Culture de la vigne et pesticides arsenicaux : quel est le niveau d’exposition des viticulteurs français ?

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Rédigé par Julie P. et publié le 1 février 2019

La vigne qui couvre 861 000 hectares, soit 2,5 % de la surface agricole, reçoit 20 % du tonnage total de pesticides épandu dans l’hexagone. En 2001, l’arsénite de sodium, un pesticide à base d’arsenic luttant contre la maladie du bois de la vigne, a été interdit, car son caractère “cancérogène avéré” avait été montré. Mais, combien de personnes en France ont été exposées à ce pesticide à base d’arsenic ? Une étude rétrospective de Santé Publique France permet d’estimer qu’entre 1979 et 2000, chaque année, 60 000 à 100 000 personnes ont travaillé sur des exploitations agricoles manipulant ces pesticides arsenicaux.

vticulteurs

Vigne et traitement phytosanitaire : bref aperçu

La France est le quatrième consommateur au monde de pesticides avec une utilisation moyenne de 67 000 tonnes par an.

La viticulture non biologique utilise aussi massivement ces molécules de synthèse : sous forme de fongicide pour faire face aux mildious; sous forme d’insecticides pour lutter contre les maladies ou les dégâts des insectes (cicadelle) et sous forme d’ herbicides pour détruire les végétaux venant faire concurrence à la vigne. En moyenne, on recense 8 à 18 traitements par an.

Les symptômes immédiats d’un contact avec un produit phytosanitaire sont connus, mais les risques à long terme sont plus difficiles à évaluer et il faut parfois un délai de 20 ans à 40 ans pour voir une maladie (cancers, maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson) ou un trouble chronique (trouble de la reproduction) se révéler.

À savoir ! Les hommes exposés aux pesticides dans leur vie professionnelle ont 2,4 fois plus de risques de développer la maladie d’Alzheimer et 5,6 fois plus de risques de développer la maladie de Parkinson.

Depuis l’interdiction de l’arsénite de sodium, en 2001, plus aucune substance entrant dans cette catégorie 1 (cancérogène avéré) n’est utilisée dans le vignoble.

Pour la culture de la vigne, environ 35 molécules ont disparu depuis 1970, dont le DDT, cancérogène, proscrit depuis 1972 et l’arsénite de sodium. En 1973, ce sont les dérivés minéraux de l’arsenic comme l’arséniate de plomb ou de calcium qui ont été prohibés.

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Exposition des travailleurs aux dérives des pesticides arsenicaux

Jusqu’en 2001, l’arsénite de sodium a été pulvérisé sur les pieds de vigne pour traiter certaines maladies du bois.

À savoir ! La maladie du bois concerne trois maladies : l’eutypiose, l’esca et le BDA. Les blessures de taille constituent les voies de pénétration des agents pathogènes dans le ceps.

Selon le Centre international de recherche sur le cancer et par l’Union Européenne, les dérivés arsenicaux sont classés comme cancérogènes (poumons, vessie, peau) avec un délai entre l’exposition et la survenue de la maladie de 20 à 40 ans.

Pour connaître le nombre de travailleurs exposés aux dérivés arsenicaux en France, une évaluation rétrospective a été réalisée par Santé publique France dans le cadre du projet Matphyto.

Le croisement d’un ensemble de données (recensement agricole, déclaration d’utilisation de pesticides par les propriétaires et/ou exploitants) a permis d’estimer que sur les périodes étudiées (1979, 1988 et 2000), entre 60 000 et 100 000 personnes ont travaillé, chaque année, sur des exploitations utilisant des pesticides arsenicaux pour le traitement de la vigne.

L’intérêt de ces données est multiple :

– Mise en place d’une prévention sur la population identifiée pour éviter le développement ou l’aggravation de certains cancers induits par les dérivés arsenicaux, en agissant à un stade le plus précoce possible.

– Rechercher une éventuelle cause professionnelle à certaines maladies (tableau 10 du régime agricole) et envisager une reconnaissance en maladie professionnelle.

Actuellement, Santé Publique France développe une matrice viticulture couvrant l’ensemble des substances appliquées sur la vigne. Ces données seront croisées avec le recensement agricole pour fournir des effectifs d’exposés.

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Julie P., Journaliste scientifique

– Exposition aux pesticides arsenicaux des travailleurs agricoles de la vigne. Santé publique France. Consulté le 30 janvier 2019.
  • briquet dominique says:

    bonjour
    j ai eu des problèmes de bronchite asthmatique il y a plusieurs années ,suite au traitement des vignes à côté de mon terrain . comme une toux de coqueluche pendant des mois
    l année suivante les vignes ont été traitées autrement et depuis plus de problème .
    depuis 2 mois j ai une inflammation du larynx une gêne pour déglutir et différents symptômes d allergie je pensais que c était lié à une éventuelle angoisse , vu la conjoncture ) j ai même un test sérologique qui s avéré négatif
    je viens de faire le lien avec mes lauriers brules depuis 2 mois , mitoyens avec le champ de vigne
    pouvez vous me confirmer cette hypothèse et faire remonter l information
    merci

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    • L'équipe Santé sur le Net says:

      Bonjour, merci pour votre témoignage. Nous vous conseillons d’en parler à votre médecin ou votre pharmacien qui pourront vous aider à confirmer votre hypothèse et vous guider pour les démarches à suivre pour faire remonter l’information.
      Bonne journée,
      L’équipe Santé sur le Net

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  • SCHAFFNER Andrée says:

    Bonjour,
    Est-ce que l’arsenic qui a servi au traitement des vignes jusqu’en 2001 reste durablement présent dans les sols ? Ou bien s’évacue-t-il avec le temps ?
    Merci par avance pour votre réponse.
    Andrée S.

    Reply
    • L'équipe Santé sur le Net says:

      Bonjour,
      Nous ne sommes malheureusement pas spécialistes de l’arsenic et de la pollution des sols, mais il semblerait que l’arsenic se retrouve bloqué dans les sols et ne se dégrade pas, ou très peu. C’est pourquoi il est nécessaire d’utiliser des techniques de dépollution pour en diminuer la concentration.
      Vous pouvez trouver des informations sur ce document de l’ADEME, sur les phytotechnologies au service de la dépollution des sols : https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/phytotechnologies-ademe-2013-1463054029.pdf
      Nous vous souhaitons une bonne journée,
      L’équipe Santé sur le Net

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