La dépendance à l’alcool La triade de l’addiction à l’alcool La prise en charge thérapeutique de l’alcoolodépendance S’orienter en cas de troubles liés à l’alcool

L’alcool ou alcool éthylique est une substance psychoactive issue de la fermentation ou de la distillation de fruits ou de grains riches en sucres. À ce titre, l’alcool est capable de modifier le comportement, les humeurs et les perceptions de ses utilisateurs.

De plus, l’alcool est un produit psychoactif dont l’utilisation chronique (sur une longue période) peut entraîner une dépendance, on parlera alors d’alcoolodépendance ou d’éthylisme chronique.

dépendance à l'alcool

La dépendance à l’alcool

L’alcoolodépendance est définie comme une addiction à l’alcool, c’est-à-dire le besoin, l’envie compulsive, la nécessité pour une personne de boire de l’alcool associés à l’incapacité pour le sujet d’assurer ses tâches quotidiennes. Cependant, tous les consommateurs d’alcool ne sont pas dépendants à cette substance. On discerne plusieurs usages allant de l’usage simple à la dépendance. Pour chacun de ces usages, il existe une approche de prévention afin d’éviter que le consommateur ne rentre dans une phase d’alcoolodépendance.

Le non-usage

Le non-usage ou abstinence est défini comme l’absence de consommation d’alcool. Il peut être de deux types :

  • Primaire : quand c’est un non-usage initial (enfants, adolescents) ou un choix durable à définitif ;
  • Secondaire : lorsqu’une personne s’abstient de toute consommation après une période de mésusage.

L’usage simple

equivalences-boissons-alcooliseesL’usage simple ou usage à faible risque se définit par une consommation à la fois sans événement indésirable pour la santé et inférieure aux seuils recommandés en France. L’unité de mesure permettant de définir des seuils de risque est le verre standard. Il correspond à une quantité d’alcool pur de 10 grammes, soit approximativement 10 cl de vin, 25 cl de bière ou 3 cl d’alcool à 40 % vol. En France, les seuils retenus sont :

  • Jamais plus de 4 verres standards par occasion pour l’usage ponctuel ;
  • Pas plus de 21 verres standards par semaine pour l’usage régulier chez l’homme, soit pas plus de 3 verres par jour ;
  • Pas plus de 14 verres standards par semaine l’usage régulier chez la femme, soit pas plus de 2 verres par jour ;
  • Au moins un jour sans consommation.

À savoir ! Les seuils recommandés sont facilement mémorisables par la règle du 2-3-4-0 ! Correspondant à pas plus 2 verres pour les femmes, 3 pour les hommes, 4 ponctuellement et 0 pour un jour sans consommation.

C’est auprès de cette population usagère simple, représentant la majorité des Français, que sont mises en place des mesures de prévention afin que les personnes ne rentrent pas dans un mésusage de l’alcool. On peut notamment citer les campagnes de publicités télévisuelles sur l’alcool et le travail ainsi que les campagnes de prévention routière. Les établissements de santé publique cherchent par ce type de prévention à alerter les consommateurs simples d’alcool sur les dangers et les conséquences négatives d’une éventuelle surconsommation.

Le mésusage

Le mésusage rassemble tous les types d’usages qui entraînent des conséquences néfastes ou négatives pour son utilisateur. Par définition, le mésusage de l’alcool comprend l’usage à risque et la dépendance à l’alcool.

Lorsqu’une personne adopte un comportement de mésusage, on a recours à une autre démarche pour le sensibiliser : la Réduction des Risques (RdR). La RdR a pour vocation de limiter les conséquences de la consommation d’alcool à court et à long terme. Cette démarche de santé publique, ne cherche pas à dissuader les personnes de consommer mais à les avertir sur les risques et les conduites liés à cette consommation. Un exemple de RdR peut-être la mise à disposition de matériel comme des éthylotests dans les boîtes de nuit pour diminuer la mortalité sur la route liée à la consommation d’alcool.

