprofène et physiologie testiculaire : l’ANSM rappelle le bon usage. Le quotidien du médecin. Drogou. Le 11 janvier 2018.
– Ibuprofen alters human testicular physiology to produce a state of compensated hypogonadism. PNAS.  DM Kristensen et al. Consulté le 18 janvier 2017.
– Ibuprofène. Vidal. Consulté le 18 janvier 2018.
– Attention à la prise soutenue d’ibuprofène chez l’homme. INSERM Consulté le 19 janvier 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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