Les pays interdisant les punitions corporelles ont une jeunesse moins violente

Nov 26, 2018 par

Fessées, tapes sur la main, claques, bousculades…. les punitions corporelles infligées aux enfants peuvent prendre différentes formes. Tous ces gestes ne visant pas à blesser physiquement l’enfant, tout comme la violence psychologique, sont assimilés à de la Violence Educative Ordinaire (VEO). Grâce à une nouvelle étude scientifique canadienne portant sur plus de 400 000 adolescents issus de 88 pays, il est démontré que les pays où le châtiment corporel est interdit par la loi sont ceux qui possèdent une jeunesse moins disposée à la bagarre. Décryptage de ces travaux publiés dans la revue BMJ Open.

Punitions corporelles

Subir des punitions corporelles inciterait à la répétition de la violence

Comme l’on déjà démontré des études scientifiques, les enfants subissant des punitions corporelles sont plus enclin à développer, à l’adolescence et à l’âge adulte, de graves problèmes de santé.

Ainsi, une analyse de 75 études a révélé que l’exposition durant l’enfance à la fessée, la forme la plus courante de châtiment corporel, prédit 13 résultats négatifs sur 17, dont l’agressivité, le comportement antisocial, les problèmes de santé mentale (dépression), la faible estime de soi et les abus physiques.

À savoir ! Le châtiment corporel est le recours à la force physique par un adulte pour corriger ou contrôler le comportement inapproprié d’un enfant. Il est destiné à causer de la douleur, mais ne blesse pas physiquement l’enfant. Son utilisation reste légalement et socialement autorisée dans de nombreux pays.

Ici, les chercheurs ont mis en évidence un lien entre l’interdiction du châtiment corporel décrétée par la loi et la violence chez les jeunes. Ils précisent cependant que c’est un “fait” et que l’étude est encore insuffisante pour montrer un lien de cause à effet entre ces deux phénomènes.

« Tout ce que nous pouvons affirmer pour l’instant, c’est que les pays qui interdisent les punitions corporelles offrent aux enfants un cadre de vie moins violent que les pays qui ne l’interdisent pas » souligne Frank Elgar, auteur principal de l’étude et chercheur à l’Université McGill.

Les données recueillies dans des études mondiales incluant 403 604 adolescents issus de 88 pays ont été divisées en trois groupes  :

  • Interdiction absolue du châtiment corporel à la maison et à l’école (30 pays, Européens pour la plupart, et quelques pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique),
  • Interdiction du châtiment corporel à l’école, mais pas à la maison (38 pays, dont la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et le Canada) ;
  • Absence totale d’interdiction (20 pays).

À savoir ! A ce jour, le droit français autorise un « droit de correction » des enfants au sein des familles, alors même que les punitions corporelles sont interdites à l’école et dans l’armée. La France a pourtant signé la Charte européenne des droits sociaux précisant que les Etats doivent« protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation ». En mars 2015, elle a été condamnée par le Conseil de l’Europe car, elle « ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels ».Une proposition de loi contre les violences dites éducatives sera examinée le 29 novembre prochain au Parlement. Dans l’Union Européenne, il ne reste que 5 pays à ne pas avoir encore votée une loi d’abolition des châtiments corporels en toutes circonstances la Belgique, l’Italie, la République tchèque, le Royaume-Uni et la France.

Dans les pays où les punitions corporelles sont interdites en toutes circonstances, les chercheurs ont montré que le taux de violence est inférieur de 31 % chez les jeunes hommes et de 58 % chez les jeunes femmes comparativement aux pays où l’interdiction n’est pas inscrite dans la loi.

À savoir ! Le jugement du taux de violence était normalisé en considérant 4 épisodes de combats physiques par an.

Dans certains pays où l’interdiction est partielle (le châtiment corporel n’est pas interdit à la maison), les chercheurs ont remarqué que le taux de violence chez les hommes est identique aux pays dans lesquels l’interdiction n’est pas dans la loi. Par contre, la violence chez les femmes est diminuée de plus de moitié.

Pris dans leur ensemble, ces résultats confortent l’hypothèse selon laquelle les sociétés qui interdisent strictement le recours aux châtiments corporels sont moins violentes que celles les autorisant en dans la sphère publique et privée.

Les pistes de réflexion de cette étude internationale

Les défenseurs des châtiments corporels soutiennent que le châtiment physique est bénin, voire même bénéfique pour la santé à long terme de l’enfant. Cependant, un ensemble de preuves convaincantes remet en cause ce point de vue compte tenu des conséquences sur la santé et le bien-être des adultes ayant été soumis à ces VEO ou “violences éducatives ordinaires”.

Cette étude a examiné le lien entre l’interdiction des châtiments corporels et la prévalence de la violence chez les jeunes dans un échantillon vaste et diversifié.

Ici les chercheurs veulent poursuivre leurs recherches pour comprendre :

  • Pourquoi l’interdiction partielle des châtiments corporels (interdit à l’école mais pas interdit à la maison) n’a pas montré de conséquences sur le taux de violence des adolescents tandis que cette interdiction a diminué de moitié le taux de violence chez les adolescentes. Et ceci comparativement à une société n’interdisant pas les châtiments corporels. Les garçons subissent-ils davantage de violences physiques en dehors du cadre scolaire ? Sont-ils affectés différemment par les châtiments corporels infligés par les enseignants ?
  • Dans quelles mesures l’absence de châtiments corporels entraîne-t-elle des changements positifs dans les pratiques disciplinaires ?
  • Comment l’agressivité des filles s’expriment-elles sous une forme non-physique ?

Vers la fin des Violences Educatives Ordinaires (VEO) en France ?

Pour les chercheurs, une réponse de santé publique est nécessaire pour réformer la réglementation dans les pays n’interdisant pas totalement le châtiment corporel sur les mineurs.

Par ailleurs, il est important de mener des campagnes de protection de l’enfance en insistant sur la nécessité du recourir à aucune forme de violence éducative. Pour les universitaires canadiens, il est aussi important d’insister sur le fait que la suppression des lois autorisant les châtiments corporels n’est pas synonyme d’absence de discipline pour les enfants.

Le 20 novembre 2018, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a lancé la stratégie nationale pour lutter contre la maltraitance.

Cette campagne, qui intègre davantage la maltraitance que la violence éducative la plus courante, a cependant le mérite d’évoquer plusieurs formes de violences, dont les violences psychologiques.

Julie P., Journaliste scientifique

– Corporal punishment bans and physical fighting in adolescents: an ecological study of 88 countries. BMJ. F.J Elgar et al. Consulté le 26 novembre 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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