L’usage à risque

schéma alcoolodependance
C’est la forme la moins sévère de mésusage. L’usage a risque ne donne pas de symptômes mais il est susceptible d’induire des dommages à plus ou moins long terme. Le risque est cumulatif, c’est-à-dire que plus l’usage d’alcool dans le temps est long et plus le consommateur s’expose à des dommages corporels ou psychologiques. De plus, l’usage à risque entraîne également des conséquences immédiates et peut devenir nocif dans le cas de conduites à risque :

  • Conduite de véhicule ;
  • Au poste de travail ;
  • Consommation associée à d’autres produits psychoactifs ;
  • En cas de maladie chronique ;
  • En cas de grossesse ou de manque de sommeil.

Les usages à risque font l’objet de mesure de réduction des risques, pour limiter les conséquences de cette consommation sur la santé.

L’usage nocif


L’usage nocif d’alcool est caractérisé par une consommation induisant des dommages réparables au niveau du corps, de la psyché et de l’environnement social. A ce stade, l’usager d’alcool peut moduler sa consommation en fonction du contexte et l’arrêter s’il le désire. Cependant à ce niveau d’usage, il est possible d’être en difficulté pour arrêter sa consommation d’alcool. Les conséquences d’un usage nocif d’alcool concerne les consommateurs mais aussi les proches et les tierces personnes. Les conséquences d’un usage nocif peuvent être :

  • L’aggravation ou la survenue de problèmes personnels, psychologiques ou sociaux ;
  • Des difficultés à remplir les obligations au travail, dans les études ou dans la famille ;
  • Des problèmes judiciaires répétés liés à la consommation de la substance (violence, conduite en état d’ébriété) ;
  • Le mésusage d’alcool malgré la conscience de ses effets néfastes

L’usage avec dépendance


L’alcoolodépendance est un mode d’utilisation inadaptée de l’alcool conduisant à une souffrance physique et psychique ayant un fort retentissement sur la vie de l’usager. Les manifestations de la dépendance sont :

  • L’apparition d’une tolérance à l’alcool : qui signifie que le consommateur doit augmenter les doses d’alcool ingérées pour retrouver un effet similaire ;
  • L’apparition d’un syndrome de sevrage: à l’arrêt de la consommation d’alcool, c’est-à-dire « le manque physique » qui se traduit par l’apparition de symptômes comme de l’anxiété, des sueurs, une agitation, de la confusion, des insomnies, des tremblements et des convulsions. Un syndrome de sevrage alcoolique peut être mortel chez des patients très alcoolodépendants ;
  • Une grande perturbation des activités sociales, professionnelles et des loisirs à cause de l’alcool ;
  • Un désir persistant pour l’alcool associé à des efforts infructueux pour contrôler l’utilisation de la substance ;
  • L’usager alcoolodépendant consacre une grande partie de son temps dans la recherche de la substance et à consommation de l’alcool ;
  • La prise d’alcool est poursuivie bien que le consommateur ait conscience des conséquences négatives pour sa santé et son environnement.

dépendance à l'alcoolUn sujet alcoolodépendant ne peut pas contrôler sa consommation. En effet, la dépendance psychologique (craving) reflétée par le besoin compulsif de prendre de l’alcool couplé à la dépendance physique traduite par le syndrome de sevrage, conduit à une impossibilité pour le consommateur d’alcool de stopper sa consommation de manière brutale. C’est pour cette raison que l’alcoolodépendance nécessite une prise en charge médicale.

Des soins particuliers et adaptés prenant en compte à la fois la dépendance physique et psychologique doivent être mis en place. La prise en charge d’une addiction comme l’alcoolodépendance nécessite une approche pluridisciplinaire et globale afin de pouvoir traiter l’ensemble des composantes de la dépendance.

