Comment l’alcool favorise l’apparition du cancer ?

Jan 12, 2018 par

L’alcool est un facteur de risque important dans l’émergence de certains cancers. En France, il serait responsable de 10 % des décès par cette maladie, soit plus de 15 000 personnes par an. Par quel mécanisme l’alcool induit la formation de cellules cancéreuses ? Une nouvelle étude menée par des chercheurs britanniques vient de révéler comment l’acétaldéhyde, le produit de dégradation de l’alcool, endommage l’ADN de nos cellules souches du sang. Zoom sur les travaux et sur les implications thérapeutiques de cette découverte.

Alcool et cancer

L’alcool endommage l’ADN des cellules souches du sang

A l’heure actuelle, on sait qu’une consommation d’alcool, excessive ou modérée, est en lien direct avec la survenue de 7 différents types de cancer dont ceux ciblant la bouche, l’œsophage, le pharynx, le larynx, le foie, les seins ou encore le colon et le rectum.

Les travaux du groupe de Ketan Patel du laboratoire de Biologie Moléculaire du campus biomédical de Cambridge et de l’université de Cambridge, en Angleterre, a déjà révélé que :

  • Les aldéhydes – les produits de dégradation de l’alcool- peuvent endommager l’ADN de cellules en culture ;
  • Les cellules se défendent contre ces aldéhydes toxiques en utilisant soit des enzymes qui éliminent ces aldéhydes, soit un mécanisme de réparation de l’ADN qui corrige les dommages causés.

À savoir ! Une fois ingéré, l’éthanol, présent dans les boissons alcoolisées, est dégradé au niveau des cellules du foie, les hépatocytes. Ce catabolisme fait intervenir deux étapes : l’éthanol est transformé en acétaldéhyde puis en acétate.

Dans la suite logique de ces travaux, le groupe de Ketan Patel et celui de l’Institut Wellcome trust Sanger de Cambridge se sont associés pour étudier de près ces mécanismes cellulaires chez des souris modifiées génétiquement afin d’être dépourvue de l’enzyme éliminant l’acétaldéhyde (aldéhyde deshydrogénase ALDH2) et du mécanisme de réparation de l’ADN.

Les chercheurs ont observé les effets de l’acétaldéhyde sur les cellules souches du sang car elles peuvent facilement être multipliées pour l’analyse de leur ADN.

À savoir ! Les cellules souches sanguines ou cellules souches hématopoïétiques, retrouvées dans le sang et la moelle osseuse, sont des cellules immatures qui peuvent se différencier en plusieurs types de cellules sanguines comme les hématies (globules rouges), les plaquettes ou les leucocytes. Une accumulation de dommages non réparés dans ces cellules souches est à l’origine de l’apparition de tumeurs malignes.

En exposant ces souris à de l’alcool dilué pendant une dizaine de jours, les chercheurs se sont aperçus que leurs cellules souches sanguines mouraient et que, par conséquent, elles ne produisaient plus de cellules sanguines.

En séquençant le génome de ces cellules, les chercheurs ont observé que leur ADN était endommagé et que ces mutations étaient responsables de leur mort.

« Nous avons constaté d’énormes quantités de dommages à l’ADN dans ces cellules. Des morceaux d’ADN ont été supprimés, des morceaux ont été brisés et nous avons même vu des parties de chromosomes déplacées et réarrangées », a déclaré Ketan Patel dans un communiqué de presse de l’université de Cambridge.

Plus précisément, ils ont réussi à trouver que c’est l’activation du gène codant pour la protéine p53 qui a induit leur mort cellulaire.

À savoir ! La protéine p53 se lie à l’ADN et favorise l’expression des gènes qui réparent les dommages cellulaires. C’est un facteur suppresseur de tumeur, qui empêche la cellule de se transformer en cellule cancéreuse. Elle peut, si besoin, provoquer la mort cellulaire. Quand p53 est mutée, il existe un risque accru que la cellule se transforme en cellule cancéreuse.

Pour aller plus loin, les chercheurs ont répété l’expérience sur des souris ayant, en plus, un gène p53 inactivé.

Les observations ?

L’exposition à l’aldéhyde a permis à la plupart des cellules souches du sang endommagées de survivre. Cependant, cela n’a pas modifié l’intensité de l’instabilité du génome dans les cellules souches individuelles.

Ainsi, la protéine p53 limite la transmission des mutations induites par l’aldéhyde dans les cellules souches en déclenchant leur mort cellulaire.

Vers de nouvelles thérapies pour réparer les cellules endommagées ?

Cette nouvelle découverte a plusieurs implications pour la prévention des cancers provoqués par l’alcool et la future prise en charge des patients atteints de pathologies liées à l’alcool.

Concernant la prévention, les auteurs avancent que les personnes qui ne fabriquent pas ou en quantité limitée l’enzyme aldéhyde déshydrogénase (ALDH2), peuvent être plus à risque de développer des mutations génétiques causées par la consommation d’alcool. Il serait alors possible, selon chaque profil individuel en ALDH2, de mesurer le risque aggravé de survenue d’un cancer lié à l’alcool.

Ces travaux fournissent une explication sur la manière dont l’alcool cause des dommages génétiques aux cellules souches du sang et agit comme un cancérogène humain.

L’équipe prévoit désormais d’étudier pourquoi la consommation d’alcool est liée spécifiquement à certains cancers. Et comprendre, par exemple, pourquoi les buveurs excessifs d’alcool n’ont pas obligatoirement un risque accru de développer des cancers du sang.

Julie P., Journaliste scientifique

– How does alcohol cause cancer? Medical News Today. Tom Newman. Le 4 janvier 2018.
– Uncovering how alcohol-derived metabolites damage the genome of stem cells. MRC Laboratory of Molecular Biology- News and Events. Le 4 janvier 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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