Anorexie mentale : découverte de 8 gènes de susceptibilité

Aug 5, 2019 par

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire qui touche près de 4% des femmes et 0,3% des hommes. Pour améliorer la prise en charge des patients, souvent adolescents, les scientifiques tentent de comprendre les origines et le mécanisme de mise en place de la maladie. Une équipe internationale vient de révéler que certaines versions de 8 gènes seraient impliquées dans son développement. Focus sur les résultats de ces travaux publiés dans la revue Nature Genetics.

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L’anorexie mentale : une pathologie psychiatrique, mais aussi métabolique

L’anorexie mentale ne serait pas seulement une maladie relevant de la médecine psychiatrique, mais aussi un trouble du comportement alimentaire provoqué par un dysfonctionnement du métabolisme énergétique.

À savoir ! Le métabolisme énergétique est l’ensemble des réactions chimiques nécessaires pour maintenir un équilibre entre la dépense énergétique et l’apport énergétique d’un individu. La plupart de ces réactions ont lieu dans les cellules de l’organisme

Pour mener à bien ce projet, des chercheurs encadrés par Cynthia Bulik de l’université de Caroline du Nord aux Etats-Unis et de l’Institut Karolinska de Stockholm en Suède ont analysé les données génétiques de 16 992 patients touchés par l’anorexie mentale et celles de 55 525 personnes en bonne santé (groupe témoin).

En comparant les spécificités génétiques des deux groupes, les chercheurs ont mis en évidence que les personnes anorexiques possédaient plus fréquemment certaines mutations sur huit gènes.

Ces huit gènes répartis sur les chromosomes 1,2,3,5, 10 et 11 étaient associés à :

  • Des troubles psychiatriques comme la schizophrénie, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), la dépression ou l’anxiété.
  • Au métabolisme énergétique comme la résistance à l’insuline, l’activité physique, le diabète de type 2, le métabolisme du cholestérol HDL;
  • Des spécificités anthropométriques (particularités dimensionnelles d’un individu comme l’Indice de Masse Corporelle, la circonférence de la taille, la prédisposition au surpoids et à l’obésité etc.)

“Les variants génétiques identifiés sont en bonne partie associés à des fonctions métaboliques de base. Ainsi, les personnes anorexiques posséderaient un métabolisme qui les rendrait moins susceptibles au diabète de type 2 ou à l’obésité, et plus enclines à l’activité physique. La manière dont le corps gère ses stocks d’énergie pourrait donc être impliquée dans le développement et le maintien de l’anorexie commente le Pr Gorwood, psychiatre au centre hospitalier Sainte-Anne à Paris et co-auteur de l’étude sur le site internet du Figaro Santé.

En mettant en lumière la composante génétique et métabolique de l’anorexie mentale, les chercheurs en santé mentale et les cliniciens vont pouvoir appréhender l’anorexie mentale en tant que trouble psychiatrique mais aussi, génétique et métabolique.

Des résultats très prometteurs pour mieux lutter contre ce trouble alimentaire

Avec ces résultats, il est désormais plus facile d’émettre des hypothèses sur les causes de survenue de la maladie et de se demander si une restriction alimentaire ponctuelle ne pourrait pas modifier ces gènes de susceptibilité et favoriser la survenue de l’anorexie mentale. D’autres études cliniques devront être mises en place pour étudier ce lien possible.

“Le trouble physique nourrit le trouble psychiatrique et inversement : c’est un cercle vicieux” précise au Figaro Santé le Pr Pierre Déchelotte, psychiatre au CHU de Rouen et chercheur à l’INSERM (Institut Nationale de Santé et de Recherche Médicale).

Ainsi, l’anorexie mentale sera désormais considérée à la fois comme une pathologie strictement psychiatrique et comme une maladie ayant des facteurs de susceptibilité génétique relevant du métabolisme influencé par un évènement particulier de la vie (stress, régime alimentaire, dépression, décès d’un proche, échecscolaireou peines de coeur etc.). Cette relation entre l’environnement et le génome est l’épigénétique.

À savoir ! Les modifications épigénétiques sont des modifications de l’activité des gènes n’impliquant pas des modifications de l’ADN (comme les mutations). Ces modifications, induites par l’environnement, sont réversibles et transmissibles lors de la division cellulaire.

Pour les chercheurs, ces résultats sont très encourageants pour envisager des futurs protocoles de prévention et de prise en charge de l’anorexie mentale.

Julie P., Journaliste scientifique

– L’anorexie, une maladie qui n’est pas que dans la tête. Le Figaro Santé. E.Allier. Consulté le 31 juillet 2019.
– Genome-wide association study identifies eight risk loci and implicates metabo-psychiatric origins for anorexia nervosa. INSERM. Consulté le 31 juillet 2019.

Julie P.
Journaliste scientifique.
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