La triade de l’addiction à l’alcool

La compréhension de l’alcoolodépendance doit prendre en compte trois composantes majeures associées entre elles (triade) que sont : le produit (l’alcool), l’environnement et l’individu. C’est une démarche essentielle en addictologie, car un médicament seul ne peut pas régler tous les problèmes de l’alcoolodépendance. Les facteurs sociaux comme les habitudes de consommation en groupe ou en famille sont aussi importants que les propriétés addictives propres à l’alcool.

De plus, la France est le pays consommant le plus de vin au monde et où l’alcool fait partie intégrante de la culture nationale, ce qui a tendance à retarder le diagnostic et l’entrée dans la prise en charge de l’alcoolodépendance. Par ailleurs, chaque individu en fonction de son patrimoine génétique et de son vécu aura plus ou moins de prédispositions à rentrer dans un usage dépendant de l’alcool. Enfin, l’alcool est une substance psychoactive particulière, la dépendance à l’alcool est souvent longue à se mettre en place, mais c’est aussi une des addictions les plus difficiles à contrôler du fait de l’important nombre de paramètres à gérer afin de pouvoir la traiter.

Les effets de l’alcool

L’alcool est une substance psychoactive ayant des effets sédatifs au même titre que des substances comme l’héroïne ou les benzodiazépines. Ces effets dépresseurs sur le cerveau sont associés à une altération du jugement de l’utilisateur et à une levée d’inhibitions. C’est pour cette raison que l’alcool peut être responsable de conduites et/ou de comportements à risque comme : des agressions, des violences familiales, des rapports sexuels à risque, la conduite en état d’ébriété et des suicides. Une partie des décès et troubles liés à l’alcool résultent de ces conduites à risque. L’alcool est responsable de près d’1/4 des décès chez les 18-24 ans et d’1/3 des accidents mortels en voiture.

Les effets immédiats de l’alcool

Consommation abusive d'alcoolL’alcool a des effets qui sont dépendants de la dose ingérée :

  • A faible dose : l’alcool procure un effet légèrement sédatif et euphorisant. Il est aussi désinhibant (libération de la parole, sensation de liberté sociale), ce qui est perçu comme un état de liberté et qui augmente les échanges ;
  • A plus forte dose : l’alcool peut provoquer l’ivresse, c’est-à-dire un état d’imprégnation alcoolique avancée.
    L’ivresse se traduit le plus souvent par :

    • Une perte de coordination des mouvements ;
    • Une perte de l’équilibre ;
    • Une diminution accrue de la vigilance ;
    • Une augmentation du temps de réaction ;
    • Des troubles de la mémoire ;
    • Un état de somnolence ;
    • Altération du comportement ;
  • À très forte dose : l’alcool peut provoquer un coma éthylique. C’est la manifestation d’une intoxication sévère à l’alcool entraînant une chute de la tension artérielle associée à une baisse de la température corporelle. De plus, le coma éthylique abolit le réflexe vomitif ce qui en fait une affection potentiellement mortelle nécessitant une prise en charge médicale d’urgence.

À savoir ! Adopter les bons réflexes ! Trois mesures simples peuvent éviter une grande partie des décès par coma éthylique :

  • La mise en position latérale de sécurité (PLS) : qui garde ouverte les voies aériennes supérieures et limite le risque d’inhalation des vomissements;
  • Le maintien de la température corporelle de personne en coma éthylique évite le risque d’hypothermie ;
  • L’appel des secours ( 18 : pompier, 15 : SAMU) devant ce stade d’intoxication sévère à l’alcool.

Les effets à long terme de l’alcool

cirrhose du foie

Lésions irréversibles et diffuses du foie


L’alcool est un produit ayant une toxicité propre qui altère l’organisme au cours du temps. De nombreux effets de l’alcool concernent le foie, car c’est l’organe qui filtre et élimine l’alcool de l’organisme. Le foie possède d’importantes capacités de régénération, mais une exposition trop importante et pendant une longue période est responsable de maladies hépatiques (maladies qui touchent le foie).

