Le saturnisme est le résultat d’une intoxication par un métal : le plomb. Le plomb n’a aucune utilité dans l’organisme et son accumulation y est nocive. Les jeunes enfants et les femmes durant leur grossesse sont les plus sensibles à cette maladie.

À savoir ! Le plomb (Pb) est un élément naturel de l’enveloppe terrestre. On l’extrait aisément et il entre dans la fabrication de batteries, électrodes, munitions… On en trouve également dans les céramiques auxquelles il donne leur couleur rouge ou jaune. Ne laissant pas passer les radiations, le plomb est utilisé par les radiologues (pour se protéger des rayons X) et dans l’industrie nucléaire. Sa toxicité est connue depuis l’antiquité. Les alchimistes, qui essayaient de transformer le plomb en or, lui associaient la planète Saturne, d’où le nom de saturnisme.

saturnisme causé par une eau contaminée par des canalisations en plomb

Causes du saturnisme

L’intoxication au plomb résulte d’une contamination de l’organisme par voie digestive (ingestion), respiratoire (inhalation) ou sanguine (de la mère au fœtus).

À l’heure actuelle, les principales sources d’intoxication au plomb sont :

  • Les écailles et poussières de peinture au plomb. Les peintures au plomb ne subsistent plus que dans les habitations construites avant 1975, et surtout avant 1949. Des travaux de rénovation peuvent disséminer le plomb dans l’atmosphère ;
  • Les vieilles canalisations en plomb qui contaminent l’eau de boisson ;
  • Un site industriel à proximité, étant, ou ayant été responsable, d’une pollution au plomb ;
  • Des activités professionnelles ou de loisir utilisant le plomb. Il s’agit de la fabrication d’objets en plomb (fonderie), en céramique ou en émail et de la restauration de vitraux ;
  • Des aliments contaminés par une pollution au plomb. C’est le cas, notamment, dans les pays qui utilisent encore de l’essence avec plomb ;
  • Le khôl (maquillage) ;
  • Certaines vaisselles artisanales.

À savoir ! En France, le saturnisme des jeunes enfants résultent le plus souvent de l’ingestion de débris de peinture au plomb dans les appartements vétustes, en raison de leur propension à tout porter à la bouche.

L’ingestion ou inhalation de plomb entraîne son stockage dans différents tissus, surtout les os. Son élimination est ensuite très lente : il faut plus de 10 ans pour éliminer la moitié d’une dose stockée à un moment T.

Symptômes de l’intoxication au plomb

Évolution du saturnisme chez l'enfant

Évolution du saturnisme chez l’enfant en fonction de la plombémie (en µg/l)

Le plomb est dangereux même à de très faibles doses ; il n’a y a pas de seuil de toxicité (c’est-à-dire pas de taux en dessous duquel le plomb serait inoffensif pour l’Homme). Les symptômes varient en fonction du niveau d’intoxication. Lorsque le taux de plomb est encore faible dans le corps, la personne peut rester longtemps asymptomatique ou souffrir de maux peu caractéristiques (désordres digestifs, céphalées, fatigue…), mais les quantités de plomb dans l’organisme continuent à s’accumuler.

Chez l’enfant, les conséquences les plus redoutées sont une baisse des capacités intellectuelles, un retard de croissance et une perte d’acuité auditive. Elles peuvent survenir à des concentrations de plomb dans le sang faibles.

Chez la femme enceinte, le plomb passe le placenta et nuit au développement du fœtus. L’intoxication peut conduire à un hypertension, une baisse auditive, une baisse de la fertilité masculine et, à forte dose, une atteinte rénale et une anémie.

Diagnostic

Le diagnostic du saturnisme se réalise à l’aide d’une prise de sang. Il s’agit de doser la plombémie (taux de plomb dans le sang), qui est-elle-même le reflet de la contamination de l’organisme entier.

À savoir ! Le saturnisme est une maladie à déclaration obligatoire. Si une plombémie se révèle supérieure à 50 µg/l, le médecin est obligé d’en référer aux autorités de santé. Une enquête est alors déclenchée pour connaître la nature de la contamination (souvent un logement insalubre) et en protéger la victime. Cette politique volontariste a permis de faire chuter le taux de saturnisme chez les enfants de 1 à 6 ans : en 1995, ils étaient 25 % à avoir une plombémie supérieure à 50 µg/l. Ils ne sont plus que 2 % (en 2017).

Traitement et prévention du saturnisme

Le traitement va surtout viser à éliminer la source de contamination. En cas de plombémie supérieure à 450 µg/l, un traitement chélateur (se liant avec le plomb pour l’éliminer de l’organisme via les urines) est instauré en milieu hospitalier. On utilise essentiellement le dimercaprol. Des prises de sang sont ensuite réalisées très régulièrement pour suivre la plombémie.

À savoir ! Les consultations de suivi d’un saturnisme sont prises en charge à 100 % par l’assurance maladie pour les femmes enceintes et les enfants.

Un dépistage est recommandé pour les femmes enceintes et les nourrissons (lors des visites au 9ème et 24ème mois). Réalisé par les médecins traitants, il consiste en un questionnaire sur le cadre de vie pour estimer les risques d’exposition. En cas de doute, une plombémie est réalisée.

La prévention passe par l’élimination ou l’éloignement des sources de contamination.

  • Pour les enfants, il s’agit essentiellement des vieilles peintures et de l’eau du robinet en cas de doute sur les canalisations. Une alimentation équilibrée, apportant du fer et du calcium est également indispensable. Un manque de ces deux nutriments amplifie l’intoxication au plomb. En cas de travaux de rénovation, les enfants doivent être éloignés.
  • Sur les lieux de travail où l’on utilise le plomb, il faudra veiller à ne pas manger ou boire, à porter éventuellement un masque de protection respiratoire, à se doucher et changer de vêtement avant le retour à la maison.

Dans le cadre de la déclaration obligatoire (plombémie supérieure à 50 µg/l), c’est le préfet qui va mettre en route des mesures d’éloignement des victimes de saturnisme.

Isabelle V., Journaliste scientifique

– Le saturnisme ou intoxication au plomb. Inserm. Consulté le 27/11/2017.
– Reconnaître le saturnisme. Ameli. 19 avril 2017.