Addictions drogues

Les addictions sont considérées comme des pathologies affectant le cerveau. Elles sont définies comme étant une dépendance à une substance ou à un comportement ayant des conséquences délétères. Les plus répandues sont celles liées au tabac et à l’alcool, suivies de près par le cannabis.

Les addictions peuvent également être comportementales, par exemple aux jeux vidéo, au sexe ou encore aux achats.

Les différentes drogues et leurs actions

Point sur les substances addictives

Les addictions aux drogues impliquent la consommation de produits dits « psychoactifs ». Ce terme regroupe trois types de substances :

  • Les produits licites, c’est-à-dire légaux et disponibles en France, par exemple le tabac ou l’alcool ;
  • Les médicaments ou psychotropes (molécules ayant une action sur le cerveau) comme les anxiolytiques contre l’anxiété, les antidépresseurs contre la dépression ou les hypnotiques contre les insomnies ;
  • Les produits illicites, interdit en France et appelés plus couramment « drogues », par exemple le cannabis, la cocaïne, etc.

Parmi l’ensemble de ces substances, on distingue les drogues dites « douces » des « drogues dures ». Les premières concernent tous les produits qui auraient une action douce et que l’on trouve spontanément dans la nature (cannabis, champignons hallucinogènes). Les drogues dures sont obtenues par synthèse ou extraction chimique (cocaïne, héroïne, amphétamines, LSD, etc.).

Par ailleurs, différentes voies d’administration sont possibles en fonction de la drogue utilisée et de l’effet recherché :

  • La voie orale est utilisée pour les comprimés ou gélule, la substance incorporée dans un aliment solide (exemple des « space cake », qui sont des gâteaux à base de cannabis. Les effets apparaissent dans les 20 à 30 minutes après l’ingestion. Cette voie est particulièrement utilisée pour les amphétamines, les médicaments et les champignons hallucinogènes ;
  • La voie parentérale (injection), soit par voie intraveineuse (la plus fréquente, surtout pour l’héroïne) avec les premiers effets 15 à 30 secondes après l’injection, soit par voie musculaire ou sous-cutanée avec un délai d’action de 3 à 5 minutes.
  • L’inhalation lorsque le produit est fumé (tabac, cannabis) avec l’apparition des premiers effets dans les 7 à 10 secondes qui suivent. Le produit peut aussi être simplement respiré, par exemple le poppers ou certains solvants.
  • La voie nasale (sniff) est classique pour la cocaïne voire les médicaments.
  • La voie sublinguale est utilisée pour chiquer le tabac. La drogue est placée en boule contre les gencives. Le délai d’action est compris entre 3 et 5 minutes.

Classification des drogues

En fonction de leurs effets, on distingue trois grandes catégories de substances addictives.

Les sédatives (aussi appelées psycholeptiques) ont la propriété de déprimer l’activité du système nerveux central. Elles sont responsables d’une diminution de la vigilance, de l’activité intellectuelle et de la tension émotionnelle. Dans cette catégorie, on trouve l’alcool, le cannabis, les opiacés (morphine, opium, héroïne), les anxiolytiques, les hypnotiques et les anesthésiants.

Les excitantes (aussi appelées psychoanaleptiques) accroissent l’activité du système nerveux central provoquant des états d’excitation et supprimant les sensations de faim ou de fatigue. Les amphétamines, la cocaïne, les antidépresseurs, mais aussi le café font partie de cette catégorie.

Enfin, la dernière catégorie regroupe les substances modifiant les perceptions sensorielles avec une altération de la vision et de l’orientation spatio-temporelle. Le cannabis, les anesthésiques et les amphétamines ont également cette propriété, en plus d’être excitant ou sédatif. On retrouve en plus dans cette catégorie tous les hallucinogènes (par exemple le LSD ou la mescaline).

Il est également possible de les classer par toxicité (capacité à induire une dépendance et/ou une accoutumance). L’accoutumance désigne le phénomène conduisant à augmenter les doses afin de ressentir les mêmes effets. La dépendance peut être d’ordre psychique ou physique ou les deux en même temps.

A savoir ! La dépendance physique est caractérisée par un besoin de consommation se traduisant par des signes graves appelés « état de manque ». La dépendance psychique correspond à un désir irrépressible de consommation.

Ainsi, parmi les substances engendrant le plus d’accoutumance, on trouve les opiacés, les amphétamines et les solvants volatils. Concernant le risque de dépendance (physique et psychique), il est plus important avec les opiacés et l’alcool.