  • L’alcool est une substance psychoactive entraînant une dépendance ;
  • L’alcool entraîne une altération du système digestif avec :
      • La cirrhose alcoolique : correspond à un ensemble de lésions irréversibles et diffuses du foie. Dans cette maladie, les tissus hépatiques sont remplacés par de la fibrose qui déforme l’architecture du foie et forme des nodules. Lorsque le foie est cirrhotique, il ne peut plus assurer normalement ses fonctions. Une cirrhose hépatique est toujours définitive et ne régresse pas. De plus, un foie cirrhotique est un facteur très prédisposant à d’autres maladies comme le cancer du foie.
    • La stéatose alcoolique : qui correspond à une accumulation de graisses dans le foie. Si le foie doit éliminer des quantités trop importantes d’alcool au cours du temps, il va stocker une partie des graisses et devenir « un foie gras ». Cette transformation hépatique est responsable d’une insuffisance hépatique qui a pour conséquence d’importants troubles dans tout l’organisme (sur la digestion, la coagulation, la nutrition, le diabète).
    • Une hépatite aiguë alcoolique : qui correspond à une destruction massive et rapide des cellules du foie mettant en jeu le pronostic vital du patient à court terme.
    • Des gastrites : qui sont des inflammations chroniques de la paroi de l’estomac. Cette maladie peut-être responsable d’importantes douleurs gastriques.
    • Des pancréatites : qui sont des inflammations aiguës du pancréas amenant à sa destruction irréversible. Les pancréatites aiguës sont aussi des urgences médicales mettant en jeu le pronostic vital du patient.
  • L’alcool et les troubles psychiatriques :
    • Dépression
    • Anxiété sévère et chronique
    • Troubles comportementaux
    • Confusions, délires, convulsions
  • L’alcool et le cerveau : 50 % des personnes alcoolodépendantes présentent des troubles dits « cognitifs » (perte de la mémoire, altération de la parole, perte de contrôle du mouvement) qui sont les signes d’une atteinte des tissus du cerveau. Certaines pathologies neurologiques sont très caractéristiques d’une intoxication chronique à l’alcool:
    • Le syndrome de Korsakoff : définit par une perte massive de matière grise (neurones) au niveau du cerveau. Cette altération est causée par un déficit important en vitamine B1 qui est une vitamine essentielle au fonctionnement neuronal et qui est utilisé en grande quantité pour éliminer l’alcool au niveau du foie.
    • Une polynévrite alcoolique : l’éthylisme chronique peut provoquer une inflammation et une détérioration des nerfs de l’organisme, ce qui cause d’importantes douleurs au niveau des membres.
  • L’alcool et cancer : l’alcool est un facteur de risque important dans l’émergence de la quasi-totalité des cancers. On lui attribue près de 10 % des décès par cette maladie, soit plus de 15 000 personnes par an en France. Fait important, l’alcool augmente le risque de cancer dès la consommation d’un seul verre standard par jour et ceux pour tous les types de cancers. Les maladies tumorales retrouvées le plus souvent chez les patients alcoolodépendants sont :

La prise en charge thérapeutique de l’alcoolodépendance

L’alcoolodépendance de par ses causes multifactorielles nécessitent une démarche de soins globale pour le patient. Tous les aspects à la fois liés à l’individu, à son environnement et à l’alcool doivent être pris en compte, dans le but de maximiser l’efficacité du traitement. L’éthylisme chronique nécessite une prise en charge médicale du fait de la dépendance et d’un syndrome de sevrage très important et immédiat en cas d’interruption de consommation d’alcool. La démarche thérapeutique vise donc à prendre en compte tous ces aspects pour promouvoir l’acception du patient. Au cours des dernières décennies, la prise en charge a évolué et les professionnels de santé doivent se positionner dans une démarche d’orientation et d’accompagnement du patient tout en étant à l’écoute de ses choix.

prise en charge de l'alcoolodépendance

Les objectifs de la prise en charge thérapeutique

L’objectif principal de prise en charge de l’alcoolodépendance est l’amélioration de la qualité de vie globale de la personne. Cet objectif se décline sous plusieurs modalités comme l’amélioration de la santé physique, psychologique, sociale et professionnelle. La multitude des domaines et les compétences requises pour un traitement efficace et global nécessitent le concours de différents professionnels de santé comme les médecins addictologues, les médecins généralistes, les travailleurs sociaux, les infirmières, les associations de patients, le personnel pénitentiaire ou encore les pharmaciens.

