Vaccins contre la Covid-19 : Entre espoir et méfiance

décembre 2020 par

En ces temps troublés de pandémie où crise sanitaire et crise économique bouleversent l’organisation de la planète, la recherche vaccinale contre la Covid-19 représente plus que jamais un enjeu de taille. Preuve en sont la multitude d’équipes de chercheurs sollicitées ainsi que les moyens considérables engagés pour mettre rapidement au point un vaccin efficace. Mais alors que les avancées scientifiques sont scrutées par le monde entier et que le gouvernement travaille sur une stratégie de vaccination, une partie non négligeable des Français fait déjà preuve de méfiance vis-à-vis des futurs vaccins anti-Covid-19.

vaccins anti-Covid-19

Les critères des candidats vaccins

La vaccination a pour but de protéger la population contre des maladies dangereuses, avant qu’elle ne soit en contact avec ces affections. En stimulant le système immunitaire de l’organisme, les vaccins contribuent à créer des anticorps, de la même manière que si l’individu était exposé à la maladie. Si le véritable virus venait à infecter la personne vaccinée, il serait ainsi neutralisé. Comme le rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé, “la vaccination utilise les défenses naturelles de l’organisme pour créer une résistance à des infections spécifiques et renforcer le système immunitaire”.

Sur les 180 vaccins actuellement à l’étude à travers le monde, seuls quelques-uns font l’objet d’essais cliniques chez les primates ou chez l’homme. La commercialisation d’un candidat vaccin dépend en effet de plusieurs facteurs déterminants parmi lesquels son immunogénicité au sein de la population. Par immunogénicité, on entend :

  • Capacité à induire la production d’anticorps neutralisants (IgG) spécifiques, après injection intramusculaire ou intradermique.
  • Mais également capacité à produire une immunité locale des muqueuses ORL (IgA sécrétoires, avec des vaccins à administration intranasale) et une immunité cellulaire (lymphocytes CD4 et CD8), spécifique et plus durable que celle des IgG.

À savoir ! L’immunogénicité d’un vaccin dépend, non seulement de la dose, de la voie d’injection et du protocole de vaccination, mais aussi du choix des outils de mesure des taux d’anticorps neutralisants. Ce qui rend indispensable les essais de phase III mesurant la protection réelle des individus contre une infection.

La toxicité à court et long terme du candidat vaccin constitue un second critère déterminant. Car les effets indésirables d’un candidat vaccin dépendent du type de vaccin, de la présence et de la nature des adjuvants, du calendrier de vaccination et des effets à long terme de l’immunité obtenue.

Le seuil d’efficacité du vaccin, les capacités de production et ses conditions de conservation représentent autant d’autres critères majeurs à prendre en compte dans le processus de commercialisation, en plus des enjeux politico-économiques qui s’invitent dans la course.

Quels sont les différents types de vaccins existants ?

A ce jour, seuls quelques vaccins anti-Covid-19 font l’objet d’essais cliniques de phase III de grande taille et mobilisent plus de 200 000 participants à travers le monde. Ces candidats vaccins appartiennent à différentes familles de vaccins :

  • Vaccin inactivé
  • Vaccin vectorisé sans réplication
  • Vaccin à ARN messager
  • Vaccin recombinant protéique

Le vaccin inactivé CoronaVac fait appel à une méthode de conception traditionnelle. Il s’agit d’un vaccin inactivé à partir de l’ensemble des protéines du virus et adjuvé à l’alumine. Le pouvoir infectieux est annulé mais la capacité à induire une protection chez la personne vaccinée est maintenue. Ce vaccin serait déjà utilisé dans l’armée de la République populaire de Chine.

Le vaccin vectorisé développé par AstraZeneca utilise un vecteur viral incapable de se reproduire (l’adénovirus du chimpanzé) et recombiné pour exprimer l’intégralité de la protéine S (spike) du SARS-CoV-2. Cette protéine spike est la clé d’entrée du SARS-CoV-2 à l’intérieur des cellules de l’organisme.  Après la vaccination, cette protéine spike est produite, ce qui amorce la réponse du système immunitaire du sujet vacciné et lui permet de se défendre contre le virus SARS-CoV-2 en cas d’infection. Ce vaccin nécessite des délais de production longs mais s’avère plus facile à stocker.

Les vaccins de Pfizer et de Moderna utilisent quant à eux une technologie prometteuse : celle des ARN messagers (ARNm). Cette méthode est beaucoup plus ciblée en ce sens que l’on injecte dans l’organisme des brins d’instructions génétiques appelées “ARN messagers” fabriqués en laboratoire et programmés pour faire fabriquer des “antigènes” spécifiques du coronavirus. Cette molécule est surnommée “messager” parce qu’elle commande directement aux cellules de l’organisme de fabriquer des anticorps pour neutraliser le coronavirus. Si cette technologie des vaccins à ARN messager semble plus performante, elle reste néanmoins fragile et suppose de conserver le vaccin à très basse température.

Enfin, dans le cadre du vaccin recombinant protéique de Novavax, le virus est “reprogrammé” par modification de certains éléments de son patrimoine génétique, afin d’être rendu inoffensif tout en stimulant la réponse immunitaire.

La méfiance des Français vis-à-vis des vaccins anti-Covid-19

L’Autorité européenne du médicament pourrait délivrer les premières autorisations d’utilisation des candidats vaccins d’ici la fin du mois de décembre. Une bonne nouvelle pour le gouvernement qui devrait les premiers temps donner la priorité aux personnes âgées, les plus fragiles, ainsi qu’aux personnels soignants. Une vaccination plus large de la population ne pourrait pas se faire avant plusieurs mois.

Infographie sur les étapes de la vaccination contre la Covid19

Pour Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, « Mettre sur le marché des vaccins, c’est une chose, mais pour imaginer une vie normale, il faudra s’assurer de leur efficacité, et il faudra aussi que 80% à 90% de la population française se fasse vacciner ». La plupart des études de phase III en cours ambitionnent un taux de protection de 60 % et un critère primaire d’efficacité fondé sur la prévention des formes légères à modérées de la maladie. Or ce critère suscite les questionnements dans la mesure où ce sont les formes sévères qui pèsent le plus sur les hôpitaux et autres établissements de santé.

Par ailleurs, les Français font preuve d’une certaine méfiance vis-à-vis de ces vaccins. Selon plusieurs sondages récents, un Français sur deux n’a pas l’intention de se faire vacciner contre la Covid-19. Si certains attendent d’être rassurés sur les vaccins à venir, d’autres sont tout simplement « anti-vaccins ». Sur notre site, vous avez été plus de 1700 à répondre à notre sondage, auquel vous avez répondu à 60% que vous étiez contre la vaccination anti-Covid-19. D’après une enquête Ipsos, menée sur 15 pays, c’est en France que le consentement à se faire vacciner contre la Covid-19 demeure le plus faible. Largement relayée sur les réseaux sociaux, cette tendance anti-vaccin pourrait grandement compliquer la tâche du gouvernement dans sa tentative d’enrayer l’épidémie.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources
– Vaccins contre la Covid-19 : un point sur les essais de phase III en cours. Vidal. Consulté le 29 novembre 2020.
– Coronavirus : quels sont les différents types de vaccins ? France Bleu. Consulté le 29 novembre 2020.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue.
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