Pré-éclampsie : définition, symptômes et traitement

Une pré-éclampsie est une pathologie de grossesse fréquente, mais parfois très grave. Ce trouble est associé à une hypertension artérielle et une protéinurie (présence anormale de protéines dans les urines). Dans la majorité des cas, les patientes guérissent rapidement et leur bébé naît en bonne santé. En revanche, sans prise en charge adaptée, une pré-éclampsie peut s’avérer fatale pour la mère et l’enfant.

Définition

Qu’est-ce qu’une pré-éclampsie ?

Une pré-éclampsie est une maladie affectant exclusivement les femmes enceintes, et qui se caractérise par la présence :

  • D’une hypertension artérielle (c’est-à-dire supérieure à 140 mmHg et 90 mmHg) après la 20ème semaine d’aménorrhée ;
  • D’une concentration protéique supérieure à 0,30 grammes dans les urines (d’ordinaire, les urines sont stériles et donc exemptes de toute protéine). On parle de protéinurie.

Cependant, on peut également parler de pré-éclampsie en l’absence de protéinurie, dès lors que l’hypertension artérielle est associée à au moins l’une des anomalies suivantes :

  • Une baisse des plaquettes sanguines ;
  • Une augmentation des enzymes hépatiques (normalement impliquées en cas d’inflammation) ;
  • L’apparition d’une insuffisance rénale ;
  • L’accumulation de liquide dans le tissu pulmonaire (œdème pulmonaire) ;
  • Des troubles visuels ou cérébraux.

À savoir ! En France, on estime que 5% des grossesses sont associées à une pré-éclampsie. Ce trouble se manifeste dans 70 à 75% des cas lors d’une première grossesse. En effet, il semblerait qu’une adaptation immunologique maternelle protège cette dernière lors d’une prochaine grossesse.

Une pré-éclampsie est causée par un dysfonctionnement au niveau du placenta. Normalement, cet organe assure les échanges entre la mère et son futur bébé. Il permet également la régulation hormonale lors de la grossesse. En cas de pré-éclampsie, le placenta fonctionne de manière normale durant les premières semaines de grossesse. Son développement devient anormal après la 20ème semaine d’aménorrhée à cause d’une mauvaise vascularisation de l’organe. Or, c’est justement pendant la seconde partie de la grossesse que la croissance du futur nourrisson demande un flux sanguin important. Cette anomalie conduit à une perturbation de la croissance de l’enfant et à une libération de nombreux débris placentaires et de cellules fœtales dans le sang de la mère. Ce dernier point provoque chez la future maman une production anormale de molécules inflammatoires, une coagulation sanguine anormale et une hypertension artérielle.

Quels sont les facteurs de risque d’une pré-éclampsie ?

Plusieurs facteurs peuvent favoriser la survenue d’une pré-éclampsie :

  • Des facteurs génétiques (présence d’antécédents familiaux chez la femme enceinte) ;
  • Des facteurs directement liés à la grossesse (1ère grossesse, grossesse multiple, changement de partenaire entre la première grossesse et celle en cours, une procréation médicalement assistée avec un don de sperme, le port prolongé d’un préservatif avant la conception/insuffisance d’exposition au sperme du père) ;
  • Des facteurs liés à la femme enceinte (les moins de 18 ans et plus de 40 ans, une obésité, un diabète, une hypertension artérielle chronique, une maladie auto-immune, une pathologie cardiovasculaire ou rénale, un syndrome des ovaires polykystiques, thromboses veineuses ou artérielles.

Évolution

Lorsqu’une pré-éclampsie est prise en charge rapidement et de façon adaptée, la maman se rétablit rapidement et l’enfant né en bonne santé.

En revanche, lorsqu’elle n’est pas traitée, la pré-éclampsie peut donner lieu à des complications à la fois chez la mère et l’enfant. Dans les cas les plus graves, une interruption médicale de grossesse (IMG) doit être envisagée.

Chez la mère, il existe plusieurs complications possibles : L’éclampsie, L’hématome rétroplacentaire, le syndrome de HELLP, une hémorragie cérébrale (pouvant entraîner le décès), une insuffisance rénale aiguë.

