Perte de l’odorat et maladie d’Alzheimer

Sep 23, 2017 par

Lors des premiers signes de troubles de la mémoire, les lésions cérébrales associées à la maladie d’Alzheimer évoluent certainement déjà depuis plusieurs années. Pour déceler précocement la maladie, des chercheurs canadiens viennent de révéler qu’un test de reconnaissance des odeurs pourrait permettre de suivre l’évolution de la maladie dès ses premiers stades.

Perte de l'odorat

Les troubles de la reconnaissance dans la maladie d’Alzheimer

Le concept des “4 A” est souvent évoqué lorsque l’on veut qualifier les symptômes associés à la maladie d’Alzheimer :

  • Amnésie : troubles de la mémoire ;
  • Aphasie : troubles du langage ;
  • Apraxie : l’incapacité à exécuter des gestes quotidiens de la vie ;
  • Agnosie : troubles de la reconnaissance visuelle, tactile ou auditive.

Causée par des lésions touchant les zones cérébrales impliquées dans les fonctions de mémorisation et d’interprétation, l’agnosie est l’incapacité à reconnaître des objets, des sons ou encore des odeurs.

Chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, on retrouve majoritairement une agnosie visuelle les empêchant de reconnaître ce qu’elles voient malgré une acuité visuelle suffisante. Les objets familiers (maison, objets personnels du quotidien) mais aussi les lettres et les chiffres ne sont plus reconnus. Les individus ne font plus le lien entre l’objet et son nom, entre l’objet et sa fonction. Lors des repas, par exemple, ils ne savent plus que les couverts servent à manger. La personne souffrant de la maladie d’Alzheimer présente des comportements inadaptés et cherche à comprendre ce qu’est l’objet en le touchant et en le tournant dans tous les sens.

Cependant, l’agnosie peut toucher aussi la reconnaissance tactile, auditive ou encore liée à l’odorat. Au quotidien, ces incapacités sont à l’origine de nombreux troubles de comportement et accentuent l’isolement social et l’anxiété de la personne malade.

Dans la maladie d’Alzheimer, l’évolution du trouble est généralement graduelle pour aboutir à une perte totale de la reconnaissance. Une perte totale de l’odorat, qualifiée d’anosmie, est retrouvée chez les patients atteints de pathologies neurodégénératives.

D’ailleurs, il est désormais largement admis par la communauté scientifique que les pertes progressives des fonctions de reconnaissance de l’odorat et du goût sont des signes précoces de la maladie d’Alzheimer et de la maladie de Parkinson chez les populations à risque. C’est la dégénérescence des neurones situés dans le bulbe olfactif qui entraîne ces dysfonctionnements dans la reconnaissance d’un goût ou d’une odeur.

A savoir !  Le bulbe olfactif est une zone du cerveau située proche des fosses nasales, sur le plancher de la boîte crânienne, et qui appartient au système nerveux central. L’information olfactive chemine à travers la cavité nasale vers le bulbe olfactif, puis vers des aires cérébrales olfactives fortement interconnectées. Par ailleurs, il existe un lien anatomique particulier et privilégié entre l’olfaction, l’émotion et la mémoire.

L’odorat comme indicateur de la maladie

Pour aller plus loin sur ce lien entre le recul de la reconnaissance des odeurs et la maladie d’Alzheimer, les chercheurs de l’université McGill de Montréal ont mené des tests d’odorat auprès de 274 personnes âgées en moyenne de 60 ans et présentant un profil à risque. Autrement dit, ils avaient dans leur cercle familial proche, au moins une personne ayant développé la maladie d’Alzheimer.

Au total, les volontaires ont dû identifier une quarantaine d’odeurs.

Pour relier les résultats de ces tests à des données biologiques, les chercheurs ont recueilli, en parallèle, leur liquide céphalorachidien (LCR), par ponction lombaire.

A savoir ! Le liquide céphalo-rachidien (LCR) est un liquide contenu dans les espaces délimités par les méninges, les membranes de protection du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Son prélèvement se pratique grâce à une ponction lombaire consistant à introduire une aiguille creuse entre deux vertèbres dans le bas du dos.

Le but de cette collecte ? Mesurer le niveau de protéine Tau et de peptide bêta amyloïde qui sont des biomarqueurs biologiques de la maladie. En effet, leur concentration anormale dans le LCR est reliée à la progression de la maladie d’Alzheimer. Un fort taux de protéine Tau et un faible taux de peptide bêta amyloïde indiquent un stade sévère de la maladie.

La concentration de la protéine Tau peut également être un marqueur du déclin cognitif, car plus elle est élevée, plus les troubles cognitifs évoluent rapidement.

Quels sont les résultats obtenus ? Lorsque les individus obtiennent des scores faibles au test de reconnaissance d’odeur, les concentrations en protéine Tau et peptide bêta amyloïde sont caractéristiques de la maladie.

Pour les chercheurs, ces travaux suggèrent que les tests sur l’odorat reflètent le degré de pathologie préclinique de la maladie d’Alzheimer.

Cependant, ils soulignent que d’autres études, plus précises, sont encore nécessaires pour montrer ce lien et envisager de mettre en place le test, en routine, dans les diagnostics cliniques.

Julie P., Journaliste scientifique

– Odor identification as a biomarker of preclinical AD in older adults at risk. Neurology. Marie-Elyse Lafaille-Magnan et  al.  Le 25 juillet 2017
– Les biomarqueurs. Fondation Alzheimer. – Consulté le 20 septembre 2017.
– Nez et cerveau. Site internet du CNRS – L’odorat et ses troubles. – Consulté le 20 septembre 2017.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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