Mieux comprendre le syndrome de Diogène

Actualités Addiction

Rédigé par Julie P. et publié le 11 septembre 2017

Dès 1975, deux gériatres anglais, Clark et Mankikar décrivent une addiction comportementale connue depuis un certain temps, mais peu étudiée : l’accumulation compulsive. Baptisé syndrome de Diogène, en référence au philosophe grec, Diogène de Sinope qui avait la particularité de vivre dans une amphore et dans le dénuement le plus total en dénonçant les artifices de la société. Pour mieux comprendre ce syndrome, des chercheurs ont étudié en détails, le profil de 50 personnes, âgées de 50 à 93 ans et atteintes du syndrome de Diogène. Focus sur les résultats parus dans la revue Journal of Aging Research & Clinical Practice.

Description visuelle du syndrome de Diogène

Mieux comprendre la maladie en étudiant le profil des patients

Cinq chercheurs français, encadrés par la psychogériatre Laurence Hugonot-Diener de l’hôpital Broca de Paris-Sud, ont rencontré et étudié 50 personnes atteintes du syndrome de Diogène, vivant toujours dans leur domicile parisien, et notifiées auprès des autorités pour causes de nuisances (odeurs, parasites etc..) ou de risques (incendie, fuites d’eau).

Après l’entretien individuel visant à mieux connaître le parcours individuel de chacun, les chercheurs ont évalué, à l’aide d’échelles standardisées, leurs troubles mentaux et les éventuelles maladies associées (dépression, maladie d’Alzheimer etc..).

Quel bilan pour les chercheurs ?

Globalement, ils ont relevé six types de syndrome de Diogène présentant différents niveaux de sévérité en fonction de la détention complète ou partielle des trois symptômes caractéristiques du syndrome.

Type de syndrome de Diogène123456
Accumulation compulsivexxx x 
Négligeance de soixx x x
Isolement socialx xx  

 

Le tiers des participants présentait tous les symptômes :

  1. Une accumulation compulsive d’objets divers et variés ;
  2. Une négligence de leur hygiène de vie et de leur personne ;
  3. Un isolement social.

Les deux autres tiers présentaient un syndrome partiel, c’est-à-dire n’affichant pas forcément les 3 symptômes de manière simultanée (accumulation compulsive/manque d’hygiène/isolement social).

Les chercheurs indiquent par ailleurs que l’accumulation compulsive est à la fois le symptôme le plus fréquent car, il touche ici 90% de la population étudiée, mais le plus difficile à repérer. En effet, il est très compliqué de le détecter rapidement, car il reste non perceptible de l’extérieur pendant des mois, voire des années. L’accumulation à outrance des objets, de la nourriture, des meubles est souvent décelée quand la personne vit dans une insalubrité extrême au point d’alerter le voisinage par la présence d’odeurs nauséabondes et d’insectes ou de parasites.

Pour finir, un fait était retrouvé chez tous : ils n’ont jamais demandé de support extérieur et la mise en place d’une aide (travailleur social, psychologue) était souvent déclenchée suite à une dénonciation du voisinage auprès de services de la ville.

Lire aussiUne application pour le suivi de la psychose

Les maladies associées au syndrome de Diogène

Globalement, 46% des personnes n’ont pas de pathologies associées. Pour les autres, les chercheurs ont diagnostiqué trois personnes schizophrènes et huit personnes présentant des troubles délirants.

A savoir ! Le trouble délirant est un trouble psychotique assez rare se caractérisant par des idées délirantes, c’est-à-dire des convictions erronées maintenues malgré la présence de preuve évidente de leur irréalité. Il apparaît à l’âge moyen et son évolution est très variable car, il peut être isolé sans rechute ou chronique.

Vingt personnes présentaient cependant une démence sous la forme d’une maladie d’Alzheimer, d’une démence fronto-temporale ou d’une démence vasculaire.

A savoir ! Les démences fronto-temporales constituent un groupe de maladies neurodégénératives caractérisées par des troubles du comportement et du langage associés à une détérioration intellectuelle, qualifiée de démence à partir d’un certain seuil.

Les démences vasculaires sont causées par des accidents vasculaires cérébraux engendrant des symptômes cognitifs comme des troubles de l’humeur, une dépression et des troubles de mémoire.