Le mécanisme de l’addiction

Une addiction est un processus qui s’installe progressivement. En effet, il existe 4 étapes, plus ou moins rapides selon les individus avant de devenir dépendant à une substance. Généralement, la première rencontre avec le produit ne s’effectue pas seul, on parle de phase expérimentale. L’étape suivante est la prise occasionnelle de la drogue en milieu festif ou lors d’occasions particulières. C’est l’usage récréatif. Beaucoup de personnes restent à ce stade de consommation sans tomber dans la dépendance. Cependant, certaines personnes perdent le contrôle et tombe dans un usage abusif où la drogue est consommée plus fréquemment et hors contexte social. Cette pratique mène progressivement à l’addiction à proprement dite.

La dépendance installée est caractérisée par une perte de contrôle orientant la vie du toxicomane autour de sa consommation au détriment de tout le reste (vie sociale, familiale et professionnelle).

Divers mécanismes sont impliqués dans l’installation d’une addiction : une augmentation de la motivation à consommer (recherche de plaisir), un état émotionnel négatif (recherche d’un soulagement) et une diminution de la capacité à se contrôler.

Une addiction débute avec le plaisir provoqué par la prise d’une drogue. Cette sensation est due aux diverses modifications chimiques au niveau du cerveau en réponse à la consommation. Parmi ces variations, on observe une libération augmentée de dopamine (molécule à l’origine du plaisir) dans une zone du cerveau appelé « noyau accumbens ». Cette augmentation est liée à l’interférence de la drogue avec les messagers chimiques au niveau du cerveau. Une libération de sérotonine et l’activation des récepteurs aux endorphines, des molécules impliquées dans la sensation de bien-être et d’antalgie, sont également observées.

En cas d’expositions répétées à la drogue et donc de stimulations répétées des récepteurs aux endorphines, on constate une diminution de leur production naturelle, responsable d’une perte de plaisir en dehors de la prise de la substance addictive (état de manque).

Au fur et à mesure de la consommation, l’organisme devient progressivement insensible aux effets de la substance, obligeant alors le toxicomane à accroître les doses pour obtenir le même niveau de plaisir. On parle d’accoutumance.

Finalement, les réseaux neuronaux se trouvent modifiés au fil des multiples prises de drogues provoquant d’une part un besoin incessant de plaisir et d’autre part un état émotionnel négatif (anxiété, irritabilité).  Les symptômes de manque deviennent la principale motivation de consommation : la recherche de soulagement prend le pas sur la recherche de plaisir.

Par ailleurs, les substances addictives, en altérant les circuits neuronaux, modifient la plasticité synaptique (capacité à réaliser de nouvelles liaisons neuronales afin d’intégrer de nouvelles données).

Preuve que l’impact des drogues sur le cerveau se mesure à long terme : certains stimuli (lieux, horaire, habitudes, personnes, etc.) lorsqu’ils sont associés à la consommation suffisent à déclencher la libération de dopamine dans le cerveau avant même la prise du produit, et cela, même après une longue abstinence.

Diagnostic

Le diagnostic d’une addiction est basé sur des critères bien précis fixés par le DSM (Diagnostic and Statistical manuel of Mental disorders). Ainsi, un sujet est considéré comme souffrant d’addiction lorsqu’il présente ou a présenté au cours de l’année passée au moins 2 des 11 critères suivants :

  • Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance ;
  • Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ;
  • Beaucoup de temps consacré à la recherche de la substance ;
  • Augmentation de la tolérance au produit addictif ;
  • Présence d’un syndrome de sevrage (ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la consommation) ;
  • Incapacité de remplir des obligations importantes ;
  • Usage même lorsqu’il y a un risque physique ;
  • Problèmes personnels ou sociaux ;
  • Désir ou effort persistants pour diminuer les doses ;
  • Activités réduites au profit de la consommation ;
  • Poursuite de la consommation malgré des dégâts physiques ou psychologiques.

Au-delà de 6 critères remplis, l’addiction est considérée comme sévère. Lorsque moins de 3 critères sont satisfaits, on parle d’addiction légère. Entre ces deux bornes, la dépendance est modérée.

Prise en charge

Généralement, la prise en charge d’un patient toxicomane est pluridisciplinaire : médicamenteuse, psychologique mais aussi sociale. Il n’existe pas de traitement miracle d’une addiction. Le chemin vers l’abstinence est long, difficile et semé de rechutes, nécessitant beaucoup de motivation de la part du patient. En effet, il existe peu de médicaments pour le sevrage (uniquement pour l’alcool et le tabac).

Les addictions qui perdurent peuvent avoir de très lourdes conséquences. Il y a tout d’abord les effets immédiats d’une consommation excessive (overdose, coma éthylique, accident) mais aussi ceux à long terme (troubles neurologiques, conséquences sociales, cancers, VIH, etc.).

Charline D., Pharmacien

Addictions. INSERM. Décembre 2014.

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