Cancer du foie


Rédigé par Charline D., publié le 10 mai 2017 et mis à jour le 12 décembre 2021

Corps avec la tumeur du foie

Un cancer du foie est une affection grave du foie. La consommation alcoolique en est la principale cause. Parfois, il survient suite à une infection virale ou une stéatose hépatique.  Cette pathologie reste longtemps asymptomatique, ce qui explique son diagnostic souvent tardif. Celui-ci repose sur l’examen clinique, des examens d’imagerie et des analyses biologiques. 4 options thérapeutiques peuvent être envisagées : la chirurgie, la greffe de foie, la radiofréquence et les thérapies ciblées.

Infographie Santé sur le Net

Cancer du foie

Définition et symptômes du cancer du foie

Qu’est-ce c’est ?

Le cancer du foie se développe près de 10 fois sur 10 à partir d’une cellule appelée hépatocyte. C’est la cellule la plus répandue dans le foie et qui permet d’assurer une grande partie des fonctions de cet organe. L’hépatocyte peut subir une transformation qui le rend cancéreux. Ce phénomène conduit à sa multiplication anarchique formant une tumeur maligne du foie ou carcinome hépatocellulaire.

Le foie est un organe digestif vital. Il est connu pour son rôle dans la digestion, mais il en possède bien d’autres qui sont essentiels au fonctionnement global de l’organisme dont :

  • L’épuration des déchets, qui est l’un de ses rôles clés. En effet, le foie est un organe très bien irrigué où passe l’ensemble du sang de l’organisme. Grâce à cela, il filtre les toxines du sang. On considère qu’une grande partie des déchets et des médicaments sont neutralisés par le foie. Enfin, il peut éliminer une partie de ses déchets par les selles en utilisant la voie biliaire ;
  • La fabrication de protéines, notamment pour le sang ;
  • La production de bile, déversée dans l’intestin, afin de faciliter la digestion ;
  • La gestion des nutriments, en stockant les minéraux, les vitamines et les sucres (glucose) et en les libérant lorsque l’organisme en a besoin.

À savoir ! Le foie est l’organe le plus exposé aux toxines de l’organisme ce qui l’endommage fréquemment. Cependant, il possède les capacités régénératives les plus conséquentes de l’organisme. En effet, en cas d’ablation d’une partie du foie, celui-ci peut se régénérer au point de retrouver sa taille normale.

Il existe deux grands types de cancers du foie, selon le lieu d’apparition du cancer : les cancers dits « primitifs » et les cancers métastatiques. Les cancers primitifs du foie ont pour origine des cellules cancéreuses du foie tandis que les cancers métastatiques sont des tumeurs apparues à un autre endroit de l’organisme puis ayant migré dans le foie.

Schéma d'une tumeur de foie métastatique

Les cancers primitifs du foie sont, dans la plupart des cas, des carcinomes hépatocellulaires. Plus rarement, d’autres tumeurs peuvent se développer, comme le cholangiocarcinome (à partir des cellules des voies biliaires), l’angiosarcome (à partir des cellules des vaisseaux desservant le foie), ou l’hépatoblastome de l’enfant (à partir des cellules embryonnaires).

Les cancers primitifs du foie se développent principalement dans un foie déjà atteint par une autre maladie comme la cirrhose. Les cas chez une personne avec un foie sain sont très rares.

Les cancers métastatiques sont largement (c’est-à-dire 20 à 50 fois) plus fréquents que les cancers primitifs. L’explication réside dans la fonction d’épuration du foie qui draine et filtre l’ensemble du sang de l’organisme. Par exemple, lorsqu’une tumeur du poumon libère des cellules cancéreuses dans le sang, celles-ci auront de grandes chances de se nicher et de se développer dans le foie.

Les cancers du foie primitifs apparaissent chez 7500 personnes par an, en France. Ce type de cancer touche à près de 80 % les hommes et survient le plus souvent entre 50 et 60 ans.

Le carcinome hépatocellulaire se développe à 90 % sur une maladie du foie chronique comme la cirrhose, la stéatose hépatique et les hépatites B et C.

