Gonocoque : résistant aux antibiotiques mais sensible à un vaccin

Aug 8, 2017 par

Parmi les infections sexuellement transmissibles, la gonorrhée ou blennorragie est l’une des quatre les plus fréquentes, affectant plusieurs dizaines de millions de cas à travers le monde. La bactérie responsable de cette infection, le gonocoque, s’avère de plus en plus résistante aux antibiotiques actuels. Mais un vaccin déjà existant pourrait s’avérer efficace contre cette maladie et ainsi résoudre un problème mondial de santé publique.

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La gonorrhée

La gonorrhée ou blennorragie est une infection causée par la bactérie Neisseria gonorrheae, plus connue sous le nom de gonocoque. Elle est responsable de symptômes différents en fonction du sexe :

  1. Chez les hommes :
    1. Le plus souvent une urétrite aigüe (phénomène appelé communément la « chaude pisse »), qui associe un écoulement de pus à l’extrémité de la verge à des sensations de brûlures en urinant ;
    2. Un gonflement et des douleurs des testicules ;
    3. Une stérilité en cas de complications ;
  2. Chez les femmes :
    1. Parfois aucun symptôme ;
    2. Une cervicite quelques jours après l’exposition avec des pertes vaginales et des picotements urinaires ;
    3. Dans 20 % des cas, une endométrite (infection de l’utérus), une salpingite (infection des trompes) ou une pelvipéritonite (infection de la région pelvienne) ;
    4. Une atteinte inflammatoire pelvienne potentiellement cause d’infertilité.

La gonorrhée est une infection sexuellement transmissible très contagieuse. Plus rarement, la bactérie peut affecter d’autres régions du corps :

  1. Le rectum et la gorge chez les hommes et les femmes ;
  2. L’ensemble du corps lorsque l’infection devient généralisée ;
  3. Les yeux ou le cuir chevelu chez les nourrissons dont la mère est infectée.

Une IST résistante aux antibiotiques

Le traitement de la gonorrhée nécessite un traitement par des médicaments antibiotiques efficaces contre le gonocoque. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’inquiète actuellement d’une hausse mondiale des infections gonococciques résistantes aux antibiotiques classiquement prescrits pour le traitement de la gonorrhée. En effet, dans le cadre du programme de surveillance des gonorrhées, de nombreux pays rapportent des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques :

  1. 97 % des pays signalent une résistance à la ciprofloxacine (fluoroquinolone) ;
  2. 81 % une résistance à l’azithromycine (macrolide) ;
  3. 66 % une résistance aux céphalosporines à spectre étendu, comme la céfixime ou la ceftriaxone, antibiotiques de dernier recours contre le gonocoque.

Certains pays détectent même des infections qu’aucun antibiotique connu n’est capable de traiter.

Les recherches menées pour développer de nouveaux antibiotiques efficaces contre le gonocoque sont peu nombreuses, et à ce jour, seuls trois candidats médicaments sont en cours d’essais cliniques. Face à ce phénomène, l’OMS appelle à des efforts sur le diagnostic, la détection des résistances bactériennes et la prévention des infections sexuellement transmissibles.

La prévention de la gonorrhée est un élément capital qui repose sur plusieurs aspects :

  1. L’information, l’éducation et la communication autour de pratiques sexuelles plus sûres (usage correct et régulier du préservatif) ;
  2. La reconnaissance précoce des symptômes de la gonorrhée pour limiter la contagion ;
  3. Une sensibilisation des professionnels de santé sur la gonorrhée ;
  4. La mise au point de tests de diagnostic rapide ;
  5. Un meilleur usage des antibiotiques.

L’idéal serait à terme de mettre au point un vaccin contre la gonorrhée.

Et si on pouvait vacciner !

Dans ce contexte, un vaccin existant, celui contre le méningocoque B, a récemment démontré son efficacité contre le gonocoque. Des chercheurs néo-zélandais ont ainsi étudié l’effet du vaccin contre Neisseria meningitidis B, bactérie proche du gonocoque responsable de la gonorrhée, sur l’incidence des blennorragies. Entre 2004 et 2006, ce vaccin a été utilisé lors d’une vaste campagne nationale de vaccination impliquant un million de personnes.

En analysant la survenue d’infections sexuellement transmissibles au cours de cette période, les chercheurs ont mis en évidence que les individus de 15 à 30 ans, vaccinés, présentaient un risque de gonorrhée réduit de 31 % par rapport aux individus non vaccinés de la même classe d’âge.

Les chercheurs émettent l’hypothèse d’une protection croisée entre les deux bactéries, qui partagent entre 80 et 90 % du même patrimoine génétique, mais ce mécanisme reste à démontrer. Le vaccin utilisé entre 2004 et 2006 n’existe plus et est aujourd’hui remplacé par de nouvelles générations de vaccins contre le méningocoque. Des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces vaccins récents ont le même effet sur le gonocoque.

Cette étude montre pour la première fois un effet protecteur d’un vaccin contre la gonorrhée. Une piste prometteuse pour lutter contre la résistance bactérienne du gonocoque et enrayer efficacement l’épidémie mondiale de cette infection sexuellement transmissible.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– La gonorrhée. Caducee.net. – Consulté le 19 juillet 2017.
– Augmentation des cas de gonorrhée résistante aux antibiotiques, de nouveaux médicaments sont nécessaires. Communiqué de presse. OMS. Le 7 juillet 2017.
– Effectiveness of a group B outer membrane vesicle meningococcal vaccine against gonorrhoea in New Zealand: a retrospective case-control study. Petousis-Harris, Helen and al. The Lancet. DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(17)31449-6. 2017.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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