L’amélioration de la qualité de vie des usagers alcoolodépendants passe par un changement important de la consommation d’alcool, que ce soit vers la réduction de la consommation ou l’abstinence. L’arrêt total de la consommation d’alcool a longtemps était considéré comme le seul objectif pour les personnes dépendantes, mais les récentes études montrent qu’une réduction de la consommation est un objectif tout à fait acceptable. Il a en effet été montré qu’une personne alcoolodépendante pouvait avoir une rémission stable sans abstinence.

Les nouvelles directives concernant les avantages de la réduction de la consommation d’alcool ont permis d’inclure un plus grand nombre de patients dans une démarche de soins. Malgré tout, l’abstinence reste l’objectif ayant démontré les meilleurs bénéfices pour les usagers souffrant d’éthylisme chronique.

Désormais dans le cas de l’alcoolodépendance, l’individu peut lui-même choisir soit un objectif de réduction de sa consommation soit un objectif d’arrêt définitif en étant informé et orienté par le médecin. Les professionnels de santé participent activement à cette prise de décision apportant une information médicale objective sur les bénéfices et les risque de chacune des options thérapeutiques.

À savoir ! Il a été montré scientifiquement qu’une imposition de traitement par le médecin dans le cadre de l’alcoolodépendance était très négative pour la réussite du traitement.

L’évaluation de l’individu

Préalablement à la mise en place de tout traitement, les personnes alcoolodépendantes sont soumises à différentes évaluations qui permettront d’établir le stade de sévérité d’alcoolodépendance. Chaque cas répond à des problématiques individuelles différentes qui pourront nécessiter le renforcement d’un ou plusieurs traitements. Par exemple, l’action sociale sur une personne en situation de précarité devra être fortifiée afin de maximiser les chances de rémission au mésusage de l’alcool. On distingue différents types d’évaluations avec :

  • L’évaluation addictologique : qui permet de mesurer les consommations moyennes d’alcool et la fréquence des jours de forte consommation. Ces paramètres seront comparés à des échelles de sévérité de la dépendance afin d’établir un niveau de sévérité de la dépendance. Par ailleurs, cette évaluation recherche systématiquement l’addiction à d’autres substances (tabac, cannabis, etc.) ainsi que d’éventuelles addictions comportementales comme celles aux jeux d’argent.
  • L’évaluation des paramètres du corps : qui recherche toutes les conséquences possibles des effets de l’alcool sur l’organisme. Plus particulièrement cette évaluation concerne :
    • Les troubles neurophysiologiques
    • Les carences nutritionnelles
    • Les maladies alcooliques du foie
  • L’évaluation psychiatrique : qui est essentielle, car près d’ 1 personne sur 3 avec une dépendance à l’alcool présente au cours de sa vie une affection psychiatrique. En particulier, les psychiatres recherchent des symptômes de dépression, d’anxiété sévère, de troubles bipolaires et de troubles de la personnalité.

Les professionnels de santé intègrent les informations relatives à tous ces bilans et peuvent proposer une intervention thérapeutique adaptée à la situation particulière de la personne alcoolodépendante. L’objectif principal restant d’améliorer au maximum la qualité de vie du patient.

Les interventions thérapeutiques

Les interventions thérapeutiques dans la dépendance à l’alcool prennent en compte les trois composantes de l’addiction (triade de l’addiction) afin d’avoir une démarche globale de soin, la plus efficace possible. De plus, les traitements sont adaptés à la sévérité de la dépendance. Par ailleurs, un des points fondamental de la prise en charge de l’éthylisme chronique est la relation de confiance qui doit être instaurée entre le patient et les soignants. Les professionnels de santé doivent être à l’écoute des problèmes exprimés par la personne et se doter d’une approche dénuée de tout jugement. Patient et soignant avancent ensemble pour traiter l’alcoolodépendance.