Shéma d'un foie normal et d'un foie cirrhosé

C’est un des cancers digestifs les plus mortels après le cancer du pancréas.

Plusieurs facteurs de risque du cancer du foie sont connus :

  • L’alcool.

La consommation excessive et sur le long terme d’alcool induit une inflammation du foie et des lésions évoluant en cirrhose. Or un patient atteint de cirrhose a un risque évalué entre 1 et 5 % de développer un cancer du foie chaque année.

  • Les virus à hépatites.

Les virus à hépatite B (VHB) et C (VHC) sont des infections du foie perdurant pendant de nombreuses années. Ces infections favorisent l’apparition d’une cirrhose qui elle-même peut aboutir à un cancer du foie.

  • La stéatose hépatique non-alcoolique ou NASH.

La stéatose hépatique peut être comparée au « foie gras » car elle correspond à l’accumulation de graisses dans le foie.

À savoir ! Cette pathologie est en pleine expansion dans les pays occidentaux notamment à cause de l’alimentation trop riche en graisse.

  • Autres facteurs de risque.

Certains autres facteurs de risque ont été décrits comme augmentant le risque de cancer du foie comme le tabac, les stéroïdes anabolisants utilisés par les sportifs comme produit dopant afin d’augmenter la masse musculaire et l’aflatoxine B1 (toxine produite par un champignon se trouvant dans les cacahouètes, le maïs et les graines de coton dans les pays chauds et humides comme le Nigeria, l’Inde ou le Viêtnam).

Quels symptômes ?

Le cancer du foie est en général diagnostiqué très tardivement en raison de l’absence de symptômes avant les stades avancés de la maladie.

Si le patient est déjà diagnostiqué pour une cirrhose, un suivi est organisé tous les 6 mois pour examiner la présence d’un carcinome hépatocellulaire.

Chez les patients non diagnostiqués, le cancer du foie peu se manifester par :

  • Une altération de l’état général: perte d’appétit et de poids, fatigue intense ;
  • Des nausées et des vomissements avec des douleurs au niveau du foie (à droite du corps entre les côtes et le bassin) ;
  • Un ictère: plus communément appelé jaunisse. Le patient prend une coloration jaune y compris au niveau des yeux ;
  • Une ascite: c’est un gonflement très important du ventre causé par la présence d’eau.

Diagnostic et traitement du cancer du foie

Quel diagnostic ?

Il repose sur un examen clinique révélant différents symptômes vus ci-dessus couplé à un ensemble de bilans (prise de sang, radiographie, biopsie).

L’examen clinique

Devant une suspicion de cancer, le médecin recherche une hépatomégalie (augmentation du volume du foie) en palpant l’abdomen du patient au niveau du foie. De plus, il examine d’autres signes comme la coloration de peau du patient et un éventuel gonflement de l’abdomen pouvant refléter une ascite.

Le bilan biologique

Il permet le dosage :

  • Des composés produits par le foie comme les transaminases, la bilirubine, les gamma-GT, le taux de prothrombine. Cette analyse permet au médecin d’avoir un reflet de l’état du fonctionnement du foie ;
  • L’alpha-foetoprotéine (AFP) qui est un marqueur tumoral. L’AFP est utilisée dans la détection des cancers du foie et le cancer du testicule. Le dépassement d’un certain seuil d’AFP suggère la présence d’un cancer du foie.

Les examens d’imagerie pour le cancer du foie

Plusieurs sont utilisés dans le diagnostic des tumeurs du foie :

  • L’échographie qui est employée en premier et qui permet de mettre en évidence une éventuelle masse au niveau du foie ;
  • Le scanner et l’IRM qui permettent de localiser et de mesurer précisément la taille d’une tumeur. De plus, ces deux examens permettent le plus souvent de décrire si l’on est face à une tumeur bénigne, un cancer primitif du foie ou à des métastases.

IRM d'un cancer du foie

La biopsie

La biopsie est le seul examen à pouvoir formellement confirmer le diagnostic d’un cancer. Elle consiste en l’analyse anatomo-pathologique de la tumeur, c’est-à-dire l’observation au microscope de cellules prélevées directement dans le foie. Ce test permet de caractériser les cellules cancéreuses pour en connaître leur nature (cancéreuses ou non) et leur tissu d’origine (le foie ou un autre organe).

