Souvenir de la douleur : une inégalité homme-femme ?

Feb 15, 2019 par

L’un des déterminants de la douleur chronique serait le souvenir de la douleur. Selon une étude canadienne, ce souvenir serait différent en fonction du sexe chez la souris mais aussi, chez l’être humain. Contre toutes attentes, ce sont les hommes qui imprégneraient plus nettement le souvenir de la douleur. Décryptage de l’étude parue dans la revue Current Biology.


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Des souris et des hommes égaux devant la susceptibilité au souvenir de la douleur

On parle de douleur chronique lorsqu’une personne souffre d’une douleur depuis plus de 3 mois.

Les douleurs chroniques touchent toutes les parties du corps : arthrose, lombalgie, fibromyalgie, migraine ou encore douleurs liées au cancers.

Par ailleurs, une douleur aiguë mal soignée peut se transformer en douleur chronique. Selon les chercheurs canadiens, ce sont les souvenirs liés à la douleur aigüe qui jouent un rôle crucial dans sa transition vers un état chronique.

Ici, les chercheurs de l’université de McGill et de l’université de Toronto à Mississauga ont testé chez des souris, et des hommes, le souvenir de la douleur. Leurs résultats vont à l’encontre des idées reçues. Ce sont les individus mâles qui gardent plus facilement un souvenir très net de la douleur passée.

En effet, leur retour dans un lieu où ils avaient ressenti une douleur la veille et dans lequel on leur imposait la même douleur, provoquait un stress et une hypersensibilité importants.
Les femmes, et les souris femelles, développaient, quant à elles, un stress et une sensibilité moins intenses.

Au niveau de la méthodologie, les chercheurs ont appliqué, dans un premier temps, une faible douleur au niveau de l’avant-bras (ou de la patte arrière pour les souris) par une application de chaleur.

Puis, ils leur ont fait ressentir une douleur plus intense en demandant aux humains de faire des exercices des bras pendant 20 minutes avec un brassard de tensiomètre gonflé. Les souris ont subi une douleur à l’estomac pendant trente minutes via l’injection de vinaigre dilué.

Le deuxième jour, les chercheurs les ont fait rentré dans le même endroit en leur appliquant le premier stimulus douloureux (chaleur) mais pas le second.

Ici, l’enjeu était de mesurer leur niveau de stress et de comparer leur sensibilité à la douleur comparativement au premier jour.
” Les résultats nous ont coupé le souffle : la différence de stress entre les sujets mâles et femelles semblait exister également chez l’être humain “ souligne Jeffrey Mogil, le superviseur de cette étude.

“À notre avis, les souris et les hommes anticipaient la pose du brassard ou l’injection du vinaigre, et chez les sujets mâles, ce stress d’anticipation a accru la sensibilité à la douleur” avance le Professeur Mogil, l’un des auteurs de l’étude.

Une piste thérapeutique : favoriser l’oubli la douleur

Pour aller plus loin, et confirmer que c’est le souvenir de la douleur qui cause une sensation de douleur accrue, les chercheurs ont injecté dans le cerveau des souris mâles un médicament inhibant la mémoire. En réitérant l’expérience, ils se sont rendus compte que le comportement des animaux était redevenu normal. De même, ils ont réussi à supprimer l’hypersensibilité à la douleur liée au contexte, chez les souris mâles en les castrant.

La différence de sensibilité à la douleur homme-femme serait-elle donc liée aux hormones masculines comme la testostérone ?

” Ces observations sont fort intéressantes, parce que de plus en plus de données semblent indiquer que la mémoire est une composante essentielle de la douleur chronique, et c’est la première fois qu’une démarche translationnelle – entreprise chez des rongeurs et des êtres humains – montre l’effet du souvenir de la douleur ” souligne le Professeur Martin.

Pour mieux lutter contre ce mal invisible qu’est la douleur, toutes les spécificités du patient, et de sa douleur, commencent progressivement à être intégrées dans le parcours de soin.

Sur la piste génétique, on sait qu’il existe des versions de gènes (variants) susceptibles de diminuer ou augmenter l’intensité des douleurs ressenties.

Maintenant, nous savons que la mémoire liée à la douleur joue un rôle clef et peut provoquer l’évolution d’une douleur aiguë en douleur chronique.

Désormais, les chercheurs vont tenter de comprendre comment le souvenir douloureux s’imprime dans la mémoire, comment il agit sur le stress et quel rôle joue la testostérone dans cette réminiscence.

Julie P., Journaliste scientifique

– Les hommes et les femmes ne gardent pas le même souvenir de la douleur.Université McGill. Salle de presse.Consulté le 13 février 2019.
– Male-Specific Conditioned Pain Hypersensitivity in Mice and Humans. Current Biology. L.J Martin et al. Consulté le 13 février 2019.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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