Allergies alimentaires : vigilance accrue durant les repas de fêtes

Par |Publié le : 26 janvier 2026|Dernière mise à jour : 23 janvier 2026|5 min de lecture|

Repas plus riches, ingrédients inhabituels, plats « exceptionnels » que l’on ne mange qu’une fois par an… Les fêtes de fin d’année réunissent toutes les conditions pour augmenter le risque de réactions allergiques. Pour le Dr Maxime Hosotte, allergologue à l’Hôpital Privé Nancy-Lorraine, cette vigilance renforcée n’est pas anodine : les fêtes exposent davantage à des aliments nouveaux ou rarement consommés, ce qui peut révéler une allergie jusque-là silencieuse.

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Lorsque les repas de fête s’invitent à table, ils s’accompagnent souvent de produits que l’on ne consomme qu’exceptionnellement. Et cette rupture d’habitude n’est pas sans conséquence. « Il n’y a pas d’études chiffrées très précises, mais oui, les repas de fête sont plus pourvoyeurs de réactions allergiques. Tous les allergologues le constatent », confirme le Dr Maxime Hosotte. L’explication réside dans l’exposition à de nouveaux aliments : « Le seul moment où on va manger des escargots, c’est à Noël. Les huîtres, ce n’est pas quelque chose qu’on mange toutes les semaines. »

Ce changement ponctuel suffit à déclencher une réaction chez certaines personnes non diagnostiquées. « On sort de ses habitudes et la rencontre avec un aliment nouveau est plus propice à déclencher une allergie », résume le spécialiste. Les fêtes ne créent pas l’allergie, mais elles augmentent la probabilité de la révéler.

Fruits de mer, escargots, épices : les aliments les plus à risque

Certains aliments emblématiques de Noël concentrent davantage de réactions. Les “fruits de mer”, terme large utilisé par le grand public, regroupent en réalité deux familles : les crustacés et les mollusques. « Les huîtres, moules, crevettes, gambas… ce sont des aliments qui provoquent très souvent des réactions », détaille le Dr Hosotte. Les escargots, rarement consommés en dehors des fêtes, figurent également parmi les causes connues de réactions, parfois via des mécanismes de cross-réactivité.

Les préparations festives incluent aussi de nombreux ingrédients exotiques ou plus complexes qu’à l’accoutumée : cacahuètes dans les apéritifs, épices, condiments, marinades, sauces plus riches. « C’est vraiment le contexte exceptionnel qui augmente le risque : on veut se faire plaisir, on mange différemment, et l’aliment “exceptionnel” peut provoquer une allergie exceptionnelle », souligne l’allergologue.

Comment recevoir une personne allergique sans risque ?

En contexte familial, la prévention passe d’abord par la communication. « La première chose, c’est de demander s’il y a des allergies alimentaires. Mais en réalité, dans le contexte privé, c’est surtout à la personne allergique de prévenir : “Je suis désolé, je suis allergique à tel aliment” », explique le Dr Hosotte.

Toute la difficulté réside dans le degré de sévérité : certaines personnes ne réagiront qu’avec une gêne légère ; d’autres peuvent présenter des réactions rapides et potentiellement sévères. « Ce sont deux mondes totalement différents », rappelle-t-il.

Un point crucial : prévenir au dernier moment est dangereux. Une allergie annoncée juste avant de passer à table ne laisse pas le temps d’adapter le menu. « À ce moment-là, il est trop tard. On va enlever un ingrédient “au dernier moment”, mais ça ne marche pas. Il faut prévenir en amont. »

Du picotement à l’urgence vitale : reconnaître les symptômes

Une réaction allergique peut se manifester de façon très variable. « Une allergie alimentaire peut provoquer un simple picotement dans la bouche, ce qu’on appelle un syndrome oral, mais elle peut aussi entraîner un décès. On peut mourir d’une allergie alimentaire », rappelle le Dr Hosotte.

Même si les formes graves sont rares, elles imposent une conduite à tenir sans ambiguïté. « Le premier réflexe, c’est d’appeler le Samu », insiste-t-il. Ce sont les médecins régulateurs qui déterminent la conduite à tenir, y compris l’envoi ou non d’une équipe sur place. Pour les patients diagnostiqués, la règle est encore plus claire : « Le repas de Noël, c’est LE repas où il faut avoir sa trousse d’urgence. »

Les accidents les plus sévères surviennent souvent lorsque le traitement n’est pas disponible ou lorsque l’entourage tente de se rendre à l’hôpital par ses propres moyens, perdant un temps précieux.

Et en cas de première réaction ?

Les choses se compliquent lorsque la personne n’a jamais été diagnostiquée. Sans trousse d’urgence, l’évaluation doit être rapide et prudente. En cas de doute, le Samu doit être contacté. « Les antihistaminiques peuvent parfois être présents dans la maison, mais ce n’est pas un message d’automédication à promouvoir. Il faut se méfier », prévient le Dr Hosotte.

Après l’épisode, un bilan allergologique est indispensable. « Ces symptômes ne doivent jamais rester inexpliqués. Il faut consulter pour dire si oui ou non il s’agit d’une allergie, dire à quoi, et dans quelles proportions. »

Allergie ou simple réaction à l’histamine ?

Il est important de ne pas confondre allergie vraie et réaction liée à l’histamine. Certains aliments festifs — saumon, charcuterie, fromages, champagne — en contiennent naturellement. « L’histamine, c’est le médiateur biologique des allergies. Donc si vous en mangez, vous pouvez avoir des symptômes qui ressemblent à une allergie : rougeurs, bouffées de chaleur… », explique le spécialiste.

Si plusieurs convives présentent des symptômes simultanément, l’allergie est hautement improbable. « Si quinze personnes tombent malades en même temps, on sait que ce n’est pas une allergie. »

Même si le risque augmente, les services allergologiques ne font pas face à un afflux massif. « On a l’impression qu’il y en a plus, mais on ne peut pas parler de pic. Ce n’est pas une période où les urgences sont engorgées », nuance le Dr Hosotte. La meilleure prévention reste donc l’information, l’anticipation… et la trousse d’urgence pour les personnes concernées.

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Peggy Cardin
Peggy Cardin
Journaliste spécialisée en santé
Peggy Cardin-Changizi Journaliste spécialisée en santé depuis plus de vingt ans. Elle traite des sujets de prévention, de santé publique et de médecine au quotidien, avec pour objectif de rendre l'information médicale claire, fiable et accessible à tous. Rédige un contenu scientifique fiable avec des sources vérifiées en respect de notre charte HIC.