Différentes méthodes sont utilisées dans cet objectif :

  • Favoriser le soutien de l’entourage

C’est une démarche augmentant considérablement les chances que l’individu sorte de sa dépendance à l’alcool. Pour cela, le personnel soignant peut apporter aux proches des informations médicales sur le mésusage de l’alcool, l’associer à la discussion des objectifs et stratégies thérapeutiques. Enfin, il est important de souligner le fait que l’addiction crée un enfermement chez l’usager car le produit devient le point essentiel de sa vie et qu’inévitablement le lien avec ces proches est altéré. La réintroduction du lien familial ou conjugal dans la vie d’une personne dépendante est donc une composante majeure dans la motivation et l’optimisation des chances de réussite du traitement de l’alcoolodépendance.


  • Les interventions psychosociales

En fonction de la sévérité de l’alcoolodépendance, une prise en charge hospitalière ou ambulatoire (soin en hospitalisation de jour et rentrer au domicile le soir) sera proposée. Plusieurs démarches ont démontré leur efficacité dans la réduction de la consommation ou le sevrage de l’alcool :

  • Entretien motivationnel : réalisé avec un psychologue spécialisé et visant à renforcer la détermination du patient pour le reste de la démarche de soin.
  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC): dispensée par un psychologue spécialisé ou un psychiatre. Cette démarche considère que l’alcoolodépendance est une réaction inadaptée qui est devenue le seul moyen de faire face à des situations difficiles. La thérapie consiste donc à modifier ce comportement qui s’est transformé en une habitude et d’acquérir d’autres comportements plus adaptés. En pratique, il s’agit d’apprendre au patient à spécifiquement reconnaître les situations risquant de favoriser la consommation d’alcool ainsi qu’à les prévenir.
  • Le renforcement communautaire : est une approche ayant pour objectif, la reprise du travail et des activités sociales tout en étant suivi médicalement. Cela permet au patient de donner du sens à ses activités quotidiennes et renforcer son estime de soi quant à sa capacité à vivre pleinement en société. Ce mode thérapeutique a démontré une très grande efficacité chez les personnes désociabilisées et souffrant de dépendance sévère à l’alcool.

À savoir ! Une nouvelle démarche se base sur la pleine conscience. Cette prise en charge vise à porter son attention sur le moment présent et d’autre part à développer l’acceptation envers son expérience qu’elle soit positive ou négative. Cette approche promeut le fait qu’une situation négative est toujours transitoire et que nos émotions ne donnent pas forcément un reflet fidèle de la réalité. La pleine conscience s’emploie donc à détacher le patient de son addiction et à lui montrer que celle-ci n’est pas une fatalité mais seulement négative et transitoire.

  • Les médicaments de l’alcoolodépendance

Les principaux objectifs des médicaments sont la prévention ou le traitement du syndrome de sevrage alcoolique, l’aide à la réduction de la consommation et l’aide au maintien de l’abstinence. Les médicaments viennent comme un support, une aide pour soutenir la démarche du patient. Le syndrome de sevrage alcoolique étant potentiellement mortel, il nécessite la contribution de différentes molécules afin d’en réduire les effets et permettre au patient de se sevrer sans qu’il n’ait à subir de très forts symptômes de manque. On peut citer différents médicaments :