L’éclampsie se manifeste par la survenue de crises convulsives aussi bien en fin de grossesse qu’après l’accouchement.

Un hématome rétroplacentaire peut se former sur la paroi interne de l’utérus. Il peut engendrer un décollement plus ou moins important du placenta qui supprime les échanges entre la mère et le fœtus. Il se traduit par des douleurs abdominales de survenue brutale, des pertes sanguines de couleur très foncées, des anomalies des contractions utérines et du rythme cardiaque de l’enfant. Un hématome rétroplacentaire menace la vie de la mère et de l’enfant. Il nécessite une césarienne en urgence quelle que soit l’âge de la grossesse. A noter qu’il arrive qu’un hématome rétroplacentaire soit découvert à l’accouchement lorsque celui-ci est petit.

Le syndrome de HELLP se traduit par l’association de la destruction des globules rouges dans le foie, d’une élévation des enzymes hépatiques et d’une chute du nombre de plaquettes sanguines (risque important d’hémorragie). Cette complication est rare, mais gravissime. Elle peut survenir à la fin du troisième trimestre ou dans les heures qui suivent l’accouchement.

Chez l’enfant, une pré-éclampsie peut entraîner :

  • Un retard de croissance intra-utérin nécessitant parfois un accouchement avant le terme ;
  • Une prématurité généralement en lien avec une complication mettant en jeu le pronostic vital de la mère ;
  • La mort fœtal in utero.

Symptômes

Les symptômes d’une pré-éclampsie ne sont pas constants et pas toujours présents :

  • Maux de tête ;
  • Troubles visuels, par exemple une sensibilité anormale à la lumière, des tâches ou zones de brillance devant les yeux, vision floue ou double ;
  • Des douleurs abdominales ;
  • Des nausées ou vomissements ;
  • Une diminution de la quantité d’urines ;
  • Des oedèmes ;
  • Une prise de poids rapide (en quelques jours) ;
  • Des acouphènes.

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Diagnostic

Une pré-éclampsie est généralement diagnostiquée lors du suivi d’une femme enceinte ayant une hypertension artérielle. C’est la présence de protéines dans les urines qui permet de définitivement poser le diagnostic. Ainsi, ce dernier ne repose pas sur la présence de symptômes caractéristiques en raison de l’inconstance de ceux-là.

À savoir ! La présence de protéines dans les urines est mise en évidence à l’aide d’une bandelette urinaire. Tout résultat positif nécessite une confirmation en laboratoire médicale.

Tout diagnostic de pré-éclampsie établi implique une hospitalisation de la femme enceinte. Cette dernière doit être rapidement orientée vers un établissement hospitalier dont l’équipement permettra sa prise en charge et celle de son futur bébé.

Traitement

Une hospitalisation est nécessaire dès le diagnostic de pré-éclampsie établi. Un suivi étroit de la grossesse est alors mis en place afin d’éviter les complications possibles de la pathologie. Ce suivi permet d’évaluer la gravité de la pré-éclampsie sur la mère, de mesurer l’impact sur le fœtus et de décider des mesures à prendre. Celles-ci peuvent impliquer la mise en place d’un traitement, le déclenchement de l’accouchement ou la réalisation d’une césarienne.

L’objectif de la prise en charge est de prolonger la grossesse un maximum afin que l’enfant se développe in utéro sans danger.

Le traitement médicamenteux repose sur le contrôle de l’hypertension de la future maman. Il peut être prescrit un traitement par corticoïdes injectables (afin d’accélérer la maturation du fœtus en cas de risque avant la 34ème semaine d’aménorrhée) ou par sulfate de magnésium par voie intraveineuse lorsqu’une éclampsie ou un accouchement avant la 33ème semaine d’aménorrhée sont à craindre.

À savoir ! Les patientes ayant des antécédents de pré-éclampsie peuvent avoir une prescription d’aspirine à faible dose pendant leur(s) prochaine(s) grossesse(s).

Charline D., Docteur en pharmacie

– Pré-éclampsie. Inserm.Consulté le 7 mars 2019.
– Pré-éclampsie. Ameli..Consulté le 22 novembre 2018.