Des bactéries qui résistent aux gels hydro-alcooliques ?!

Sep 27, 2018 par

Depuis quelques années, nombreux sont ceux qui ont pris l’habitude d’utiliser régulièrement des gels hydro-alcooliques, notamment lorsqu’ils ne peuvent pas se laver les mains. Ces solutions antiseptiques, notamment les gels hydro-alcooliques également très utilisées en milieu hospitalier revendiquent d’éliminer la quasi-totalité des agents infectieux (bactéries, virus, …). Pourtant, une récente étude australienne dévoile l’existence d’une bactérie, qui échapperait au pouvoir désinfectant de l’alcool contenu dans ces produits.

gels hydro-alcooliques

Des septicémies à Enterococcus faecium

Depuis quelques années, l’utilisation des solutions hydro-alcooliques s’est considérablement développée. Autrefois cantonnés à la désinfection des mains en milieu hospitalier, ces gels antiseptiques envahissent de plus en plus notre quotidien et nous sommes clairement incités à les utiliser pour prévenir les infections.

Ces gels hydro-alcooliques, à base d’alcool (70 %) et d’une solution aqueuse, sont conçues pour éliminer de la surface des mains la quasi-totalité des germes. Pourtant, une récente étude australienne semble indiquer qu’une bactérie aurait, au fil des années, développé une tolérance à l’alcool.

Dans cette étude, publiée en 2018 dans la revue scientifique Science Translational Medicine, les chercheurs ont recueilli, entre 1997 et 2015, 139 souches d’une espèce de bactérie, Enterococcus faecium, dans deux hôpitaux australiens. Cette bactérie appartient au microbiote intestinal (ou flore intestinale) et n’entraîne pas d’infection dans les conditions normales. Chez des personnes affaiblies ou venant de recevoir des soins, elle peut en revanche provoquer des infections nosocomiales. Elle constitue ainsi en Europe la cinquième cause de septicémies (infection généralisée), des infections d’autant plus graves que cette bactérie est souvent résistante à plusieurs catégories d’antibiotiques.

Une bactérie de plus en plus tolérante à l’alcool

Toutes les souches bactériennes recueillies ont été testées sur des dilutions croissantes d’alcool. Ces expériences ont mis en évidence que les souches postérieures à 2009 supportaient significativement mieux l’alcool que les souches antérieures à 2004. Parallèlement, les cas d’infections nosocomiales liées à la bactérie avaient significativement augmenté. Une grande variabilité de tolérance à l’alcool était également notée entre les souches. Les bactéries les moins sensibles à l’alcool présentaient par ailleurs des mutations génétiques particulières.

Ces résultats ont pu ensuite être reproduits sur un modèle de souris porteuse de la bactérie Enterococcus faecium. Après le nettoyage de la cage des souris avec une solution hydro-alcoolique, des bactéries restaient présentes et étaient capables d’infecter des souris initialement non porteuses de la bactérie.

Cette étude australienne suggère que la bactérie Enterococcus faecium devient de plus en plus tolérante à l’alcool (isopropanol) contenu dans les solutions hydro-alcooliques. Le développement important de ces solutions antiseptiques, y compris dans la vie courante, au cours des dernières années pourrait expliquer un tel phénomène.

D’autres solutions pour désinfecter les mains : gels hydro-alcooliques

Suite à la parution des résultats de cette étude, la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SFHH) a tenu à souligner que les bactéries décrites dans l’étude ne sont pas devenues résistantes à l’alcool des gels hydro-alcooliques, mais seulement plus tolérantes. Les solutions hydro-alcooliques restent le meilleur moyen de prévenir la transmission d’agents infectieux par les mains, à l’hôpital comme en ville.

Toutefois, de tels résultats laissent entrevoir que des agents infectieux pourraient devenir de plus en plus tolérants à ce mode de désinfection des mains. Des chercheurs australiens travaillent ainsi à développer de nouvelles techniques. Certaines huiles essentielles pourraient ainsi être utilisées, comme l’arbre à thé (Tea tree).

Introduites à l’hôpital au début des années 2000 pour remplacer le traditionnel lavage des mains au savon, les solutions hydro-alcooliques ont d’ores et déjà permis de réduire la transmission manuelle des germes. Les soignants ont pris l’habitude de ce geste simple qui ponctue leur journée. La possibilité que des agents infectieux puissent échapper au pouvoir désinfectant de ces solutions doit néanmoins être prise en compte pour développer rapidement des alternatives efficaces.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Increasing tolerance of hospital Enterococcus faecium to handwash alcohols. Pidot, Sacha J. and al. 2018. Science Translational Medicine 10(452) : eaar6115. DOI: 10.1126/scitranslmed.aar6115.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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