Ennui au travail: quelles répercussions sur le cerveau ?

Apr 7, 2019 par

Aller au travail à reculons, manquer de concentration et d’attention dans son travail, avoir l’impression que la journée dure une éternité… Selon un sondage du cabinet de recrutement QAPA réalisé en février 2019, 63% des Français disent s’ennuyer au travail. Quelles sont les conséquences de l’ennui au travail sur la santé ?

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S’ennuyer au travail : quels sont les signes et les conséquences ?

Etat de malaise, sensation de vide, temps qui s’étire à l’infini… il est difficile de trouver une seule définition à l’ennui. Qui n’est, par ailleurs, ni de la dépression ni de l’apathie (absence d’émotions). On s’accorde cependant à dire que l’ennui est un sentiment désagréable.

L’ennui au travail toucherait 63% des travailleurs. Et, 30% des travailleurs iraient jusqu’au bore-out, «bore» signifiant littéralement «ennuyer ». Ici, l’individu est confronté à un épuisement professionnel profond qui le paralyse psychologiquement et l’empêche de travailler.

À savoir ! Dans l’étude réalisée par Qapa, 28% des Français jugent leur travail «très ennuyeux» et 35% le trouvent «un peu ennuyeux». Les 37% restant jugent leur activité professionnelle «pas du tout ennuyeuse» : 41% pour les hommes contre 35% pour les femmes. Seuls 10% des salariés «montrent clairement» leur ennui au travail, contre 90% qui le cachent.

L’ennui est une source de différents troubles psychologiques comme la démotivation, la tristesse, la perte d’estime de soi et l’anxiété.

On observe aussi, dans les cas les plus extrêmes, de la dépression, des comportements addictifs (nicotine, alcool, nourriture, jeux, toxicomanie, etc.) et la recherche de sensations fortes (délinquance, troubles du comportement, pratique de sports extrêmes, etc..).

Au travail, l’ennui peut majorer le risque d’accident au travail par une baisse de la vigilance, augmenter l’absentéisme et faire baisser la performance professionnelle (perte de vitesse, erreurs fréquentes, manque de compréhension et de facultés d’analyse, etc..)

Plusieurs causes viennent expliquer la survenue de cet ennui au travail :

  • Sensibilité personnelle à s’ennuyer rapidement (prédisposition retrouvée chez les personnes impulsives, les personnes ayant des difficultés d’attention) ;
  • Réalisation de tâches répétitives, monotones, simples, maîtrisées ;
  • l’absence d’activités ou avoir trop d’activités.

L’ennui au travail : un indicateur d’un problème sociétal ?

Psychologues, psychiatres, philosophes, généticiens, sociologues, neurologues, spécialistes des ressources humaines…de plus en plus de chercheurs s’intéressent au concept de l’ennui au travail. Quels sont les mécanismes à l’oeuvre dans le cerveau ?

 Est-il lié à la personnalité des individus ou à la société ? Comment éviter de voir les professionnels compétents à succomber à l’appel de l’ennui ?

Des travaux récents menés sur une population d’étudiants allemands a montré que l’ennui impactait leurs résultats aux examens : un élève qui s’ennuie peut voir ses notes dégringoler de 25%.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’ennui peut être un cercle vicieux : il provoque une baisse d’implication qui elle-même augmente le niveau d’ennui.

Une autre étude, sur des étudiants américains, a montré que les adolescents ressentant de l’ennui étaient 50% plus susceptibles de consommer des cigarettes, de boire et de prendre des drogues .

L’ensemble des travaux insiste sur le fait que cet ennui ne provoquerait pas une baisse des facultés cognitives mais qu’il pourrait, s’il n’est pas repéré à temps, avoir des répercussions psychologiques.

“Au bout d’un certain temps, les pensées deviennent plus tristes. Les patients sont moins concentrés, dorment mal, pleurent et présentent des signes dépressiogènes. Certains disent avoir des pensées suicidaires à force de se sentir inutiles” a confié le Dr François Baumann, spécialiste du sujet, au magazine Sciences et Avenir.

L’intérêt envers “la question de l’ennui” ne cesse de grandir. Pour preuve : depuis 2013, l’université de Varsovie organise, chaque année, une conférence internationale et interdisciplinaire sur l’ennui.

Julie P., Journaliste scientifique

– Ennui au travail, quelles conséquences sur notre cerveau? Sciences et Avenir. C.Lemke. Consulté le 3 avril 2019.
– Why boredom is anything but boring. Nature. M.Koerth-Baker. Consulté le 3 avril 2019.
– – A bas l’ennui! Emissions format A3. Consulté le 3 avril 2019.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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