Quel traitement ?

Le choix du traitement dans le cancer du foie dépend de 3 critères :

  • La sévérité de la cirrhose qui est évaluée par le score de Child-Pugh, qui prend en compte certains symptômes et certaines caractéristiques biologiques ;
  • Les caractéristiques de la tumeur, notamment sa taille, sa localisation et son tissu d’origine, son stade tumoral et son grade tumoral ;
  • L’état général du patient.

4 types de traitement peuvent être proposés dans la prise en charge d’un cancer du foie : la chirurgie, la greffe de foie, la radiofréquence et la thérapie ciblée. La prescription d’un ou plusieurs de ces traitements dépend de chaque patient et de la sévérité de sa maladie.

La chirurgie du cancer du foie

L’opération la plus pratiquée est l’ablation partielle du foie ou hépatectomie partielle. Cette intervention implique le retrait de la partie du foie contenant la tumeur.

La chirurgie est indiquée lorsque :

  • Le cancer est diagnostiqué à un stade précoce ;
  • Le foie a une activité normale ou légèrement dégradée.

En effet, l’ablation d’une partie du foie implique que la partie du foie restante puisse à elle seule assurer les fonctions normales et se régénérer après l’opération.

La greffe de foie

La greffe de foie ou transplantation hépatique constitue le traitement le plus efficace, car il traite à la fois le cancer et la cirrhose. La greffe peut être partielle ou complète. Elle implique la prise d’un traitement anti-rejet à vie.

Cependant, bien qu’étant un traitement très efficace, la greffe possède de nombreuses contre-indications :

  • La présence de métastases à d’autres organes : si le cancer s’est propagé à d’autres organes, le remplacement du foie n’aurait pas d’efficacité ;
  • L’état de santé général du patient : la greffe du foie étant une opération lourde, il est nécessaire qu’il puisse la supporter d’une part et qu’il puisse prendre le traitement anti-rejet d’autre part ;
  • Si le patient est encore dépendant à l’alcool ;
  • Un âge trop avancé.

Au total, seulement 5 % des patients souffrant d’un carcinome hépatocellulaire se font greffer un nouveau foie. Ce faible chiffre s’explique par le peu de patients dépistés en stade précoce et le faible nombre de greffon compatible disponible.

Enfin, la survie à 5 ans est de 70 % après une transplantation hépatique.

La radiofréquence

La radiofréquence est une technique d’ablation tumorale par la chaleur. Elle s’effectue par la mise en place d’une sonde au contact de la tumeur lui délivrant de la chaleur pour la détruire. Cette méthode est utilisée comme alternative à la chirurgie ou lorsque celle-ci est contre-indiquée. Ce traitement est applicable au cancer du foie de petite taille, local ou sans altération de la fonction hépatique.

La radiofréquence a l’avantage d’être une intervention légère et efficace, mais le taux de rechute du cancer est plus important qu’avec la chirurgie.

La thérapie ciblée

Une thérapie ciblée consiste à utiliser des médicaments qui bloquent un mécanisme bien spécifique (aussi appelée voies de signalisation) au niveau des cellules cancéreuses.

Dans le traitement du cancer du foie, la molécule de référence est le sorafénib. Il est utilisé dans les cancers avancés pour ralentir la progression de la maladie.

Le sorafénib est une molécule dite « anti-angiogénique », c’est-à-dire qu’elle agit en bloquant le développement des vaisseaux qui alimentent la tumeur.

Ce médicament pris par voie orale, a l’avantage d’agir sur l’ensemble de l’organisme et d’atteindre les cellules cancéreuses quelle que soit leur localisation corporelle.

Publié le 10 mai 2017 par Jean C, Pharmacien. Mis à jour par Charline D., Docteur en pharmacie, le 12 décembre 2021.

Sources
– Le cancer du foie. fondation-arc.org. Consulté le 12 décembre 2021.
– La cirrhose hépatique. ameli-sante.fr. Consulté le 12 décembre 2021.