  • Les benzodiazépines (BZD) : molécules tranquillisantes qui sont indiquées dans la prévention du syndrome de sevrage. Largement utilisées, les BZD permettent de garder sous contrôle les symptômes du manque comme l’anxiété sévère et les convulsions de sevrage.
  • La naltrexone : agit en réduisant l’activation du circuit de la récompense induite par l’alcool au niveau du cerveau. Cette molécule diminue le « soulagement » après la prise d’alcool et donc participe à éviter les reprises et les rechutes de mésusage d’alcool.
  • La thiamine (vitamine B1) : est une supplémentation vitaminique essentielle dans la prise en charge de l’éthylisme chronique. En effet, les personnes dépendantes à l’alcool sont très souvent carencées en vitamine B1 et peuvent développer un syndrome de Korsacoff pouvant causer de graves lésions du cerveau.
  • Le Baclofène : nouvelle molécule de la prise en charge de l’éthylisme chronique, possède un double effet, la réduction de l’anxiété dans le sevrage et la réduction de la satisfaction liée à la consommation d’alcool.
À savoir ! Le résultat récent de l’étude BACLOVILLE suggère que cette molécule diminue par deux la consommation d’alcool chez les personnes alcoolodépendantes. Cette molécule a permis en plus de ces effets, un changement de mentalité dans la prise en charge de l’addiction à l’alcool en rendant plus facilement réalisable des objectifs de réduction de la consommation !

S’orienter en cas de troubles liés à l’alcool

Plusieurs structures spécialisées dans l’addiction réparties sur le territoire sont ouvertes à toute personne en difficulté avec leur consommation ainsi qu’à leur entourage. De plus, ces dispositifs sont complétés par des centres d’hébergement spécialisés dans l’accompagnement des individus avec des troubles addictifs. Toutes ces structures proposent des services gratuits et respectant la confidentialité.

Les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie – CSAPA

Les CSAPA accueillent et proposent des consultations pour toute personne souhaitant s’informer, faire le bilan ou entrer dans une démarche de soin lié à un trouble addictif. Les équipes pluridisciplinaires (médecins, psychologues, travailleurs sociaux etc.) proposent une écoute, des informations et une évaluation de la consommation. Enfin, si cela est nécessaire, les CSAPA ont la compétence pour orienter le patient vers des établissements de soins adaptés à la dépendance.

Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues – CAARUD

Les CAARUD accueillent toute personne en difficulté avec la consommation d’alcool et prennent en charge à la fois la dépendance et les troubles sociaux liés à l’addiction. Pour la dépendance, ils proposent des conseils personnalisés, la mise à disposition de matériel de prévention des risques et de réduction des dommages et un soutien à l’accès aux soins. Pour les difficultés sociales, ces centres prodiguent un soutien pour l’accès aux droits, au logement et à l’insertion professionnelle.

Les consultations jeunes consommateurs (CJC)

Les CJC s’adressent aux mineurs et aux jeunes majeurs. Ce sont des lieux pour dialoguer et échanger dès que les premières difficultés liées à la consommation ou à une conduite addictive (internet, jeux) apparaissent. Les consultations accueillent les jeunes usagers venant d’eux-mêmes ou adressés par un tiers (famille, médecin traitant, amis).

Adresses pour trouver le centre le plus proche de chez soi

À savoir ! L’ensemble des centres spécialisées en addictologie ne sont pas là pour juger les usagers, ni les stigmatiser mais pour écouter en toute bienveillance les difficultés liées à l’usage d’alcool ou de tout autre produit. L’accès gratuit et la grande confidentialité permettent de passer des problèmes addictifs à celui des solutions.

Jean C., Pharmacien

– Alcool : Mésusage de l’alcool. Recommandation de bonne pratique. Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie. Mis à jour le 27 février 2015.
– Addict AIDE. le village des addictions – Consulté le 26 mai 2017 .
– Addictions. Institut national de la santé et de la recherche médicale. Mis à jour en décembre 2014.
Alcool et santé – ameli-santé – Mis à jour le 29 août 2016
– Accompagner et Soigner – Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (A.N.P.A.A)
– Choisir la stratégie de prise en charge adaptée – intervenir-addiction (Fédération Addiction, Santé Publique France etc.) – Consulté le 26 mai 2017
– La consommation d’alcool – Santé Publique France (Inpes, Eprus, InVS) – Mis à jour le 25 février 2016
– En savoir plus sur les traitements psychologiques – Université de Genève – Consulté le 26 mai 2017

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