Maladie d’Alzheimer : perdre ou gagner du poids augmenterait le risque de démence

Jun 3, 2019 par

En 2015, un rapport mondial sur la maladie d’Alzheimer estimait que près de 50 millions de personnes étaient touchées par cette pathologie neurodégénérative. Une perte ou une prise de poids favoriserait-elle le risque de survenue de la maladie ? Selon une étude coréenne, il y aurait une association entre la gestion de son poids à un âge avancé et l’apparition de la démence.

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Une association entre poids et démence encore floue

De nombreuses publications scientifiques ont montré que l’obésité vers la cinquantaine était étroitement associée au risque de démence, en particulier en ce qui concerne le déclin cognitif. L’obésité serait une source d’inflammations cellulaires qui pourrait déclencher des troubles cognitifs comme ceux retrouvés dans la maladie d’Alzheimer.

Cependant, l’association entre l’obésité tardive et le développement de la démence n’a pas été jusqu’ici cohérente : des études se contredisent et le nombre de participants est souvent trop faible pour affirmer que les résultats obtenus sont significatifs.

La majorité de ces études ne prenaient pas en compte l’hygiène de vie et les facteurs cardiovasculaires et métaboliques susceptibles d’influencer le poids et la survenue de la démence.

Pour aller plus loin, les chercheurs coréens ont décidé d’étudier, pendant 5 ans, les associations éventuelles entre l’évolution de l’IMC et l’incidence de la démence sur un très grand nombre de séniors.

Contrôler strictement son poids : un atout pour prévenir la démence ?

Pour mener à bien les investigations, l’équipe de Jin-Wom Kwon de l’université nationale Kyungpook de Daegu a analysé les données médicales de 67 219 personnes âgées de 60 et 79 ans.

Dans un délai de 5 ans, entre 2008 et 2013, 4 887 hommes et 6 685 femmes participant à l’étude ont développé une forme de démence.

L’analyse statistique a montré que comparativement à une personne ayant un IMC stable :

  • Une chute de l’IMC de 10 % entraîne un surrisque de survenue de déclin cognitif de 26 % chez les hommes et de 15 % chez les femmes ;
  • Une augmentation de l’IMC de 10 % entraîne un surrisque de survenue de déclin cognitif de 25 % chez les hommes et de 17 % chez les femmes.

À savoir ! L’IMC est une grandeur permettant d’estimer la corpulence d’une personne. Il correspond au rapport du poids (kg) sur la taille (en m) au carré. L’interprétation de l’IMC est applicable chez l’adulte de 18 à 65 ans. Mais, non valable chez l’enfant, la femme enceinte et certains sportifs. On désigne par « poids santé » un poids « normal » qui correspond à un IMC compris entre 18,5 et 24,9.

Dans le détail, les chercheurs soulignent que l’augmentation ou la diminution de l’IMC en deux ans a été associée à la démence chez les hommes et les femmes présentant un IMC normal ou bas.

En contrepartie, les séniors étant obèses dès le début de l’étude ne voyaient pas leur risque  de survenue de démence augmenté lorsque leur IMC grimpait. Aussi, la diminution de l’IMC n’était pas associée à un surrisque de démence chez les séniors étant en surpoids.

“Nos résultats suggèrent qu’un contrôle continu de son poids, un suivi médical régulier et garder un mode de vie sain sont des actions bénéfiques à la prévention de la démence, même chez les personnes âgées” soulignent les chercheurs dans leurs travaux publiés dans la revue BMJ.

Les autres paramètres accélérant la survenue de démence

Les analyses des données médicales des participants ont aussi permis de montrer que :

  • Présenter une glycémie (taux de glucose dans le sang) à jeun élevée provoquait un risque de démence 60 % plus élevé comparativement à une glycémie à jeun normale ;
  • Le tabagisme, la consommation fréquente d’alcool et peu d’activités physiques étaient également associés à la démence.

A ce stade de l’étude, les chercheurs ont mis en avant une association entre la gestion du poids et la risque de survenue de démence, mais pas un lien de cause à effet.

“La prise de poids et la perte de poids peuvent être des facteurs de risque significatifs associés à la démence. Cette étude a révélé qu’une prise de poids importante, un diabète non contrôlé, le tabagisme et une activité physique moindre en fin de vie ont un effet néfaste sur le développement de la démence “, concluent les chercheurs.

Reste désormais à reconduire des études cliniques pour prouver, ou pas, l’existence d’un lien de cause à effet entre évolution du poids et accélération de la mise en place d’un déclin cognitif.

Julie P., Journaliste scientifique

– Effect of late-life weight change on dementia incidence: a 10-year cohort study using claim data in Korea. mjopen.bmj.com Consulté le 28 mai 2019.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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