Par ailleurs, les auteurs de l’étude ont également mis en évidence une prévalence importante d’expériences traumatiques durant l’enfance chez les personnes souffrant de ce syndrome. Ils estiment que des recherches plus approfondies sur ce point se révèlent nécessaires et que ce questionnement sur l’enfance pourrait servir de fil conducteur pour ajuster leur accompagnement psychologique.

Lire aussiAgir pour prévenir la démence

Vers une prise en charge plus adaptée

À l’issue de ce travail, les chercheurs se prononcent en faveur du maintien de l’appellation actuelle “syndrome” qui englobe les différents types rencontrés et la possibilité de voir, en même temps, une maladie présente chez le patient.

Du côté de la prise en charge, ils considèrent que ces situations complexes nécessitent une approche pluridisciplinaire (psychiatre, services sociaux, médecins traitants) coordonnée par une équipe médico-sociale.

Bien que toutes les personnes touchées n’aient ou ne développent pas de maladies associées, la réalisation d’un diagnostic est capitale pour orienter les personnes vers une prise en charge psychiatrique ou gériatrique.

Lire aussiAlzheimer : une nouvelle prise en charge à domicile

Julie P., Journaliste scientifique

– Diogenes syndrome : a prospective observational study. The Journal of aging research and clinical practice. JC Monfort et al. Le 17 août 2017.

  • Je travail dans pour une société de nettoyage qui est spécialisé dans ce type nettoyage désinfection et débarras l’incurie la syllogomanie. Je pense que ces personnes ont besoins que on les écoute et surtout un suivie par des psychologues .

    Reply
    • GUEGANVILLE says:

      Bonjour Ma sœur aujourd’hui âgée de 73 ans est atteinte de ce trouble depuis plus de 40 ans voire plus si l’on se remémore à certains “travers” où elle commençait déjà à stocker chez nos parents, du genre aussi avec un bébé de 6 mois elle commençait à stocker des vêtements de 6 ans à 12 ans dans des placards. Un amoncellement d’objets qu’elle trouve dans la rue surtout lors de jours de passage des “monstres” dans la ville…Ses deux fils ont tout tenté pour qu’elle accepte de “vider” son logement devenu très insalubre mais ont fait face à une telle violence quand ils ont osé un jour de vider une partie de l’appartement… tout est envahi… pas un mètre carré au sol de libre. L’hygiène laisse à désirer… aucun soin pour elle-même notamment les dents qui se sont détériorées pour finalement être complètement édentée. Triste car à côté de cela, elle a le cœur sur la main… elle vit seule, en grande précarité et trouve le temps de s’occuper de petite dame plus âgée dans son quartier. C’est désespérant car elle n’a jamais voulu se faire aider par les services sociaux et je m’aperçois que sensibilisée à ce problème, je découvre dans mon entourage pas mal de personnes affectées.

      Reply
      • L'équipe Santé sur le Net says:

        Bonjour,
        Merci de faire confiance à Santé sur le Net pour trouver des informations. Nous comprenons votre désarroi. Votre sœur accepterai peut être de consulter un médecin?
        Nous vous souhaitons une bonne journée.
        L’équipe Santé sur le net.

        Reply
    • L'équipe Santé sur le Net says:

      Bonjour,
      Merci de votre intérêt pour notre site Santé sur le Net. N’hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter.
      Bonne journée.
      L’équipe Santé sur le Net

      Reply
  • chantal favretti says:

    Bonjour,
    Ma mère a 76 ans et veuve, depuis quelques temps sa maison est envahie de désordre et de crasse, elle achète de la nourriture quelle laisse pourrir, et elle dit qu’elle n’utilise pas sa cuisine mais c’est une “porcherie” j’ai même trouvé des cadavres de petit rat… Son congélateur déborde de glace.
    Un jour je me suis mis encolère j’ai nettoyé mais c’est trop lourd pour moi toute seule tellement c’est sale et puis elle ne reconnait pas que c’est sale, comment je peux gérer cette situation ? merci
    Le désordre ne me dérange pas mais la saleté et le manque d’hygiène oui.

    Reply
    • L'équipe Santé sur le Net says:

      Bonjour, d’après votre témoignage votre mère semble présenter un état dépressif. Assurez-vous dans un premier temps que son niveau de nutrition est normal et discutez-en avec elle. Nous vous conseillons de prendre au plus vite rendez-vous chez un médecin afin qu’elle bénéfice des meilleurs traitements.
      Nous vous souhaitons une bonne journée.
      L’équipe Santé sur le Net.

      Reply
Ou

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.