Le rôle de l’appendice dans la maladie de Parkinson

Dec 6, 2018 par

En apparence, difficile de trouver un lien entre l’appendice du tube digestif et la maladie de Parkinson. Pourtant, des études scientifiques récentes suggèrent que l’appendice pourrait jouer un rôle important dans le développement de la maladie neurodégénérative.

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Appendice et maladie de Parkinson

L’appendice du tube digestif est connu de tous pour l’appendicite aigüe dont il peut être le siège et qui nécessite le plus souvent une intervention chirurgicale. Mais quel peut être le lien entre l’appendice et la maladie de Parkinson ?

Deux récentes études épidémiologiques, publiées dans la revue scientifique Science Translational Medicine, suggèrent que l’appendice pourrait jouer un rôle dans la survenue de la maladie neurodégénérative. Dans une première étude, des chercheurs suédois ont mis en évidence que les personnes ayant subi une appendicectomie (ablation de l’appendice) à un âge plus jeune présentaient un risque réduit de 20 % de développer une maladie de Parkinson. Dans une seconde étude américaine, des chercheurs ont montré que la maladie de Parkinson survenait en moyenne 3,6 ans plus tard, chez les personnes ne possédant plus d’appendice, par rapport aux personnes n’ayant pas subi d’appendicectomie.

Ces travaux renforcent l’intérêt croissant des chercheurs pour les thérapies gastro-intestinales dans la prévention et le traitement de la maladie de Parkinson.

Des amas de protéines, de l’appendice jusqu’au cerveau

Par ailleurs, les chercheurs ont découvert des amas de protéines dans les tissus nerveux de l’appendice de patients atteints de maladie de Parkinson. Selon les chercheurs, ces amas de protéines seraient en réalité présents dans l’appendice de tous les individus, qu’ils soient ou non atteints de la maladie neurodégénérative et quel que soit leur âge. Mais chez les personnes malades, ces amas seraient capables de se propager jusqu’au cerveau, grâce au nerf vague. Dans le cerveau, ces amas de protéines, connus sous le nom de corps de Lewy, seraient neurotoxiques et donc responsables du développement de la maladie neurodégénérative.

De plus, l’analyse poussée des amas de protéines a permis de montrer que, chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, les amas renfermaient une forme tronquée de protéine, capable de s’agglutiner plus rapidement. L’existence de cette forme tronquée pourrait constituer un facteur de risque de la maladie.

Parallèlement, si la maladie de Parkinson est à l’origine de troubles moteurs bien connus, cette pathologie entraîne également d’autres symptômes, parmi lesquels des problèmes gastro-intestinaux, qui surviennent souvent plusieurs années avant l’apparition des premiers troubles moteurs.

Faut-il retirer systématiquement l’appendice ?

L’appendice est une structure importante de l’appareil gastro-intestinal. Il stimule la réponse immunitaire au niveau intestinal et participe à la régulation des bactéries et des agents pathogènes présents dans les intestins. Parallèlement, il sert de lieu de stockage pour les bactéries intestinales.

A l’issue des deux études, les chercheurs ne préconisent pas une appendicectomie systématique, comme moyen de prévention de la maladie de Parkinson. De toute façon, retirer l’appendice ne permet pas de se prémunir totalement de cette maladie.

En revanche, l’appendice pourrait constituer l’un des sites d’initiation possibles de la maladie de Parkinson, les autres sites restant à découvrir. Sans avoir recours à une appendicectomie systématique, les chercheurs concentrent désormais leurs efforts sur trois aspects :

  • Contrôler la formation excessive d’amas de protéines dans l’appareil digestif ;
  • Comprendre la formation et le rôle des formes tronquées de protéines dans les amas ;
  • Enrayer la migration des amas protéiques de l’appareil digestif vers le cerveau.

De tels résultats révèlent l’intérêt de mieux comprendre le lien entre le système digestif et le cerveau, pour mieux prévenir et lutter contre la maladie de Parkinson.


Estelle B. / Docteur en Pharmacie

The vermiform appendix impacts the risk of developing Parkinson’s disease. Killinger, B.A. and al. 2018. Science Translational Medicine 10(465): eaar5280. DOI: 10.1126/scitranslmed.aar5280.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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